Après 2015, Mons 2018 parie sur la convivialité urbaine

©Andy Tierce

Pour sa première biennale depuis Mons 2015, Capitale européenne de la culture, la ville met l’accent sur un programme populaire qui invite le public à se réapproprier l’espace urbain.

Après l’annonce en demi-teinte d’une programmation "light", en septembre dernier, la Ville de Mons et les structures pilotant sa première biennale 2018-2019 ont remis le couvert ce mercredi, avec le reste du menu. Depuis l’automne, l’inquiétude quant au soutien financier qui devait être apporté par la Fédération Wallonie-Bruxelles à la biennale (à hauteur de 1,5 million d’euros pour son budget 2018) a en effet été levée – le ministre du Budget du gouvernement wallon André Flahaut (PS) ayant décidé de délier lui-même les cordons d’une bourse qui devait initialement être accordée par la ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles Alda Greoli (cdH).

©Jef Behrin

Voilà qui a permis aux acteurs en présence de satisfaire l’hypothèse d’un programme "maximaliste", selon le terme de Dominique Cominotto, président de la Fondation Mons 2025. Pour l’occasion, la Fondation a été réunie au Pôle muséal de la ville et à MARS (Mons arts de la scène, ex-Manège) dans le cadre d’une convention au nom barbare ("contrat-cadre de coopération horizontal non institutionnalisé").

Cominotto revient sur un processus d’élaboration plus compliqué que prévu. "La démarche de travail a été celle-ci: nous avons développé un programme qui était la colonne vertébrale que nous pouvions réaliser quoi qu’il arrive, avec des options de développement possibles si le subside était accordé, explique-t-il. Et quand on parle de cette hypothèse maximale, il s’agit notamment de cette capacité supplémentaire que nous avons à pouvoir travailler avec les écoles d’art et les artistes dans le cadre de coproductions."

Participation

Reste le plus important: un programme qui démarrera le 14 septembre – en pleine période électorale (lire ci-contre) – par une salve d’événements et sur lequel "doit souffler l’esprit de Niki de Saint Phalle", explique Xavier Roland, directeur du BAM, le musée des beaux-arts de Mons. Avec ses nanas bariolées et facilement reconnaissables, la célèbre plasticienne française, disparue en 2002, est en effet supposée incarner l’idée d’une biennale ouverte à tous les publics.

Mais elle servira aussi de prétexte à raconter l’histoire d’une ville en transition. "Avec Van Gogh (expo phare de Mons 2015, NDLR.) nous avons travaillé sur notre patrimoine. Avec Niki de Saint Phalle, nous avons une artiste pour travailler sur la ville de demain", poursuit Xavier Roland, ventant la vision urbaine de l’artiste. "Aujourd’hui, on s’aperçoit qu’elle avait vu juste: on ne pense plus la ville que selon ses espaces de confort."

En plus de l’exposition qui lui est consacrée au BAM, trois œuvres de Niki de Saint Phalle seront par ailleurs disposées à travers la ville, avec l’espoir de voir les passants en faire des espaces de rencontre.

"Avec Van Gogh nous avons travaillé sur notre patrimoine.Avec Niki de Saint Phalle, nous avons une artiste pour travailler sur la ville de demain."
Xavier Roland
Directeur du BAM de Mons

À l’heure où la participation citoyenne se décline à toutes les sauces, l’équipe de programmation de Mons 2018 n’a pas hésité non plus à en faire son mot d’ordre. Et son slogan: habiter la ville. "On vit dans un monde où les différences entre les personnes posent de plus en plus problème, soutient Dominique Cominotto. C’est pour cela qu’il y aura beaucoup de projets pour lesquels les gens seront amenés à se rencontrer, à entrer en dialogue."

Le Grand Huit, pièce maîtresse du programme de Mons 2015 visant à intégrer au projet les 19 communes du Grand Mons, reprendra ainsi du service durant le mois de septembre, tandis qu’un festival de cuisine hivernal se donnera pour défi de réchauffer les passants malgré la froidure du mois de décembre.

Les programmateurs semblent aussi avoir misé sur davantage de sobriété qu’en 2015 (la Capitale européenne de la culture disposait alors d’un budget de 70 millions d’euros). Pas de nouvelles structures urbaines en vue, comme celle d’Arne Quinze (toujours debout), ni de cérémonie d’ouverture grandiloquente, mais un coup d’envoi réparti sur trois jours, à dater du 14 septembre, et marqué par l’ouverture de plusieurs expositions.

