chronique

A comme atomisme

Au IVe siècle avant notre ère, Démocrite eu l’intuition géniale que le monde était fait d’atomes totalement insensibles à la trancendance de Platon. Et ça l’a bien fait rire!

C’est une découverte due au hasard à l’heure de la sieste. Tout le monde connaît la définition chimique de l’atome. Un atome est une matière simple, constituée d’un noyau autour duquel gravitent des électrons, eux-mêmes constitués d’une charge positive (les protons) et neutres (les neutrons).

Mais avant de devenir une théorie scientifique avérée, grâce au microscope, l’atomisme était une école philosophique de l’Antiquité où un maître, Démocrite (mais peut-être est-ce déjà Aristippe?), s’est distingué par une intuition totalement sidérante: il a vu ou il aurait vu, à travers des planches de bois mal ajustées, des poussières de lumière danser en suspension dans l’air tandis qu’il se reposait à l’ombre d’une cabane et le philosophe s’est dit qu’il fallait peut-être considérer que la réalité dans son ensemble, le monde qui nous entoure, était à comprendre non comme une totalité mais comme un amas de grains: un amas d’atomes qui se meuvent et tourbillonnent sans cesse dans le vide infini.

Intuition géniale

L’intuition était si géniale pour un homme du IVe siècle avant l’ère commune, que l’on a l’habitude de le considérer comme le "père" de la science moderne. Il serait donc, avant les découvertes de la physique quantique, le premier théoricien de l’atomisme et une anecdote rapporte qu’un jour Platon aurait voulu mettre le feu à l’œuvre de Démocrite. Platon détestait Démocrite parce que Démocrite définissait le monde par un principe  matériel,  ce que l’on appelle le matérialisme au sens philosophique.

Pour les atomistes, il n’y a pas d’âme, aucun principe spirituel qui aurait un statut supérieur: la réalité physique est uniquement constituée de matière, c’est-à-dire d’atomes, de vide et de mouvement. Le réel, c’est-à-dire, nous, notre maison, les arbres, notre corps mais aussi notre âme, sont constitué d’un ensemble d’atomes invisibles à nos sens. Ils sont lisses ou rudes, crochus, recourbés ou ronds, ils se déplacent de manière tourbillonnaire dans tout l’univers, et sont à l’origine de tous les corps composés.

"Démocrite riant de tout, c’est l’image que ce philosophe a laissée à la postérité afin de nous rappeler que nous ne rions pas assez."
Pascale Seys
Philosophe

Prenons les atomes crochus par exemple. Ce sont les atomes de l’attirance. Ainsi  l’amour est une réunion d’atomes chauds, une sorte de danse atomique et la destruction, la haine ou la mort, une séparation d’atomes froids. Les atomes sont éternels et seul leur agencement est mortel. Nous sommes faits de corpuscules éternels qui, lorsque nous ne serons plus, deviendront autre chose d’utile à la nature, ce dont il faut nous réjouir car c’est ainsi que le veut la nature.

Comme la physique des atomes de Démocrite ne recourt à aucune explication surnaturelle ou divine, cette pensée théorique débouche sur un art de vivre qui s’identifie avec le plaisir: il faut chaque jour nous réjouir que la réalité soit comme elle est, nous dit Démocrite, ce dont témoigne la toile "Le philosophe ou Démocrite riant", que l’on peut voir au Rijksmuseum d’Amsterdam.  Démocrite riant de tout, c’est l’image que ce philosophe a laissée à la postérité afin de nous rappeler que nous ne rions pas assez.

>Retrouvez Pascale Seys dans "Les tics de l'actu", tous les jeudis, à 8h45, dans la Matinale de Musiq3, le samedi, à 11h, dans "La couleur des idées" (en partenariat avec L'Echo) et sur la page Facebook de la chaîne classique de la RTBF.

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