La beauté selon Horta & Wolfers

©KMKG-MRAH/Raoul Pessemier

Exposition | 105 ans après son inauguration, le Musée du Cinquantenaire reconstitue le magasin de joaillerie Wolfers et fait renaître la beauté d’un art total.

Quarante-quatre ans après sa fermeture, au 11-13 rue d’Arenberg, aujourd’hui siège de la KBC qui en a conservé la façade, l’intérieur du magasin retrouve tout son lustre. Ses luminaires surplombent désormais la salle qui, au premier étage du Cinquantenaire, en présente la superficie identique et une forme quasi semblable. Un ensemble sauvé et donné par les petites-filles de Philippe Wolfers, Claire-Nelly et Jeanine (cette dernière fut conservatrice aux Musées Royaux). L’enseigne se trouvait jusqu’ici partiellement reconstituée dans l’aile des collections non européennes.

©KMKG-MRAH/Raoul Pessemier

À partir de rares photos et de documents, Werner Adriaenssens, conservateur des collections du XXe siècle, et ses équipes, ont pu reproduire la palette originelle voulue par Horta, du mauve somptueux qui orne les murs au vert profond des vitrines.

À l’intérieur de ce magasin "nouveau", deux histoires se chevauchent: celle de la famille Wolfers et celle des collection Art nouveau-Art déco du musée. En effet, la fondation même de ce musée doit beaucoup aux arts décoratifs, puisqu’il fut le premier d’Europe à leur consacrer tout un département, et ce dès sa création, à l’initiative d’Octave Maus, avocat, critique d’art et fondateur du Salon des XX puis de la Libre Esthétique.

Collection de la famille Wolfers

80% de cette collection n’avaient jamais été montrés. 250 pièces sont ainsi exposées dans les vitrines et une tournante sera organisée à l’avenir, ainsi que l’organisation d’expositions thématiques, précise Adriaenssens. L’on y voit dans les vitrines en acajou, ponctuées de compositions florales reconstituées selon le goût de l’époque, une impressionnante collection de vases, souvent également à motifs floraux, signés Daum, Gallé, mais aussi d’artistes moins connus comme Maurice Marinot. Céramiques, verres Lalique ou lampes Tiffany, chandelier – œuvre phare d’Henry Van de Velde – emplissent les meubles translucides.

©KMKG-MRAH/Raoul Pessemier

Ils font évidemment la part belle également à l’œuvre de Philippe, et dans une moindre mesure de Marcel Wolfers. D’autant que le musée a acquis, il y a un mois tout juste, grâce à une intervention de la Fondation Roi Baudouin à hauteur de 800.000 euros, les pièces de la collection que la famille a mises en vente suite au décès, voici un an, de Claire-Nelly Baeyens-Wolfers. Cette dernière avait toujours souhaité voir les œuvres de son père prendre place au Cinquantenaire. C’est désormais chose faite et pour ce faire, Adriaenssens a modifié en dernière minute la disposition qu’il avait imaginée.

Et c’est un enchantement, car le créateur que fut Wolfers se révèle orfèvre en plusieurs matières: qu’il s’agisse de dessins préparatoires, magnifiques, de bijoux d’un raffinement extrême et souvent inspirés d’une thématique animalière. Ce qui ravit chez lui, c’est à la fois sa fluidité dans l’utilisation du verre, des matériaux précieux dans le cas des bijoux ou de l’argenterie. Le créateur se montre par ailleurs tout aussi convaincant dans chacun des deux styles décoratifs, ce qui est exceptionnel.

L’apothéose de ce fabuleux magasin se clôt d’ailleurs sur un véritable bijou, "Gioconda", la salle à manger dont il a même conçu les meubles, mise en scène par Horta. Au pinacle de l’art total.

Jusqu’au 30/12/2018 au Musée Art et Histoire du Cinquantenaire. 02/741.73.31 www.kmkg-mrah.be

AU MUSÉE HORTA van de Velde peintre

Le musée Horta expose une facette méconnue d’Henry Van de Velde: ses dessins et pastels. Connu surtout pour son travail de "designer" et de créateur (on lui doit le fameux logo de la SNCB), Henry Van de Velde fut en effet, au début de sa carrière, un peintre et un dessinateur très talentueux. D’abord symboliste ("La femme enceinte du dragon", en 1883, "Portrait de Max Elskamp en saint", deux ans plus tard), l’artiste semble se chercher, exécute une sorte de pointilliste au crayon dans "Mer et plage" en 1889, rejoint parfois les peintres du silence comme Degouve de Nuncques dans l’ambiance crépusculaire du "Couple dans un champ" (1891). Ses crayons et pastels prennent un trait voire des couleurs irradiées qui évoquent Van Gogh: "Paysan au chapeau de paille penché", en 1890, rappelle "Le semeur"; les vues de dunes de "Plage et village", deux ans plus tard, les paysages d’Auvers. Le jeune Henry explore et, peu à peu, dessine avec maestria des fleurs et des plantes et finit à la fin du siècle par passer le pas des arts décoratifs: un dessin de tulipe finit par éclore en somptueux papier peint. B.R.

Jusqu’au 7/1www.hortamuseum.be

 


Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content