interview

Gilbert et George: "Nous ne nous considérons pas comme des gentlemen"

©Gilbert and George

Excentrique binôme exhibitionniste et forcément britannique de la scène contemporaine, Gilbert et George présentent à la Galerie Baronian une version barbue (The beard pictures) de leur duo à l’occasion de leur cinquante ans de carrière.

Dotés d’un humour très tongue-in-cheek, ces deux gentlemen artistes se mettent simultanément en scène, souvent de façon délirante, dans chacune de leurs toiles. Une manière originale de signer à quatre mains une œuvre commune débutée voici tout juste un demi-siècle, dans les barbes hirsutes du swinging London, et qui se termine dans celles bien taillées de la mode hipster, voire négligées des religieux, des clochards ou des migrants.

Vidéo Gilbert & George

Où puisez-vous l’idée de ses séries qui vous mettent ainsi en scène, comme celle-ci, qui vous représente barbus?
Gilbert: Nous avons à construire des images qui nous intéressent, celles des hipsters, des migrants rejetés derrière des barbelés ou des religieux. Pour ce faire, nous passons une grande partie de notre temps enfermés à accumuler les images, à les rechercher dans des catalogues ou sur internet: un peu comme on assemble des mots pour écrire un roman.

©Gilbert and George

George: On peut comparer cette manière de travailler à l’écriture automatique. C’est un peu comme si nous recevions des messages de l’autre côté…. Un mystère! Lorsque nous pénétrons dans le studio, nous nous forçons à être complètement zombies, à nous vider de nos pensées, de nos sentiments et nos idées. À la fin d’une journée, deux ou trois dessins résulteront de ce que l’on pourrait appeler de la peinture automatique.

Gilbert: Nous ne croyons pas au spiritisme et aux esprits comme les expressionnistes… mais nous croyons aux gens qui y croient.

L’humour est-il important dans votre travail?
George: Si nous pratiquons l’humour, c’est de manière inconsciente.

L’ironie alors?
Gilbert: Qu’est-ce que l’ironie?

George: Plutôt l’ambivalence. Tout dépend de celui ou celle qui regarde. Un jour, lors d’une exposition à la Haye une dame nous a remerciés pour la joie qu’une de notre œuvres avait suscitée chez elle; l’instant d’après, un gentleman venait me parler de la même toile, et de sa noirceur…

Gilbert & George - Dancing Sculptures

On vous appelle parfois les gentlemen de l’art…
George: Nous ne nous considérons pas comme des gentlemen. Le seul lien que je vois avec ce concept, c’est le fait que le gentleman est un homme amoureux (il rit). Mais c’est sans doute à cause du costume.

Justement, quand avez-vous commencé à porter un costume dans la vie et sur vos tableaux?
Gilbert: Vers 68-69, lorsque nous avons voulu commencer à nous vendre, et que nous démarchions toutes les galeries pour proposer nos œuvres.

George: Pour des raisons professionnelles.

Gilbert: Et nous avons continué à les porter. Ce qui fait qu’aujourd’hui, dans les foires d’art contemporain, tout le monde à l’air déjanté… sauf nous. (rires)

Le costume, est-ce une façon d’imposer une symétrie dans vos peintures entre vous deux?
Gilbert: Il crée une image: une façon simple de nous différencier. On avait l’habitude de se maquiller, pour se distinguer, mais ce n’est plus nécessaire aujourd’hui.

La symétrie est une donnée importante dans votre travail?
Gilbert: La symétrie est venue parce que nous avions besoin de mettre un cadre à nos œuvres dans le but de protéger la peinture, et de pouvoir la transporter. Nous avons donc créé une symétrie… pour faciliter la manipulation de nos œuvres.

Gilbert et George: The Beard Pictures, jusqu’au 23 décembre, à la galerie Albert Baronian, rue Isidore Verheyden, 2 à 1050 Bruxelles. Tél.: 02-512.92.95; info@albertbaronian.com

Qui sont-ils?

Gilbert Prousch est né en 1943 en Italie et a notamment vécu à Munich, avant de déménager en Angleterre. George Passmore est né en 1942, à Plymouth, au Royaume-Uni. Ils se rencontrent en 1967 alors qu’ils étudiaient la sculpture à la St Martins School of Art de Londres.

Gilbert et George se font connaître en 1986 par le biais d’une série de photos montrant des stéréotypes de personnes de leur quartier de l’East End, notamment des skinheads.

Le couple est connu pour ses photomontages de grand format, comme Cosmological Pictures (1993), teintés de couleurs vives, cerclés de grilles noires en surimpression, le tout évoquant des vitraux.

Parlant de leur rencontre, ils évoquent "un coup de foudre". On peut supposer qu’ils sont amants, bien qu’ils écartent toujours les questions au sujet de leur vie sexuelle.

Un certain nombre de leurs travaux du début des années 1970 consistait simplement à se saouler au gin. Gordon’s Makes Us Drunk est un film où ce duo de "sculptures vivantes" boit du gin Gordon en écoutant Elgar et Grieg. Ce travail est "performé" le visage totalement imperturbable, en vrais pince-sans-rire.

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