A comme Arménie et les visions d'Er l'Arménien

La philosophe revient sur la vision d’Er l’Arménien, revenu d’entre les morts en ayant vu à l’œuvre la justice divine. Ils nous enseigne que notre vie est un cycle sans fin.

Dans un passage du Livre X de "La République", Platon évoque le nom d’un guerrier arménien, Er de Pamphylie, dont il fait un prophète, un visionnaire, un homme qui a vu dans l’au-delà et qui témoigne de ce qu’il a vu. Er est parti en éclaireur sur le front. Lorsque ses camarades, qui le suivent, arrivent sur une plaine jonchée de cadavres en putréfaction, ils creusent des fosses pour enterrer leurs compagnons d’armes et ce qu’ils découvrent est extraordinaire: le corps d’Er, mort, comme ses compagnons, dix jours auparavant, est intact.

Ses compagnons d’arme décident de le ramener chez lui pour l’ensevelir et le douzième jour, alors qu’il est étendu sur le bûcher, Er revient à la vie et raconte ce qu’il a vu. Le philosophe s’inspire naturellement de récits orphiques et pythagoriciens, qui considéraient la vie comme un passage pour les âmes qui reviennent habiter de nouveaux corps dans une vie ultérieure. Mais Platon donne corps à cette expérience en faisant d’Er le "messager de l’au-delà", selon la volonté des juges des âmes.

Le chemin des âmes

Une fois mort, l’âme d’Er a quitté son corps pour se retrouver en un lieu ouvert à la fois sur le ciel et dans la terre. Et que voit-il? Que chaque âme défunte passe devant un juge. Celui-ci, selon la conduite et les actes de l’âme pendant sa vie mortelle, envoie l’âme dans le ciel ou sous la terre. Deux ouvertures permettent aux âmes de prendre leur chemin. Plus loin, deux autres ouvertures voient les âmes revenir du lieu céleste ou souterrain, où elles ont été envoyées.

Deux ouvertures permettent aux âmes de prendre leur chemin. Plus loin, deux autres ouvertures voient les âmes revenir du lieu céleste ou souterrain, où elles ont été envoyées.

De retour à leur point de départ, après un trajet semblable à un très long voyage, les âmes revenues prennent toutes le même chemin, d’où qu’elles viennent; celles qui ont été sous terre ont été suffisamment punies pour réintégrer le même rang que toutes les autres âmes, sans plus de distinction. C’est là, qu’après plusieurs jours de voyage, les âmes se trouvent face à la déesse Ananké, qui personnifie le Destin. La déesse se tient assise sur un fuseau qui tourne et qui, en tournant, meut le ciel. Ses trois filles, Lachésis, Clotho et Atropos, sont des fileuses qui tissent des "modèles de vie", réparent les fils ou le coupent implacablement.

Réincarnation

Chaque âme choisit un modèle, qui correspond à la vie qu’elle mènera une fois qu’elle se sera incarnée, une nouvelle fois, dans un nouveau corps. Dans ce passage, plein de synesthésies entre les nuances de sons et celui des couleurs, Platon fait chanter un espace situé aux limites du ciel, aux limites des choses connues par les hommes et par les dieux eux-mêmes. Une déesse meut le monde sur des cercles pailletés, rouges et orangés lesquels, en se frottant les uns contre les autres, provoquent une musique céleste car une sirène assise sur chaque fuseau chante lors de ces révolutions.

Telle est la vision d’Er l’arménien. Il voit à l’œuvre la justice divine et nous enseigne que notre vie est un cycle sans fin, comme un arc en ciel sonore et visuel, dont les arts terrestres ne sont qu’une imparfaite approximation.

>Retrouvez Pascale Seys dans "Les tics de l'actu", tous les jeudis, à 8h45, dans la Matinale de Musiq3, le samedi, à 11h, dans "La couleur des idées" (en partenariat avec L'Echo) et sur la page Facebook de la chaîne classique de la RTBF.

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