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L’improbable violence du quotidien

Stephen Graham, l’odieux chef de bande néonazi de "This is England", se métamorphose dans "The Virtues" en père alcoolique jusqu’à l’horreur.

La petite pépite britannique "The Virtues" décoche au spectateur un véritable coup de poing émotionnel.

Joseph quitte son petit appartement et se rend dans une maison d’un quartier voisin. Là, il soupe avec une famille. On comprend que le petit garçon n’est autre que son fils, et que la famille au grand complet part la semaine suivante… pour l’Australie. Au matin, impossible pour Joseph de rejoindre ses collègues sur le chantier. Il se réveille hagard, brisé; il a passé le reste de la nuit à boire. Boire, pour oublier, cesser d’être lui-même. Boire jusqu’à entrer dans une dimension parallèle où on ne sait plus qui on est ni ce qu’on fait.

Après plusieurs jours prisonnier de cette forme de suicide par l’alcool, Joseph s’ébroue. Il décide de prendre la malle et de se rendre en Irlande, chez une sœur perdue de vue depuis bien longtemps. Ce changement de pays sera-t-il son dernier voyage, ou au contraire contient-il une toute petite chance de salut?

"The Virtues" nous emmène avec force et diligence dans l’intimité absolue d’un être, puis d’une famille.

Arte nous propose la dernière création, sous forme d’une minisérie en 4 épisodes, de Shane Meadows. Pratiquement inconnu chez nous, Meadows est un mythe en Angleterre, grâce à "This is England". D’abord sous la forme d’un long-métrage (en 2006), il a décliné les aventures de cette bande de jeunes en rupture à travers plusieurs miniséries: "This is England '86", puis "'88", puis enfin "'90". L’occasion pour le public britannique de revisiter toute une époque, tout en s’attachant à une improbable collection de caractères plus vrais que nature. Et en voyant grandir toute une série de jeunes acteurs et actrices plus doués les uns que les autres.

Univers populaire mais lyrique

Avec "The Virtues", il redonne un tour d’écrou à son univers populaire mais lyrique, aussi puissant que désespéré. Pour porter cette histoire intense qui semble s’écrire sous nos yeux, il fait une nouvelle fois appel à Stephen Graham ("Gangs of New York", "The Irishman"…). L’odieux chef de bande néonazi de "This is England" se métamorphose ici en père alcoolique jusqu’à l’horreur – pour mieux nous amener à déchiffrer son modus vivendi (et son passé).

Bande-annonce "The Virtues"

Face à lui dans le rôle de la sœur, l’Irlandaise Helen Behan. Cette comédienne aux incroyables capacités de véracité n’était pas actrice au départ, mais infirmière. Reconnaissant Shane Meadows dans un pub où il faisait des repérages, elle prend son courage à deux mains et lui propose à sa propre surprise de jouer pour lui. Meadows la prend au mot et lui fait faire un essai.

Dans "This is England" (la série), elle sera donc l’infirmière tandis qu'ici, elle incarne un des rôles principaux. Avec son format atypique (3 épisodes de 45 minutes et un final de 75), "The Virtues" nous emmène avec force et diligence dans l’intimité absolue d’un être, puis d’une famille. Sous l’apparence d’une chronique sociale à la Ken Loach se cache toute la puissance shakespearienne que les Britanniques savent si bien parfois déceler, et révéler, dans l’improbable violence du quotidien.

Drame

"The Virtues" (Channel 4)

Créée par Shane Meadows (2019), avec Stephen Graham, Helen Behan, Niamh Algar…

Disponible en Belgique sur arte.tv

Note de L'Echo: 5/5

Retrouvez toutes nos chroniques dans notre dossier L'Echo des séries

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