Couvrez ce tableau que je ne saurais voir

©Belga

Actuellement, une série d’expositions font l’objet de diverses pressions. Les menaces d’interdiction pleuvent au nom de la protection de l’enfance et des animaux, du respect dû aux religions et à l’humanité en général.

À New York, au Metropolitan, une pétition a circulé contre ce tableau de Balthus représentant une très jeune fille dans une pose jugée trop suggestive.

De son côté, le Guggenheim s’est vu contraint, face aux menaces, de retirer trois œuvres mettant en scène des animaux vivants.

Dernièrement, une polémique a éclaté dans le cadre de l’exposition consacrée à Egon Schiele qui se tiendra à Vienne en février prochain et donnera à voir les œuvres majeures de l’artiste. Les toiles "Homme assis nu" et "Fille aux bas oranges" avaient été choisies pour faire la promotion de l’exposition. En Angleterre, les sociétés de transport ont refusé de placarder les affiches en prétextant la gêne qu’elle pouvait créer chez certains usagers.

Londres a proposé une alternative: flouter les sexes. Vienne a bien entendu refusé et répondu en envoyant de nouvelles affiches sur lesquelles les corps nus sont barrés au niveau des organes génitaux par un bandeau sur lequel on peut lire: "Désolé, cent ans mais toujours aussi scandaleux aujourd’hui." En 1912, le peintre autrichien s’était retrouvé en prison pour outrage à la morale publique.

Voilà pourtant bien longtemps que nous avons cessé de situer l’art sur le terrain de la morale. Peu importe la forme qu’elle prend, l’art possède, semble-t-il, sa propre "morale".

Choquer pour choquer

D’autre part, l’artiste s’est donné pour mission de s’extraire du carcan judéo-chrétien, qui a été constamment la cible d’œuvres choc. On peut penser à Andres Serrano et son "Piss Christ" ou à Maurizio Cattelan et sa "Neuvième heure", abattant Jean-Paul II avec une météorite. Et sans doute faut-il s’interroger sur la transgression, la subversion et la provocation, moteurs de l’art contemporain. Damien Hirst résume bien une situation qui s’apparente à une impasse:

"Il n’est plus possible de choquer en étant nouveau, la seule façon de choquer est d’être choquant."

Les données du problème n’ont-elles pas changé? Les artistes agissent désormais directement sur leur corps, sur celui des autres, utilisent des animaux, pratiquent des manipulations génétiques ainsi que des mises en scène de cadavres. L’objet d’art a été complètement redéfini par la performance. La question mérite dès lors d’être posée: l’artiste peut-il faire ce qui demeure interdit au citoyen lambda, conservant son autonomie au nom de la liberté de l’art et au détriment de la loi? Le discours sur l’art contemporain oscille entre la mise en avant d’une autonomie absolue, insuffisante pour définir la réalité actuelle de sa production, et un vieux moralisme caricatural brandi par ses opposants les plus farouches. D’où la nécessité d’une troisième voie…

Moralisme et populisme

Quoi qu’il en soit, il est toujours bon de rappeler que le moralisme, en art ou ailleurs, ne constitue pas une morale, mais un attachement strictement formel et rigide à cette dernière. Tartuffe, qui s’offusque à la vue d’un sein, n’est pas un dévot mais un hypocrite. De ce moralisme, le populisme se fait l’ardent défenseur. Pour répondre aux attaques contre son "Olympia", Manet répétait: "J’ai fait ce que j’ai vu." Sachons en tirer une leçon importante et dire ce que nous voyons sous nos yeux, à l’heure où, dans la patrie d’Egon Schiele, l’extrême droite vient de s’emparer du pouvoir.

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