interview

Virginie Nouvelle: "Être une femme ne m’a jamais pénalisée"

Selon Virginie Nouvelle, Wallimage n'a pas souvent l'occasion de soutenir des films réalisés par des femmes. "Jumbo", de Zoé Wittock, en est pourtant un bel exemple. ©doc

Nouvelle directrice générale de Wallimage, Virginie Nouvelle fait face à l’avenir dans un temps où le secteur audiovisuel souffre lui aussi de la crise sanitaire.

À 38 ans, Virginie Nouvelle succède à Philippe Reynaert à la tête du fonds économique de soutien aux productions et aux entreprises audiovisuelles en Wallonie – une entreprise qu’elle connaît sur le bout des ongles. Ingénieure de gestion formée à l’université de Mons-Hainaut, elle a démarré sa carrière dans l’audit avant d’être engagée chez Wallimage en 2005 au poste de directrice financière, fonction qu’elle cumule depuis 2008 avec la direction de Wallimage Entreprises, la division en charge de l’investissement dans les entreprises audiovisuelles wallonnes. "Il s’agit d’une entité distincte que j’ai mise en place pour soutenir financièrement les prestataires – ceux qui fabriquent les films – en les aidant à investir et à financer leurs besoins", explique-t-elle. Ce département de soutien aux entreprises lui a permis de gérer de nombreuses demandes sous forme de prêts ou de participation au capital, uniquement dans le secteur audiovisuel et cinématographique (tournage, postproduction…).

Virginie Nouvelle

Au fil des années, Virginie Nouvelle a acquis de plus en plus de responsabilités au sein de Wallimage, formant un duo de confiance avec Philippe Reynaert: "Je n’avais pas envisagé de prendre les rênes de l’entreprise quand j’y suis entrée. J’étais jeune, ma fonction était très intéressante, c’était déjà un challenge en soi. Mais dernièrement, vu mes responsabilités, je ne voyais pas comment je pouvais évoluer autrement qu’en remplaçant Philippe après son départ."

"Je n’avais pas envisagé de prendre les rênes de l’entreprise quand j’y suis entrée. J’étais jeune, ma fonction était très intéressante, c’était déjà un challenge en soi."
Virginie Nouvelle
Directrice générale de Wallimage

Articulé en trois départements, Wallimage finance des œuvres audiovisuelles (films, séries, documentaires, films d’animation) qui génèrent de l’emploi auprès de prestataires situés en Région wallonne, et s’occupe aussi de faciliter l’accueil des tournages – un service gratuit qui obtient des facilités d’autorisation, repère les bons lieux sur base du cahier des charges, conseille les prestataires. "Nous allons devoir être les plus agiles possible dans le contexte actuel: devrons-nous garder nos critères de sélection ou être plus volontaristes sur certains projets? Jusqu’à présent nous avons des grilles d’analyse précises et des formules mathématiques pour financer les projets. Nous n’intervenons jamais dans le développement; seulement quand un projet a trouvé un producteur et est déjà financé au moins à 30%. Mais la crise sanitaire va fragiliser tout le secteur. Les financements seront plus difficiles à trouver." À plus long terme, Virginie Nouvelle désire aussi créer des partenariats avec des plateformes comme Netflix: "Comment rapatrier une partie de ces fonds privés en Région wallonne? C’est une piste qui m’intéresse, tout comme la possibilité d’adapter notre règlement pour soutenir le secteur des effets spéciaux, comme le CNC en France. Si on veut garder ces prestataires sur notre territoire, on doit rester compétitifs…"

"Reynaert était vu comme Monsieur Wallimage mais j’aimerais mettre davantage l’équipe en avant, utiliser les compétences des uns et des autres."
Virginie Nouvelle
Directrice générale de Wallimage

Secteur en transition?

Virginie Nouvelle souhaite aussi mettre en place un management plus participatif, organisé sur deux paliers: "Je ne suis pas pour une direction incarnée par une personne. Reynaert était vu comme Monsieur Wallimage et j’aimerais mettre davantage l’équipe en avant, utiliser les compétences des uns et des autres. Nous sommes dans une période de transition mais il faut garder en tête que ce type de management ne convient pas à tout le monde."

"Il y a une certaine habitude des hommes aux manœuvres dans toutes les sociétés qu’on soutient."
Virginie Nouvelle
Directrice générale de Wallimage

Interrogée sur la possibilité d’un certain équilibre "genré" dans les projets soutenus par Wallimage, Virginie Nouvelle répond franchement: "Nous sommes d’abord un fonds économique: tous nos critères sont chiffrés en fonction des retombées dans l’industrie wallonne et du potentiel commercial. Mais je suis sensible au fait qu’il y ait si peu de femmes réalisatrices ou porteuses de projets. Quand ça arrive et qu’on peut soutenir un film comme "Jumbo", de Zoé Wittock, j’en suis ravie!" Habituée à être la seule femme dans les conseils d’administration où elle siège, la nouvelle directrice dit n’avoir jamais ressenti le fait d’être une femme comme un frein: "Cela ne m’a jamais pénalisée. Il y a une certaine habitude des hommes aux manœuvres dans toutes les sociétés qu’on soutient. Si on regarde la production, la réalisation et les prestataires du secteur audiovisuel, il n’y a pratiquement que des hommes aux commandes. Est-ce historique? Est-ce une volonté? C’est difficile de percevoir d’où cela vient."

Wallimage, rue du Onze Novembre 6, 7000 Mons, 065-40.40.33, www.wallimage.be

Série d'été: Quatre femmes puissantes

Cette semaine, L'Echo présente les quatre nouvelles figures féminines de la Culture et leurs projets pour la rentrée.

3/4 Virginie Nouvelle, directrice générale de Wallimage

4/4 Cathy Min Jung, directrice du Rideau de Bruxelles

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