Fernand Khnopff ou le culte du mystère

"Des caresses" ©J. Geleyns Art Photography

Avec "Fernand Khnopff. Le maître de l’énigme", le Petit Palais, à Paris, propose, avec le soutien des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique et de leur directeur Michel Draguet, une grande rétrospective du symboliste belge.

L'expo

"Fernand Khnopff. Le maître de l’énigme"

Note: 5/5

Commissaires: Michel Draguet, directeur des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Christophe Leribault, directeur du Petit Palais, Dominique Morel, conservateur général au Petit Palais

>Jusqu’au 17/3 au Petit Palais à Paris. (>accès)

Artiste secret, peintre, dessinateur, graveur et sculpteur, Fernand Khnopff (1858-1921) se fait construire à Bruxelles une maison-atelier, le Castel du rêve, thébaïde où il met en scène son art et ses inspirations. La scénographie de l’exposition reprend les couleurs de cet intérieur (bleu, noir, blanc et or), et la salle introductive recrée le vestibule de son atelier.

Trailer de l'expo "Fernand Khnopff (1858-1921) - Le maître de l'énigme"

Ponctuant le parcours, des stèles invitant à sentir un parfum tout en écoutant musique ou poésie, plongent le visiteur dans l’univers symboliste de l’esthète et dans sa quête de la correspondance des arts et des sens.

Dès ses premiers paysages à Fosset, le symbolisme s’exprime, mélangeant mystère et imaginaire. Paysages qui, contrairement au naturalisme, ne se veulent pas une observation du réel, mais le prétexte à l’exploration d’états intimes, oniriques et mélancoliques. Et où se substituent, à la précision de la touche, des effets de brouillage et de halo. Le paysage est un état d’âme et toute l’œuvre de Khnopff, quête inquiète d’un ailleurs, s’emploie "à déconstruire les impostures du réel" (Michel Draguet, directeur des Musées royaux des beaux-arts de Belgique). Onirisme et évanescence que l’on retrouve dans ses paysages urbains: eau silencieuse et endormie des canaux de Bruges ou rues pavées marquées par l’absence de toute forme humaine.

Découvrez ci-dessous des œuvres fascinantes de l'exposition

"Du silence", 1890 ©J. Geleyns Art Photography
"Portrait de Marguerite Khnopff" ©F. Maes (MRBAB)
"Les lèvres rouges" ©DOC
"Le sang de Méduse" ©DOC
"Look my Door Upon Myself" ©BPK, Berlin, Dist.RMN Grand Palais images BStGS
"Portrait des enfants de M. Nève" ©Akg Images

Excellent portraitiste, Khnopff peint des femmes – et surtout sa sœur Marguerite, son modèle et sa muse – et des enfants au regard incompréhensible, parfois sur fond d’un décor mouvant.

Il exalte le nu sensuel, mais aussi la femme-prêtresse d’un culte inconnu. Comme le mysticisme, la mythologie antique le fascine et notamment Hypnos, dieu du sommeil, avec notamment le désenchanté "I lock my door upon myself" et le célèbre et hermétique "Des caresses".

 

Rare modernité

Khnopff a une prédilection pour la photographie qu’il exploite avec une rare modernité: il utilise cet outil pour étudier les poses et gestes de son modèle préféré, sa sœur. Nombre de ses peintures procèdent de ce medium, et notamment le grand pastel "Memories". L’œuvre n’a pu être exposée en raison de sa fragilité mais un dispositif multimédia en explique la genèse. Cette œuvre, réplique crépusculaire du "Dimanche à la grande jatte" de Seurat, fait le procès du réalisme.

"Les lèvres rouges" ©DOC

De même, il n’a pas attendu Warhol pour rehausser de crayons ou de pastels des tirages photographiques de ses portraits, androgynes et estompés, intensifiant leur étrangeté ("Les lèvres rouges"). Photographique encore, le procédé qui, dans ses peintures à l’huile, met en contraste des plans nets ou floutés.

Le paysage est un état d’âme et toute l’œuvre de Khnopff, quête inquiète d’un ailleurs, s’emploie "à déconstruire les impostures du réel", pour citer Michel Draguet.

Proche de Rossetti, Burn-jones et Klimt, artistes dont on admirera quelques œuvres, Khnopff inspira l’abstraction autant que le surréalisme. Comme pour signifier cette atemporalité, le parcours est ponctué d’œuvres contemporaines: halo bleuté du photographe Sugimoto ou collage humoristique de Hans Op de Beeck. Ce riche et passionnant panorama permet de découvrir des œuvres et aspects moins connus de Khnopff. Étonnamment actuel dans sa critique de la représentation, l’artiste propose une incessante interrogation antimatérialiste ainsi que la quête, par-delà rationalisme et réalité trompeuse, d’une énigmatique intériorité.

"Fernand Khnopff", Michel Draguet, Ed. Fonds Mercator, 49,95 euros.


Reportage dans l'expo de TV5 Monde


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