Charles Kaisin, une boule à facettes à la Belge

©Nicolas Lobet

Rayonnant dans le monde entier, Charles Kaisin, designer de 45 ans aux multiples casquettes, travaille pour les plus grands. La clé de son succès? Une créativité teintée de surréalisme si caractéristique du plat pays. Désormais, reste son prochain défi: continuer à grandir à l’étranger.

"Ma tête est souvent de travers", glisse-t-il à la photographe qui l’immortalise, après avoir jeté un œil aux clichés pris un jeudi matin dans son atelier, situé à quelques pas du fraîchement inauguré musée Kanal-Centre Pompidou à Bruxelles. Une réflexion a priori anodine qui symbolise pourtant si bien le regard décalé du créatif qui brûle en lui.

Homme en éveil permanent, Charles Kaisin a le regard vif. Après quelques clics de déclencheur de rigueur, il fonce tel un aigle en chasse voir l’avancée de ses équipes qui s’activent en coulisse en vue du prochain événement à voir le jour. Cette fois, c’est l’univers de Jules Verne qui l’a inspiré. "La couture de ces chapeaux est très réussie, bravo", félicite-t-il les dizaines de petites mains rassemblées dans la pièce, après s’être coiffé d’un des hauts-de-forme posés sur la table, se métamorphosant l’espace d’un instant en un autre lui. Tout un symbole, car l’individu qui nous reçoit est un personnage aux multiples facettes, changeant aisément de visage en fonction de ses différentes casquettes. Tantôt designer, tantôt architecte, tantôt scénographe, rien ne l’arrête.

Dinner at Monaco

"C’est à travers les rencontres que l’on apprend le plus."
Charles Kaisin
Designer

Telle une navette spatiale, il passe aisément d’un univers à l’autre au gré des envies. Avec quel point commun? Qu’est-ce qui fait la patte Charles Kaisin? Réponse de l’intéressé: "Faut-il vraiment être mis dans une case?" Après un temps de réflexion, il embraie tout de même sur ce qui a vocation de liant dans ce qui fait sa recette: de la surprise, du sur-mesure, de la poésie et différents degrés de lecture. Du reste, "la direction artistique, c’est ça mon métier", sourit-il.

Une sorte de chef d’orchestre de l’esthétique donc, qui tire son inspiration de ce qui l’entoure. "Tout m’intéresse." Il dit avoir une mémoire très visuelle, un trait qu’il peut mettre à profit lors de ses nombreux voyages à l’étranger. "Chaque mois, on prend l’avion avec l’équipe. On va partout, tout le temps. Ce qui fait que j’enregistre tout un tas de choses qui, additionnées à l’art contemporain que j’aime beaucoup, plus la lecture, font que je reçois tout le temps plein d’images, d’instantanés, qui m’inspirent."

De Monte-Carlo à Tokyo

Ses dîners surréalistes - ici aux Bains de Bruxelles dans les Marolles - lui ont permis d'acquérir une notoriété hors de Belgique. De Londres à Moscou, en passant par Miami, les demandes viennent de partout. ©Nicolas Lobet

Connu dans le monde entier aujourd’hui, il travaille pour des noms bien connus tels qu’un Delvaux ou un Hermès, en passant par Ice Watch, Pierre Marcolini, Rolls-Royce, le champagne Louis-Roederer ou encore Leffe. Et si le design d’objets reconnaissables entre mille y a participé, ce sont plutôt ses événements surréalistes, aux univers grandioses et aux créations décalées, qui l’ont fait sortir du lot. De l’Atrium du Casino de Monte-Carlo entièrement recouvert d’un tapis aux losanges rouges et blancs, renvoyant à l’univers du jeu, à une table de 96 mètres de long posée en plein milieu de la galerie de la Reine sur laquelle se déplacent des voitures téléguidées afin d’amener petits-fours et zakouskis, voire à une soirée privée dans une bouche de métro durant laquelle les convives peuvent s’adonner à même la table à une partie de pêche aux canards, les exemples sont légion à avoir fait parler d’eux.

Rolls-Royce Surrealist Dinner

Au Casino de Monte-Carlo, Charles Kaisin a totalement recouvert l'Atrium d’un tapis aux losanges rouges et blancs, renvoyant à l’univers du jeu. ©AFP

Interrogé, Pierre Degand souligne la "créativité" du personnage, lui qui a travaillé récemment avec Charles Kaisin dans le cadre d’un dîner pour le Brussels Exclusive Labels (BEL), ASBL qui regroupe les grandes maisons de la capitale. "Il est l’ambassadeur d’un pays et d’un savoir-faire", abonde Pierre Marcolini qui a collaboré avec le designer pour un dîner de 850 personnes au Centre Pompidou à Paris. "Il est capable d’imaginer une ambiance qui rend tout le monde égal face à l’envoûtement qui se crée", complète Jean-Pierre Lutgen, patron d’Ice Watch, qui a eu notamment recours à ses services pour un dîner organisé à Tokyo dans le cadre d’une visite d’Etat. "Un dîner de Charles Kaisin, ça ne s’oublie pas."

Architecte de formation

Charles Kaisin lors du gala annuel de la société des amis du Centre Pompidou, en avril dernier à Paris. Le designer avait collaboré à l'organisation de la soirée, qui réunissait 850 personnes. ©Photo News

Le tronc commun qui permet de guider le designer? Un parcours ponctué d’influences diverses. Né à Charleroi en 1972, Charles Kaisin a fait ses armes chez les plus grands. En parallèle d’études à l’Institut supérieur d’architecture Saint-Luc Bruxelles, "une formation, pour le côté très rationnel et pragmatique notamment, mais pas une finalité en soi", complétées d’un diplôme au Royal College of Art à Londres et d’un passage à l’Université des arts de Kyoto, le Belge a côtoyé rien de moins que l’architecte français Jean Nouvel, puis le sculpteur anglais Tony Cragg, en stage, avant de travailler avec le designer israélien Ron Arad. Son "compagnonnage" en quelque sorte, une philosophie qui lui plaît particulièrement de par "un parcours de vie à travers des rencontres. C’est comme cela que l’on apprend le plus", d’après lui.

Ice-Watch dinner

Une fibre sociale qui va plus loin que le simple échange, mais tient plutôt du savant mélange. L’homme a d’ailleurs collaboré avec les Petits Riens ou avec les prisons de Saint-Gilles et Berkendael. "J’aime valoriser une main-d’œuvre, un savoir-faire, qui soit alternatif. Rien n’est jamais acquis et je trouve important de donner pour les autres."

Bref, autant d’éléments qui continuent à infuser sans s’arrêter, mais pour quel résultat final? Désormais, que reste-t-il à accomplir pour le designer touche à tout qui compte une équipe d’une vingtaine de personnes dans son atelier? "On a acquis 500 mètres carrés en plus (des 650 déjà occupés actuellement, NDLR), parce qu’on a besoin d’espace pour suivre. On a plus de place." à terme, "pourquoi ne pas d’ouvrir un bureau à l’étranger en fonction des projets", afin de surfer sur la vague de demandes reçues hors du plat pays pour ses services. "On a reçu une demande de Miami pour la fin d’année, de Londres, de Suisse, d’Italie, ou encore une autre de Chinoises pour quelque chose à Moscou, pendant la Coupe du monde ainsi qu’un projet filmé pour télévision française au château de Chambord. Cela n’arrête pas. On est en pleine expansion."

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