Woody Allen dans la tourmente… d’un film partisan

À trop vouloir noircir Woody Allen, le clan Farrow finira-t-il par produire l’effet inverse? ©Globe Photos/mediapunch/Shutterstock

Betv nous propose "Allen v. Farrow", le documentaire-fleuve produit par HBO sur le différend qui oppose depuis 1992 Mia Farrow à Woody Allen. Édifiant… de parti pris.

Va-t-on enfin comprendre les tenants et les aboutissants de cette histoire où se mêlent cinéma, adoption et accusations d’attouchement? Pas vraiment. Car le film apparaît très rapidement tronqué: seul le clan Farrow s’exprime ici. Par contre, le documentaire nous en dit énormément sur le pouvoir des images. Fragile frontière que celle qui sépare un travail déontologiquement sérieux d’une charge en bonne et due forme, déguisée en enquête impartiale…

Rappel des faits

Les témoins se succèdent pour nous raconter la grandeur et la décadence d’un couple mythique. En 1979 à Manhattan, un jeune réalisateur de 43 ans est à la mode: avec "Annie Hall", portrait d’une New-Yorkaise émancipée, Woody Allen a conquis public et critiques. Il rencontre l’actrice Mia Farrow, 10 ans plus jeune, mais qui ne se croit plus du tout séduisante à cause de ses déjà 7 enfants (3 biologiques et 4 adoptés). Une idylle commence. Chacun habite un appartement différent sur Central Park. Mia est mère de famille et Woody, son "boyfriend". Leur collaboration artistique va durer 12 ans, et autant de longs-métrages.

Après 4 ans de relation, Mia demande à Woody s’il veut un enfant. Sans engagement, car elle sait que c’est "très loin de son univers". Elle prendra donc la responsabilité officielle. Woody accepte. En 1985, Dylan est adoptée. Comme cela arrive souvent avec les pères hésitants, Woody Allen se découvre une passion pour la paternité. "Ils sont inséparables, Woody passe des heures à jouer avec elle", constatent les riches voisins avec étonnement. Deux ans plus tard naît un fils naturel: Ronan. La famille grandit, entre les étés dans la grande maison au bord du lac dans le Connecticut, les deux appartements de Manhattan et les tournages.

Les intervenants sont toujours du même camp, les proches de Woody Allen ayant refusé de témoigner. Dès lors, quel intérêt pour un spectateur avide de vérité?

En 1992, la vérité éclate: Woody et Soon-Yi, la plus âgée des filles adoptées par Mia Farrow, entretiennent une relation. La mère, trahie, est furieuse. Mais Woody a encore un droit de visite pour Dylan, qu’il a tenu à adopter légalement. Le 4 août 1992, il se rend dans le Connecticut. Là, les jeunes filles au pair auraient remarqué un comportement bizarre. Le lendemain, Mia Farrow prend sa caméra et enregistre le témoignage de Dylan, où il apparaît que son père aurait eu un comportement déplacé à caractère sexuel.

Analyse de film(s)

Mia Farrow. Le fils de Mia Farrow. L’autre fils de Mia Farrow. La fille adoptive de Mia Farrow (et principale intéressée). La sœur de Mia Farrow. L’amie d’enfance. La voisine. La baby-sitter. La liste est longue... Mais toujours du même camp, les proches de Woody Allen ayant refusé de témoigner. Dès lors, quel intérêt pour un spectateur avide de vérité? On pourrait même questionner la déontologie d’une production qui démarre en sachant qu’elle sera à ce point partiale…

Second constat: le documentaire ne fait pas grand cas de certains faits incontournables – connus même de ceux qui ne s’intéressent que de loin à cette affaire. Notamment le fait que Ronan ne serait pas le fils de Woody Allen mais du premier mari de Mia Farrow, un certain… Frank Sinatra.

Le documentaire n’hésite pas à faire appel à des critiques de cinéma, qui vont tenter de démontrer que Woody Allen aurait des tendances de dangereux prédateur, films à l’appui.

Plus grave, le documentaire n’hésite pas à faire appel à des critiques de cinéma, qui vont tenter de démontrer que Woody Allen aurait des tendances de dangereux prédateur, films à l’appui. Il faut le voir pour le croire: de longs extraits de "Manhattan" sont dépouillés de leur bande-son, bande-son remplacée par une sinistre musique accusatrice et par une voix off qui "dénonce" Woody Allen, lequel a "toujours été intéressé par les jeunes étudiantes, parfois naïves". Prend-on le spectateur pour un débile? L’homme plus âgé, pathétiquement fasciné par la jeunesse: c’est là un leitmotiv assumé de Woody Allen. Quant au raccourci "séducteur au cinéma = prédateur pédophile dans la vraie vie", il fait froid dans le dos. Et nous rappelle le climat ambiant depuis l’avènement de Trump: cette montée du puritanisme et la chasse aux sorcières corollaire.

Utiliser des procédés aussi douteux dans un contexte aussi grave – il s’agit quand même d’accusations d’agression sexuelle sur une petite fille de sept ans –, voilà qui laisse sans voix. Plus qu’un jalon vers la vérité, le film restera sans doute comme un cas d’école: pensant dénoncer le clan de l’accusé, il affaiblit celui de l’accusateur en utilisant bien naïvement l’outil cinéma.

Bande-annonce "Allen v. Farrow"

Documentaire

"Allen v. Farrow"

De Kirby Dick et Amy Ziering.

Sur Betv à partir du 6 mai à 20h30, puis à la demande.

Note de L'Echo: 2/5

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