Reconversion design à Saint-Étienne

La "Passerelle de l’inclusion", de François Dumas, située à l'entrée du site de la Manufacture d’armes, épicentre de la biennale. ©ph jacob

Sinistrée depuis les années 70, "la ville aux 1.000 brevets" se rêve en capitale du design avec sa biennale. Une 11e édition un peu décevante mais un quartier créatif qui vaut le détour.

Biennale internationale Design Saint-Étienne

Lisa White, commissaire principale.

Note : 3/5

Jusqu’au 22/4 - Département de la Loire > GOOGLE MAP

Saint-Étienne est un cas intéressant de reconversion d’une ancienne cité industrielle par la créativité. Cette ville française de 172.000 habitants dans le département de La Loire a subi depuis 1970 les affres de la désindustrialisation et un déclin urbain comparable à celui de Roubaix, du Havre ou du bassin sidérurgique wallon. En 2010, pourtant, une autre trajectoire s’amorce lorsqu’elle devient la première ville de France à rejoindre le réseau des Creative Cities de l’Unesco après avoir inscrit le design comme moteur de son développement et de sa transformation.

Malin d’avoir tablé ce qui fut son point fort: l’inventivité. Surnommée "la ville aux 1.000 brevets" (on y a breveté la première machine à coudre, le premier vélo…), Saint-Étienne a gardé cette vitalité entrepreneuriale puisqu’elle est la troisième métropole française en termes de dépôts d’inventions.

Industrie, école, musée: l’ADN historique de la ville fonde sa politique du design et son renouveau.

Cette stratégie pour devenir "capitale du design du XXIe siècle" n’a pas germé par hasard. Il y a deux siècles déjà, alors que l’industrie et les mines tournaient à plein régime, les passementiers et les armuriers stéphanois avaient su faire face à la concurrence en améliorant la qualité esthétique de leur production. Les industriels avaient alors financé ce qui deviendra l’École métropolitaine des beaux-arts et de design, tandis qu’un Musée d’art et d’industrie voyait le jour, en 1889, dans le sillage des expositions universelles.

Ces 3 composantes – industrie, école, musée – constituent ainsi l’ADN historique sur lequel Saint-Étienne fonde aujourd’hui sa nouvelle politique du design. Et elles se concrétisent déjà magistralement dans le quartier créatif de la Manufacture.

Lisa White, commissaire principale, vous invite à la Biennale Internationale design 2019

La 11e édition de la biennale internationale Design Saint-Étienne se déroule d’ailleurs sur ce site: une ancienne manufacture d’armes qui abrite aujourd’hui la Cité du design, l’École supérieure d’art et design ainsi que le pôle économique de développement et d’innovation.

Le slogan de la biennale "Me, You, Nous. Créons un terrain d’entente" oppose le thème de l’inclusion à notre société de l’individualisme. Un thème aussi ambitieux que… fourre-tout. Les expositions à voir sur le site sont ainsi parfois hermétiques et stéréotypées. C’est le cas de celle de l’Américain John Maeda ("Design In Tech") où l’on cherche en vain le fil conducteur, aussi bien dans le contenu que dans la scénographie, entre le design, la technologie et l’humain, propos même de la biennale. Ou de celle de la commissaire principale Lisa White ("Systems, not stuff"): une scénographie originale faite de grilles et de rubans (spécialité de Saint-Étienne) mais une impression de déjà-vu avec ses bioplastiques ou un xième mobilier recyclé.

Épinglons néanmoins la collaboration intéressante entre étudiants chinois et européens qui se concrétise avec "Stefania", un projet original de ville imaginaire, tout en bois, et dans laquelle le visiteur peut se déplacer.

Surplombant le site de la biennale, le châssis à molette de l'ancienne mine, naturellement design. ©Florian Kleinefenn

La métropole au diapason

Le site de la Manufacture est quant à lui un lieu incontournable tant il impressionne, surtout vu du haut d'une très haute structure tubulaire qui surplombe l’ensemble. La biennale de design se déploie également dans d’autres lieux. C’est le cas au superbe musée de la mine Puits Couriot où le temps semble s’être arrêté. L’exposition temporaire "Mine en série" y dévoile cinq interventions d’artistes. Des photos, installations et céramiques qui font écho au lourd passé de ce lieu historique. Avec "Design et merveilleux, de la nature de l’ornement", le Musée d’art contemporain joue sur la morphologie des formes à travers une centaine d’objets.

Les coulisses de la 11° Biennale Internationale Design Saint-Etienne

Mais c’est surtout la superbe exposition "24 heures dans la vie d’une femme" qui retient toute notre attention. Celle-ci revisite les collections permanentes du musée sous un angle inattendu. Il s’agit avant tout de montrer les œuvres d’art autrement, "dans un élan plus proche du quotidien de chacun, en reconnectant l’art au présent, par le prisme du sensible, de l’émotion et de la vie", comme l’explique Aurélie Voltz, directrice et commissaire de l’exposition. Ses 8 sections sont autant de moments de la journée, du réveil à la toilette en passant par le travail, la rencontre et la nuit. Un buste antique, une photographie contemporaine ou un mobilier art déco s’entrechoquent joyeusement, rompant avec l’enchaînement chronologique habituel.

Les résonances de la Biennale se font même entendre jusqu’au site impressionnant du Corbusier, à Firminy. On y découvre l’exposition "La Luce" qui présente les luminaires du génial architecte, amoureux de la lumière, et par laquelle il transcende le sarcophage de béton qu’il a imaginé pour l’église Saint-Pierre. La créativité à l’état pur!

>Jusqu’au 22/4 - Département de la Loire > GOOGLE MAP

3 questions à...

Gaël Perdriau Maire (Les Républicains) de Saint-Étienne et président de Saint-Étienne Métropole.

  • 1. Comment assurez-vous la continuité de l’héritage créatif et innovant de la ville?

Il y a 20 ans, quand l’État a décidé de fermer le site de la Manufacture d’armes, la question s’est posée de sa reconversion. C’est donc l’école supérieure d’art et design qui s’y est installée et qui a offert de nouvelles activités. D’autres universités et un centre de recherche y ont ensuite vu le jour et on a profité de cet écosystème pour y installer plus d’une centaine de start-ups, voire plus prochainement. Un lien évident s’établit avec les étudiants de l’enseignement supérieur, qui bénéficient là d’un environnement favorable à la création d’entreprises.

  • 2. Comment expliquer ce renouveau architectural de la ville?

Nous avons souhaité rendre la ville plus visible mondialement. En plus de la Biennale depuis 4 ans, les concours d’architecture incluent un critère en lien avec le design afin d’inciter les soumissionnaires à réaliser des bâtiments originaux. Comme par exemple le Zénith, signé par Sir Norman Foster.

  • 3. Quelle est votre politique pour insuffler ce goût du design?

Nous allons faire de la Cité du design un lieu encore plus ouvert à tous en renforçant son aspect didactique avec, dès le mois de mai, des expositions offrant une meilleure compréhension du design. Nous avons renouvelé l’ensemble du mobilier urbain. Et, depuis 4 ans, le concours "Banc d’essai" offre à des binômes designer/PME la possibilité de concevoir et de tester un mobilier urbain. À chaque édition, c’est une dizaine de projets qui restent à demeure. YSL

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