Des poèmes révélés par la pluie

Des poèmes au pochoir et à l’encre invisible que la pluie va révéler... ©Thomas Ost

Des poèmes révélés par la pluie? Un projet qui n’aurait pas vu le jour sans les collectifs d’entreprises de Prométhéa et qui se développe dans ses "speed coachings".

On a placé un pochoir à même le sol, bombé une encre invisible, laissé sécher et forcé le destin. En lançant un seau d’eau par-dessus, le miracle opère et un poème en forme de haïku apparaît. Le 7 décembre, il y en aura 25 pareils, dans toutes les langues, que la pluie de la morne Bruxelles révélera, disséminés dans les Marolles et le centre-ville, tandis qu’ils seront tous rassemblés en double dans une exposition au centre culturel Recycl’Art.

Ce joli projet, baptisé "p. EAU. ésie", s’inspire directement de la "Poetry rain" qui a fleuri dans les rues de Boston. Il serait sans doute resté dans les cartons de Mélanie Godin si, par ouï-dire, elle n’avait pas vu passer un appel à projets de Bruocsella, le collectif d’entreprises historique de Prométhéa qui est devenu le modèle de l’ASBL pour inciter les sociétés de taille modeste à se lancer dans l’aventure du mécénat (lire ci-dessous). "J’étais complètement novice en matière de mécénat d’entreprise, explique Mélanie Godin, par ailleurs responsable des Midis de la Poésie. J’ai dû rédiger mon projet. Et rien que pour ça, j’étais contente." Celui-ci a été sélectionné, puis choisi à l’unanimité, en juin dernier, par le jury de Bruocsella qui l’a gratifié d’un joli chèque de 23.000 euros.

©rv doc

"Ce qui nous intéresse, c’est de soutenir un projet qui, sans nous, ne verrait pas le jour et qui met en valeur d’une manière assez large le patrimoine bruxellois, explique Renaud Chevalier, administrateur délégué d’Assar Architects, membre du collectif et parrain de Mélanie. Ce qui nous a séduits dans ce projet, c’est qu’il est pérenne sans l’être, qu’il utilise un nouveau média, le pochoir, que l’on peut assimiler à du graffiti, qu’il nous donne envie de voir arriver la pluie. Il y a la personnalité enthousiaste de Mélanie et le côté participatif, collaboratif et multiculturel de son projet, bien à l’image de Bruxelles. C’est un projet complet."

"p. EAU. ésie" fait en effet appel à des élèves de l’ERG pour réaliser les pochoirs qu’ils façonneront ensuite dans le fab-lab iMAL, tandis que des étudiants de l’Ihecs auront réalisé la signalétique pour guider les passants dans la ville et dont ils analyseront ensuite les interactions avec les poèmes.

"Ces speed coachings permettent d’avoir un retour critique que je n’aurais jamais dans mon entourage direct."

Un beau livre couronnerait bien le tout, mais les 23.000 euros n’y suffiront pas… On retrouve alors Mélanie Godin dans un "speed coaching" organisé par Prométhéa où elle a une demi-heure pour convaincre des professionnels de l’aider à développer "p. EAU. ésie". "J’ai rencontré la Loterie nationale pour étudier une piste de financement, dit-elle. J’ai aussi vu quelqu’un du patrimoine et de l’urbanisme qui m’a indiqué des personnes-ressources pour travailler le rapport des poèmes aux lieux devant lesquels ils vont apparaître. Je n’y avais pas pensé! Ces speed coachings permettent d’avoir un retour critique que je n’aurais jamais dans mon entourage direct. Mais c’est moi qui place le curseur, pour garder mon âme."

Collectifs et speed coachings: www.promethea.be. Tapez "peauesieBXL" sur Facebook ou www.larbredediane.be

Intégrer l’artiste à l’entreprise

"Par passion! Et c’est ma manière de faire de la politique en tant que chef d’entreprise." C’est en ces termes qu’Éric Hemeleers, administrateur délégué des Assurances Eeckman, justifie la reconduction pour 5 ans de son mandat de président du CA de l’ASBL Prométhéa. Et par l’envie de creuser le sillon tracé en 2012 avec la création des collectifs d’entreprises mécènes (Bruocsella, Akcess, Colegia). Pas besoin d’être Coca-Cola ou ING pour soutenir des projets culturels, dit-il: "À dix, on arrive déjà facilement à mettre 10.000 euros sur la table.

Pour un porteur de projet, c’est déjà intéressant. Et c’est un succès car les gens échangent: ils ne viennent pas seulement avec un chèque de 1.000 euros chacun mais avec une démarche qui entre en résonance avec celle des autres, et cela devient vite passionnel!" Autre tendance amorcée en 2012 et qu’il entend approfondir avec l’équipe de Prométhéa: connaître d’abord l’entreprise puis rechercher le projet culturel qui peut entrer en adéquation avec elle, et non l’inverse comme par le passé. "Aujourd’hui, dans nos ateliers-conseils, nous disons aux entreprises que travailler autour de l’art et de la création peut les amener à revisiter leurs processus, qu’à travers leur offre de mécénat, elles ont l’opportunité d’interroger leurs propres valeurs, de les remettre en question ou d’en découvrir de nouvelles." 

Aujourd’hui que la créativité est devenue l’alpha et l’oméga d’un nombre croissant de secteurs qui doivent devenir agiles sur des marchés ultra concurrentiels et incertains, l’artiste peut même devenir une valeur ajoutée dans le fonctionnement de l’entreprise. "C’est l’une des formations que nous essayons de développer, poursuit Eric Hemeleers: montrer, comme cela se fait au Danemark, qu’inclure des artistes dans des processus décisionnels ou des contrôles-qualité peut offrir un regard intéressant et novateur. Dans la même veine, nous engageons les entreprises à confronter leur expertise au secteur culturel, en intégrant par exemple un conseil d’administration. Enrichissant par rapport au monde formaté des entreprises!"


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