Choc des cultures et clash politique à Mons
Après le clash très médiatisé, mardi soir, entre Elio Di Rupo (PS) et Georges-Louis Bouchez (MR) portant sur la nomination d’Anne-Sophie Charle au poste de directrice générale adjointe de la Ville de Mons, le climat politique montois est électrique. Le conseiller libéral a reproché au bourgmestre une faveur politique accordée à son ancienne cheffe de cabinet, déjà catapultée quelques années plus tôt au secrétariat général de la fondation Mons 2025.

Dans le contexte des élections communales du 14 octobre prochain, la biennale culturelle qui se profile (voir en rubrique Culture) ne va certainement par apaiser une opposition montoise à couteaux tirés. "On a toujours dénoncé le fait d’attendre 2018 pour la lancer, alors qu’avec un système de biennale, on aurait dû, après Mons 2015, la faire en 2017 et 2019. Cela permettait d’éviter des échéances électorales", peste Charlotte de Jaer, cheffe de file des écologistes montois.

Si elle reconnaît des qualités à la programmation présentée pour 2018, elle reste très critique vis-à-vis du bilan de Mons 2015: "Qu’est-ce qui fonctionne encore aujourd’hui? Ce sont les activités qui ont été reprises en main par des Montois et pas par la Ville, comme les ‘Jardins suspendus’, qui devaient être fermés par la Ville et pour lesquels les Montois se sont battus."

Bouchées doubles

Georges-Louis Bouchez, quant à lui, n’enfile pas ses gants pour donner son avis: "Il est clair que si nous arrivons aux responsabilités, ces histoires de biennales, c’est terminé!", lance-t-il, expliquant vouloir mener la bataille électorale sur le plan socio-économique avant tout. "Je considère que c’est un peu la politique du ‘pain et des jeux’. Comme on le fait dans cette région depuis trop longtemps!"

S’il n’était pas adepte de la façon dont l’organisation de Mons 2015 avait été gérée à l’époque, Nicolas Martin, candidat PS à la reprise du mayorat, refuse d’être aussi critique vis-à-vis d’une biennale qui a, selon lui, été rationalisée. "Je ne comprends pas ce raisonnement binaire, contre-attaque-t-il. Si on a cette chance de positionner la ville par des moyens culturels, tant mieux!"

Ambiance.

Du 14/9/18 au 30/6/19, à Mons: www.monscapitaleculturelle.eu

Temps forts

1. Les expositions

Pièce maîtresse de la biennale, l’exposition "Ici tout est possible", consacrée à toutes les dimensions créatrices de Niki de Saint Phalle, ouvrira les festivités le 15 septembre. Elle occupera deux étages du BAM, le musée des beaux-arts de Mons, et trois lieux en ville, jusqu’en janvier 2019.

Épinglons également l’exposition qui lui succédera au musée, dédiée au surréaliste italien Giorgio De Chirico (du 16/2 au 2/6/2019). Un parcours thématique centré autour de son influence sur le mouvement d’avant-garde et notamment sur trois de ses adeptes belges: Magritte, Delvaux et Jane Graverol.

2. Arts de la scène

Côté scène, Mons 2018 annonce en novembre une double représentation du spectacle "Kirina", mis en scène par le chorégraphe burkinabé Serge Aimé Coulibaly. Une œuvre retraçant l’histoire d’une bataille fondatrice de l’Afrique de l’Ouest, interprétée par 9 danseurs, 6 musiciens mais aussi 40 figurants montois dépêchés pour l’occasion.

Toujours en novembre, un "concert de la libération" joué à la veille du centenaire de l’Armistice au Théâtre royal de Mons rendra hommage aux soldats canadiens morts dans la région.

3. Fêtes en ville

Cette année, il y aura plusieurs "happenings", à l’instar d’un "mapping digital" projeté sur la Grand-Place, de fin octobre au 11 novembre. Voulu comme une ode à la paix, il retracera le récit du dernier soldat tué de la guerre.

Quelque mois plus tard, l’événement "En mai, tout Mons danse" (photo) intégrera des spectacles de danse participatifs au cœur de la ville. 


Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect