L'Islam et l'Europe, une histoire mêlée, pas un choc de civilisations

"À bas les cieux", de Naji Kamouche. ©© Norbert Migueletz

Consensuelle, l’exposition "L’Islam, c’est aussi notre histoire" présente un panorama de la civilisation de l’Islam et son influence sur l’histoire européenne, dans un espace Vanderborght transformé en caravansérail.

Cette exposition était déjà présente à l’esprit des concepteurs du Musée de l’Europe, il y a 17 ans. Reportée l’an passé pour cause d’attentats à Bruxelles, elle prend pour cadre l’espace Vanderborght en plein centre-ville, en évitant le côté intimidant d’un musée. Sa thématique est à l’opposé de la théorie du "Choc des civilisations" de Samuel Huntington qui a repris de la vigueur actuellement. C’est même un antidote aux extrémismes. Une vision historique, culturelle, positive, mais sans angélisme, des relations du Continent européen avec "l’autre" musulman, selon les mots de Benoît Remiche, directeur artistique de l’exposition.

Exposition

"L’islam, c’est aussi notre histoire"

Conception: Tempora

Note: 3/5

Comme toujours avec Tempora ("21, rue de la Boétie", "Dieu(x), modes d’emploi"), l’exposition est une mosaïque multipliant les références et témoignages historiques, les allers-retours entre arts contemporain et ancien, documents et supports numériques, discours et questionnements, notamment sous la forme de quiz.

La partie historique se loge au rez-de-chaussée. On y évoque, d’abord sous forme d’une bibliothèque, la proximité des trois religions du Livre, la conquête musulmane de l’Espagne après l’Hégire et ses apports, scientifiques (astrolabes), médicaux (instruments de chirurgie) ou technologiques (le système d’irrigation, reconstitué en maquette des oasis de la région de Murcie, est toujours d’actualité).

L’Islam apparaît, dans son architecture et ses fastes, comme une civilisation des plus avancées, vecteur de transmission des savoirs antiques ou d’autres cultures, comme celle de l’Inde (que l’on pense aux échecs ou aux chiffres). La deuxième partie de ce premier niveau évoque l’Empire ottoman, la menace qu’il représenta, les fantasmes qu’il suscita (les turqueries, notamment chez Molière, les "Lettres persanes" de Montesquieu, "Zadig ou la Destinée" de Voltaire) et les représentations qui en découlèrent (Jean-Baptiste van Mour, de Valenciennes, rendant compte de la cour du sultan au XVIIIe siècle).

Costumes, peintures, objets, cartes 3D et récits de témoins décrivent ici, comme dans les autres sections, cet empire qui deviendra peu à peu et au fil des siècles "l’homme malade" de l’Europe.

Expo "L'Islam, c'est aussi notre Histoire!"

Cet héritage cède la place à la colonisation, puisque les puissances occidentales prendront le relais de l’Empire ottoman – une colonisation évoquée par les affiches où apparaissent des costumes de zouaves et un orientalisme bon teint notamment dans les toiles de Jean-Léon Gérôme, peintre officiel du Second Empire français. La première vague d’immigration et la décolonisation sont abordées également rapidement: on déplore le côté artificiel des frontières de nombreux pays de la région méditerranéenne mais sans faire mention du néocolonialisme toujours à l’œuvre à travers les intérêts économiques ou géopolitiques, de l’Europe notamment (aucune évocation de Nasser, de Mossadegh…).

Esquiver les sujets qui fâchent

Peu de référence à la communautarisation croissante à l’œuvre depuis la dislocation de la Yougoslavie (qui elle est évoquée), ni à l’érection de murs dans différents coins d’Europe ou d’Orient, héritages lointains du démembrement de l’Empire ottoman et du partage du Moyen-Orient décidés en secret, en 1916, lors des accords Sykes-Picot dont la Déclaration Balfour de 1917, considérée comme l’une des premières étapes de la création de l’État d’Israël, est un avatar.

Multipliant les angles, mais toujours en esquivant les sujets qui fâchent, cette exposition qui a des allures de grand bazar donne la parole, en une seconde partie, à des artistes contemporains. À l’étage, ceux-ci proposent leur regard parfois "détonnant" sur notre époque. Certains s’en réfèrent au traumatisme du "11 Septembre" (même s’il n’est pas européen), notamment Boushra Almutawakel dans "Mother/daughter/doll". La photographe yéménite y interroge le voile dans une série inspirée de la Vierge à l’Enfant. Plus drôle, la "Vuitton bomb" de Gregory Green. Ce beauty case de luxe contenant des explosifs date de l’an 2000! Prémonitoire.

Jusqu’au 21 janvier, Espace Vanderborght. www.expo-islam.be – 02/549.60.80.

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