"Game of Thrones", retour sur un phénomène addictif

"Game of Thrones" ©doc

Pourquoi "Game of Thrones" nous manque tant? En attendant la suite, une deuxième vision s’impose, histoire d’affiner un plaisir multicouche…

"House of the Dragon", c’est le titre de cette nouvelle série de 10 épisodes, en tournage actuellement en Irlande (alors que plusieurs autres projets sont développés en parallèle par HBO). L’action de ce spin-off en forme de prequel se déroulera 300 ans avant l’histoire de "Game of Thrones" et s’intéressera aux aïeux de la reine aux dragons: les Targaryan.

En attendant, les fans rongent leur frein et revisionnent toute la saga en HD pour explorer les couches superposées qui façonnent notre plaisir: psychologiques, historiques, voire philosophiques. Car de nombreuses thèses, plus ou moins étayées, essaient de décrypter la saga.

Pratiquement tous les personnages sont obnubilés par la place qu’ils pourraient gagner ou perdre dans une "famille".

Philosophie

On pourrait gloser infiniment sur chaque personnage («La Montagne» serait-elle fan de Nietzsche? Sans doute…), mais force est de constater, avec la philosophe française Marianne Chaillan(1), que deux visions s’opposent. Chez les Stark, traditionnellement, on serait plutôt adeptes d’une morale de l’intention (la valeur d’une action vient de ce qu’on y met, moralement) alors que chez les Lannister on serait prisonniers d’une morale conséquentialiste ("la fin justifie les moyens"). On notera d’ailleurs que les Lannister ne respectent pas le tabou de l’inceste, pourtant presque universellement partagé aujourd’hui. Une manière pour George R. R. Martin de nous dire que les très pragmatiques Lannister et leur "loi du plus traître" ne sont pas très respectables philosophiquement…

Psychologie

Nombreux sont les observateurs à noter le poids de la féodalité dans la série: pratiquement tous les personnages sont obnubilés par la place qu’ils pourraient gagner ou perdre dans une "famille". On sent très clairement dans cette obsession du clan l’héritage viking, celte et médiéval. Quelle place sera la mienne? Comment changer de camp, et donc de vision de la vie? Le parcours de Tyrion Lannister, l’homme de petite taille qui fuit sa famille dégénérée pour gagner en grandeur (désabusée), est ainsi emblématique.

Bande-annonce de la saison 1

Histoire

Mais c’est bien sûr l’éclairage historique qui apportera le plus. Notamment grâce aux confessions de l’auteur lui-même. Dix ans avant d’écrire la première ligne, lors de son premier voyage en Angleterre, Martin est sur le mur d’Hadrien, construit vers 125 pour contrer l’invasion des Pictes, ancêtres des Écossais. C’est là que naît l’idée d’un Nord où rôde l’Inconnu. De même, le siège de Constantinople de 717 qui rappelle celui de Port-Réal qui construit toute la 2e saison (les feux grégeois, la chaîne gigantesque qui barre l’entrée du port…). Alors que nombreux sont ceux à souligner l’apport de la guerre des Deux-Roses (qui ravagea l’Angleterre du XVe siècle), éventuellement revisitée par Shakespeare, G. R. R. Martin, lui, confesse devoir énormément à Maurice Druon et ses "Rois maudits". Intemporel, qu’on vous dit!

(1) «Game of Thrones - Une métaphysique des meurtres», Marianne Chaillan, Le Passeur, 288 p., 19,50 €.

Fantastique / Drame

"Game of Thrones" (HBO)

Créée par David Benioff et D. B. Weiss, adaptée des romans de George R. R. Martin.

Toutes les saisons disponibles sur Betv.

Note de L'Echo: 5/5

Retrouvez toutes nos chroniques dans notre dossier L'Echo des séries.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés