Le design pour restaurer la nature

Global Seed Vault, dans l’archipel norvégien du Svalbard, bibliothèque de notre biodiversité disparaissante. ©BELGAIMAGE

La Triennale de Milan s’est attachée à retisser le lien entre l’homme et l’environnement, grâce au design.

La semaine du design de Milan vient de se clôturer; plus qu’une grande foire commerciale, c’est l’occasion de découvrir d’innombrables installations aux quatre coins de la ville: palais, cours, jardins, showrooms, entrepôts se mettent au diapason du Fuorisalone. À contre-sens de ce grand rendez-vous annuel de la consommation, le musée du design de Milan (La Triennale) vient magistralement provoquer le visiteur en replaçant les enjeux essentiels de notre société au cœur du propos avec "Broken Nature. Design takes on human survival", thème de sa XXIIe Triennale.

Le design peut contribuer à résoudre les problèmes entre l’homme et son environnement.

L’exposition, sous le commissariat de Paola Antonelli, explore les liens qui unissent, d’une part, l’homme à l’environnement naturel en péril et, d’autre part, le rôle du design en tant que remède. La commissaire, conservatrice du département d’architecture et du design du MoMA, à New-York, donne pour mission au design de changer notre comportement et la façon dont nous interagissons avec l’environnement. L’exposition, grâce à plus de 120 projets internationaux où se mêlent art, design et architecture, explore comment le design peut contribuer à résoudre les problèmes entre l’homme et son environnement.

Dénoncer et réinventer

Dès la première salle, le ton est donné. L’impact humain sur la planète est sans appel et quasi irréversible. Pour preuve, une installation composée de deux grands écrans présente une sélection d’images satellites de la NASA illustrant des changements radicaux: fonte d’un glacier au Groenland, incendie en Californie, croissance urbaine de Las Vegas (1972-2018), assèchement du lac Poopo en Bolivie (2013-2016)… Toutes les œuvres exposées visent deux objectifs: dénoncer le caractère destructeur de l’humanité pour ensuite tenter de réinventer notre relation à l’environnement.

Exposition

Broken Nature, à la Triennale de Milan

Note: 4/5

Commissaire: Paola Antonelli

 

Concepts et projets vont tous azimuts. Une plongée au fond des océans grâce à des photographies au microscope nous fait découvrir des particules de plastique dans le plancton, une beauté plutôt déroutante d’un lent poison quasi invisible… Remontons ensuite juste en dessous de la surface de la terre, où les graines et semences originales deviennent de précieux vestiges. D’où le projet Global Seed Vault dans l’archipel norvégien du Svalbard, une architecture construite sous terre en vue de conserver plus d’un million de semences; un lieu devenu bibliothèque de notre biodiversité disparaissante. Un autre projet, The Lost Flower, nous parle, lui, de ressusciter un parfum d’hibiscus hawaïen, disparu en 1912, et dont l’ADN est conservé dans l’herbarium de l’université de Harvard.

Le problème de l’eau potable et de son accès est récurrent dans plusieurs projets. Dans l’Himalaya indien, le projet Ice Stupas présente des glaciers artificiels qui stockent l’eau l’hiver, créant ainsi, à la fonte des neiges au printemps, des sculptures de glace qui évoluent au fil de l’écoulement de l’eau vers les champs. Une place importante est également donnée à la création de nouveaux matériaux: terracotta imprimée en 3D, vaisselle en charbon végétal, flacons en algues,… ou encore à la réutilisation des matériaux, sachant que le recyclage n’est qu’une solution à court terme.

L’exposition, très dense, est complétée par 22 pavillons internationaux, sur la même thématique, des commandes, des publications, des colloques. Même pour ceux qui croient que l’espèce humaine disparaîtra dans un avenir proche ou lointain, le design, au travers de cette Triennale, présente les moyens de planifier une fin plus élégante.

Jusqu’au 1er septembre au musée du design La Triennale de Milan.


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