Yolande Moreau "plausible en usine"

©ALBERTINE PRODUCTIONS

Voici un inclassable western moderne sur fond de monde ouvrier, avec duels, règlements de compte, et un trio féminin de flingueuses. Grande habituée du décalage anarcho-poétique, Yolande Moreau y fait merveille.

Dans le petit monde hyperbalisé de la comédie à la française, ça fait du bien de rencontrer un peu de liberté… Liberté dans le ton, mais aussi dans l’action: non seulement les femmes sont aux commandes, mais elles font payer les salauds. À commencer par le contremaître de l’usine de conditionnement de poissons, aux mains baladeuses, et qui va se retrouver bientôt réduit à la condition d’une palette de boîtes de conserve. Mais comme il trafiquait à ses heures avec la mafia du coin (des Belges, bien entendu), les choses se corsent pour les trois conspiratrices: l’ex-miss Nord-Pas-de-Calais (Cécile de France), la mère célibataire hystérique (Audrey Lamy) et la surendettée pragmatique (Yolande Moreau). Cette dernière nous accorde quelques minutes.

Dans "Rebelles", on côtoie plusieurs genres…

Je ne fais pas tant que ça de vraies comédies. Souvent le scénario me tombe des mains à la moitié. Là, j’ai trouvé ça bien ficelé jusqu’au bout. C’est aussi un film de gangsters, si on veut. Et un film féministe. Vraiment culotté. J’ai aussi aimé la complémentarité du casting. Le fait qu’on soit toutes les trois "plausibles en usine".

Bande-annonce

Dans un registre poético-décalé, vous venez de faire "Les estivants" de Valeria Bruni-Tedeschi…

Son regard sur la société est extrêmement lucide. Ce n’est pas juste un film sur les problèmes des riches dans leurs villas. Dans la vraie vie, Valeria n’est pas plus bourge que moi. C’est un film qui sort des sentiers battus, comme "Rebelles". Ici aussi c’est écrit au cordeau. Quand on fait le portrait de gens extrêmes, il faut que ce soit très bien écrit, pour ne pas que ça glisse vers le pas intéressant.

"Rebelles"

Comédie

Note: 3/5

D’Allan Mauduit. Avec Cécile de France, Yolande Moreau, Audrey Lamy,…

En trois phrases, on peut raconter énormément de choses. Surtout sur le mode surréaliste. Moi, c’est un langage que j’adore. Il en dit tellement plus que le réalisme. Le cinéma, c’est un art visuel: il faut des images fortes, et ici il y en a.

En plus, les femmes y sont fortes…

Ah ben oui. C’est un film d’action, une comédie, et un film qui a aussi des choses à dire. J’aime bien quand le message ne ressemble pas du tout à un message. Ici, ça ressemble à un état de fait. Les trois héroïnes sont toutes habituées à une certaine dose de violence dans leur vie, avant que tout ne commence. Une parce qu’elle élève son fils toute seule, une autre parce qu’elle est jolie, et moi parce que je suis le chef de famille. Tu mets des gangsters là-dessus: il ne faut pas croire qu’elles vont s’écraser. Ce serait une grave erreur.

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