"Le dessin montre des choses que les mots ne peuvent dire"

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Rencontre | Dessinateur réaliste ou humoristique, chroniqueur de presse, François Boucq explore tous les aspects du dessin et du récit.

Le dessin, pour François Boucq, est une nature. Quel que soit le style: réaliste comme dans Bouncer ou Le Janitor, ses dernières séries en cours, dans l’humour (les aventures de Jérôme Moucherot, La Mort et Lao-Tseu…) ou dans le dessin de presse – il a tenu la chronique dessinée du Procès du Carlton à Lille en 2015 avant de publier un recueil d’illustrations de tweets de Donald Trump.

Dans un style toujours reconnaissable, Boucq explore tous les registres du dessin avec la même maîtrise. "Il faut le plier à toutes les contraintes, le pousser dans ses retranchements", estime-t-il tout en reconnaissant ne pas être attiré par l’abstraction pure. "Elle est aussi stérile que le réalisme anatomique. Il faut une vibration supplémentaire, celle du dessinateur qui transmet son émotion."

Écriture

Pour le dessinateur lillois, le dessin est avant tout une forme d’écriture. "C’est une manière d’aborder et d’explorer le monde par les formes et les couleurs; une façon de se l’approprier comme on peut le faire avec des mots", analyse-t-il. "Le dessin vient d’ailleurs avant la lettre, qui n’est qu’un dessin élaboré ou simplifié."

Et de ce point de vue, le dessin de presse vaut sans doute autant qu’un éditorial. "Tout doit être rassemblé en quelques traits. L’attitude choisie, la posture, le détail mis en exergue, sont autant de choses que le dessin montre et que le mot ne peut pas toujours dire."

Quelque soit le registre de son récit, le dessin de Boucq flirte en permanence avec la caricature. ©BELGAIMAGE

En 2015, Boucq avait suivi pour Le Monde le procès du Carlton, l’un des aspects de "l’affaire DSK". Pas véritablement question là de caricature mais bien de dessins d’audience. Un exercice sensiblement différent de celui de l’illustration de tweets de Donald Trump. Dans le premier cas, l’auteur doit coller à l’actualité aussi fidèlement que possible, dans le second, il doit s’en écarter pour en prendre le contre-pied humoristique. Le travail effectué par la scénariste Vanessa Duhamel n’hésite d’ailleurs pas à détourner certaines des petites phrases de Trump. "Trump est une icône. Il suffit d’une mèche de cheveux pour le mettre en place. C’est déjà en soi un personnage de BD, comme pouvait l’être DSK. Ces hommes, dans leurs excès, génèrent leur propre scénario dans une situation donnée", reconnaît Boucq.

Quel que soit le registre de son récit, réaliste ou humoristique, le dessin de Boucq flirte en permanence avec la caricature. Les mimiques sont forcées, les gestes soulignés, mais sans jamais trahir le récit. C’est particulièrement le cas de ses personnages réalistes, comme le Janitor, homme de main de l’Église contemporaine, ou du Bouncer justicier manchot dans un western pur jus.

"En BD, sans doute plus que dans les autres arts graphiques, ce sont les formes qui cohabitent ensemble pour réveiller les personnages. Le travail de l’auteur est de les personnifier, de les individualiser. Il faut donc toujours rester sur la limite entre le réalisme académique stérile et la caricature. C’est une limite très fertile!", estime Boucq.

Reconnaissable entre tous, le style Boucq joue sur cet équilibre, à peine plus délié et lâché dans la caricature que dans le réalisme. le contexte fait la différence. Mais pas seulement. "Il n’y a pas de bon dessin sans tension, sans vibration ni sans concentration. La caricature n’est pas un dessin réaliste qui aurait été bâclé, comme un dessin réaliste doit garder la souplesse du rire s’il ne veut pas se figer!"

Un personnage moral

Le personnage fétiche de Boucq, c’est le Bouncer, justicier manchot dans le plus pur style western, dont le dixième tome vient de sortir. Mais Boucq parvient à passer outre les codes du genre pour se focaliser sur les êtres humains et leurs réactions face à la nature ou à la sauvagerie de leurs semblables.

Tout cow-boy qu’il soit, le personnage est éminemment moral, au contraire des héros du genre, souvent manichéens. "Être moral, cela ne veut pas nécessairement dire qu’il est du côté du bien. Mais il prend position sur ce qu’il croit bien et l’assume", analyse Boucq. Et c’est sans doute ce qui rend le personnage aussi intéressant, parce qu’il met le lecteur face à sa propre définition de la morale.

"L’homme doit se faire sa morale à tout moment, jusqu’à sa mort. On ne peut vivre sans croyance dans le bien ou le mal", affirme encore Boucq, qui reconnaît croire en l’Esprit, dont une des représentations peut être Dieu.

Et de faire le parallèle avec la construction d’une case. "Comme le point de fuite de la perspective dirige l’œil du lecteur selon la volonté du dessinateur, chacun dirige son esprit dans sa vie: son propre point de fuite, sa propre perspective", conclut Boucq.

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