chronique

Design hennuyer entre amis

La 4e édition de la biennale de design met en exergue la collection du Grand-Hornu.

La 4e édition de la biennale "Intersections" présente au sein du ADAM (Art & Design Atomium Museum) une exposition de près de 150 pièces, soit les créations de 45 designers ou collectifs belges et européens pour un panorama du design contemporain. Toutes les œuvres sont cette fois issues des collections de la Province du Hainaut gérées par le CID (Centre d’innovation et du design du Grand-Hornu) qui a reçu en l’occurrence carte blanche pour concevoir l’exposition.

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Initié à l’automne 2010 dans le cadre du festival bruxellois Design September par le département Atomium Expo, "Intersections" a présenté lors des trois précédentes éditions des designers belges émergents tels que Linde Herman, Jean-François D’Or, Hugo Meert, Vera Vermeersch… Jusqu’ici, l’événement se tenait dans une salle d’exposition, quelque peu étroite, de l’Atomium. Mais l’ouverture du ADAM a permis de reconfigurer le concept et surtout de l’agrandir en lui offrant davantage d’espace.

La collection du Grand-Hornu

Modeste, mais néanmoins singulière, la collection de design du Grand-Hornu existe depuis les années 80. Petite (environ 500 pièces), elle peut cependant se targuer de ne pas s’être établie (et de continuer à le faire) de manière conventionnelle. Chaque achat est en effet attaché à une programmation particulière de l’institution et à des liens d’attachement, de respect et d’amitié qui se sont noués au fil des ans avec des créateurs, insiste Marie Pok, la directrice du CID.

Une collection singulière à défaut d’être grande, basée sur un attachement mutuel.

Le design belge de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle occupe une place privilégiée avec, entre autres, Xavier Lust, Charles Kaisin, Nathalie Dewez, Maarten Van Severe… Tous ont pu voir leurs créations présentées lors d’expositions individuelles au CID et la réserve de l’institution en conserve de belles traces.

Ajoutons que depuis 2012, quand elle a repris la direction du CID, Marie Pok s’est orientée en termes d’acquisition vers les objets qui valorisent le processus créatif lui-même ainsi que les nouvelles technologies, comme par exemple l’impression 3D. L’intérêt se porte donc principalement sur les œuvres de designers soucieux de réinventer des processus plus respectueux de l’homme et de l’environnement. Preuve en est les œuvres de Jolan van der Wiel, de Dirk Van der Kooij…

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Trois thématiques se dégagent alors de cette collection: le design belge, la notion de travail à travers l’industrie et l’artisanat, et les nouveaux outils.

Dans une grande salle de l’ADAM sont donc réunies ces pièces, dans une scénographie faussement brute réalisée par Sébastien Cruyt et Philippe Pinckaers, qui rappelle presque un magasin de vente en gros, un entrepôt, voire ce fameux passage final et obligatoire à Ikea, entre caisses en carton, étagères standard et informations d’inventaire. Chaises, tables, luminaires, miroirs, vases, textiles… dans une multitude de matériaux, sous les formes les plus simples, les plus naturelles, comme les plus farfelues. De la création totale au détournement franchement ludique et humoristique derrière lequel se cache une vraie réflexion sur nos habitudes, nos idées préconçues, nos comportements.

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L’exposition dévoile une évolution de la profession de designer, ses métamorphoses technologiques autant que culturelles. Ainsi, une certaine place est laissée à l’impression 3D, mode de production très suivi par le CID.

Sur un mur, le visiteur peut une nouvelle fois se faire confirmer l’attachement entre le CID et les designers en découvrant des croquis et dédicaces que ces derniers ont fait parvenir à l’institution. Ce qui justifie pleinement le titre complet de l’événement: "Intersections#4. CID & Friends"!

"Intersections#4. CID & Friends", du 16 septembre au 5 février 2017. ADAM Museum. www.adamuseum.be  /  www.cid-grand-hornu.be.

Lionel Jadot: L’art de magnifier les rebuts

En parallèle d’"Intersections" au ADAM, le Grand-Hornu propose une exposition en son sein cette fois, "Mixed Grill", du designer Lionel Jadot. Prenez une toile de parachute, ou de yourte, un tronc évidé, des chutes de bois, de marbre ou de pierre, des vestes de motard, une carcasse de voiture ou encore une laisse de chien et laissez faire l’imagination débordante et "détournante" de Lionel Jadot. Cela donne à l’arrivée de nouveaux objets, nés d’assemblages improbables "mais qui doivent nécessairement donner un plus, une valeur artisanale à la création", explique l’artiste. Lionel Jadot a été à bonne école puisque son terrain de jeu d’enfant fut l’atelier de tapisserie familial (Vanhamme) où ses parents lui avaient donné carte blanche pour utiliser les chutes de matériaux non utilisables.

Pour cette première exposition monographique, Lionel Jadot et son équipe ont investi l’immense magasin aux foins du Grand-Hornu (2 semaines de travail et des dizaines de camions!) pour y transposer leur studio de création avec des matériaux de toutes sortes, où ils travailleront jusqu’au 4 décembre. "Mixed grill" est davantage à voir comme un véritable "work in progress" puisque les activités de conception et de création se poursuivront sous les yeux des visiteurs. "Le travail de Lionel Jadot s’inscrit dans la tradition de l’upcycling, c’est-à-dire une forme d’expression, voire un langage où des matériaux divers usagés deviennent de nouveaux objets à valeur ajoutée mais sans transformation du matériau de base", précise Marie Pok, directrice du CID.

Lionel Jadot pratique depuis longtemps l’upcycling, les carcasses de canapés, les morceaux d’étoffes, morceaux de bois et autres "déchets" de l’entreprise familiale ayant toujours aiguisé sa créativité. Les œuvres conçues par Lionel Jadot et son équipe n’ont, jusqu’ici, aucune vocation commerciale puisqu’elles s’entassent dans de vastes conteneurs. "Dans mon travail d’architecte d’intérieur, l’approche est toujours de dessiner, de rechercher l’objet, l’ambiance qui manque dans le programme", commente-t-il. Une expression à la fois architecturale et artistique qui vient de se concrétiser dans la réalisation, très constructiviste, du nouveau Jam Hôtel à Bruxelles. Une approche créative hybride, qui brise délibérément les contraintes et les codes traditionnels pour donner à découvrir la personnalité rebelle d’un artisan-créateur.

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