La vie en rouge, blanc et noir

©Saskia Vanderstichele

Avec "Magma Cloud Ashes. Le rouge, le blanc et le noir dans la Belfius Art Collection", la banque mécène propose une nouvelle sélection puisée dans sa riche collection d’art belge.

Riche de plus de 4.300 œuvres et embrassant cinq siècles de courants artistiques, la collection Belfius est la plus grande collection privée d’art belge du pays et l’une des 100 collections d’entreprise les plus importantes au monde. Elle a retrouvé les voies de son destin grâce à une nouvelle équipe et un espace qui lui est, depuis 2015, entièrement dédié: la Belfius Art Gallery, au 32e étage de la Tour Belfius.

Lors de la crise de 2008, amateurs d’art et personnalités politiques s’étaient émus d’une éventuelle dispersion irréversible de cette collection unique. Au soulagement de tous, elle fut maintenue au sein de Belfius. Depuis 2015, la collection a repris sa dynamique avec l’ouverture d’un espace d’exposition permanente qui lui est consacré (la Belfius Art Gallery) et de nouvelles acquisitions. Des œuvres de Michaël Borremans et de Koen van den Broek ou encore Arne Quinze, à qui la banque vient de commander une installation. La collection tient également à s’ouvrir aux jeunes talents, avec Thomas Leroy (né en 1981), talentueux trublion surréaliste, et Rinus van de Velde (né en 1983). Dans la collection, la photographie n’est pas oubliée avec des œuvres d’Éric Ceccarini.

©Saskia Vanderstichele

Les responsables veulent rester fidèles à l’esprit et à la méthode de sélection qui a présidé la constitution de cette fabuleuse collection. Depuis 2015, environ trois acquisitions sont réalisées chaque année. Critères du choix: des artistes confirmés ayant fait l’objet d’un suivi attentif et dont les œuvres s’intégreront harmonieusement dans la collection.

De plus, l’équipe artistique de Belfius entend bien promouvoir ce patrimoine unique et le rendre le plus accessible possible au grand public: par le prêt d’œuvres à des musées, mais aussi par un renouvellement des accrochages dans l’espace galerie. Belfius en est à sa neuvième exposition (trois depuis 2015) et le succès est au rendez-vous: en à peine trois ans, 20.000 visiteurs ont pu découvrir les sélections – plusieurs dizaines de ces joyaux s’exposent chaque fois aux cimaises. À présent lancée, la galerie a pris pour rythme deux accrochages annuels, la sélection étant déterminée à partir d’un thème. Actuellement, les visites – gratuites – ont lieu un samedi par mois, mais passeront à deux par mois à partir de septembre.

Visite de l'expo

Aux couleurs de la banque

Pour cette troisième édition, ce sont les trois couleurs de la banque – rouge, blanc, noir – qui servent de fil conducteur à l’accrochage mis en scène avec maestria par la jeune Carol Laurent et intitulé "Magma Cloud Ashes. Le rouge, le blanc et le noir dans la Belfius Art Collection".

Le visiteur qui vient d’être propulsé au sommet de la Tour se voit offrir au regard une cinquantaine d’œuvres exprimant successivement – en trois espaces distingués par la couleur de leurs murs – le rouge/magma, le blanc/nuages et le noir/cendres, trois couleurs terreuses, riches de minéraux et de matières, de symboles et d’affects.

L’installation d’Arne Quinze, au 33e étage (inaccessible au public). ©Saskia Vanderstichele

Un savant mélange où des artistes d’époques et de styles parfois totalement opposés se répondent les uns aux autres par-delà les siècles qui les ont vus naître. C’est ainsi que dans le premier espace, le figuratif "Jardin du songe" (1907), nu de dos signé Émile Fabry, côtoie, entre autres, trois abstractions vives, énergisantes et chaleureuses de Maurice Wyckaert (1971) ou encore l’installation murale de Piet Stockmans (1990), poétique matérielle faite de porcelaines.

L’espace des nuages s’ouvre sur l’allégorie "Guirlande et Cybèle", du baroque Jan Brueghel, dit Brueghel de Velours (XVIIe siècle). Cette seconde section fait la part belle à la sculpture, avec notamment le mystérieux "Man standing before a wall" (Philip Aguirre y Otegui, 2000), créé en ciment gris. On s’exposera aussi à deux huiles de Luc Tuymans: "The Rape" et "The Door" (1996). Elles ont été réalisées à la suite de l’affaire Dutroux. Le figuratif s’y efface jusqu’à la limite et l’œuvre n’en devient que plus obsessionnelle.

"Miranda" de Michaël Borremans (2017). ©Photo News

Le dernier espace (Ashes) fait se tutoyer d’étonnants James Ensor avec le non moins expressif portrait "Miranda" (2017) de Borremans. Et une stupéfiante gravure sur huître de Gregory Georgescu (2009). Une salle distincte met en scène une série photographique signée Leo Copers ("Flammes", 1972).

Au fil de la déambulation, Magritte, Koen van den Broek, Hans op de Beeck, Michaux,… dévoileront leurs talents. Bien espacées, richement explicitées, les œuvres choisies rafraîchiront encore une fois notre imaginaire. Et, à plus de 100 mètres d’altitude, notre intérêt pour cet art "belge" prend de la hauteur.

"Magma Cloud Ashes", Belfius Art Gallery,

Tour Belfius (Place Rogier, entre la gare du Nord et City 2).

À partir du 23/6.

Inscriptions obligatoires: www.belfius-art-collection.be/be-fr/la-galerie

"Ici, c'est l'émotionnel qui prédomine"

Selon Ulrike Pommée, la porte-parole de Belfius, "toutes les mesures sont prises pour garder la collection en Belgique. La collection est la propriété de la banque et est reprise dans sa comptabilité. C’est sa meilleure protection. En cas d’IPO (le projet de mise en bourse partielle de Belfius, NDLR), des mesures supplémentaires seront activées". Et il n’y aurait aucun lien entre la collection et le dossier toujours pendant du dédommagement des coopérants lésés d’Arco…

La banque continue d’ailleurs d’acquérir des œuvres, comme en 2017, un Michael Borremans (photo) et un Koen van den Broek, en revendant des pièces qui n’appartiennent plus au cœur de la collection. C’est par exemple ce qui a permis d’acheter le nouvel Arne Quinze (photo), qui vient d’être inauguré à l’étage de la direction du groupe, en se délestant de tapisseries et de pièces d’argenterie de l’ancien hôtel particulier de la banque, au Meir, à Anvers.

Toute l’expertise acquise par la gestion au long cours de la collection permet depuis le mois d’avril d’étoffer les services de conseil en investissement de la banque. "Notre objectif est d’accompagner nos clients dans le domaine de l’art (évaluation de leurs ventes, restauration de leurs objets d’art, protection, conseil dans la transmission de leur patrimoine artistique,…)", explique Vanessa Dufour, head of wealth management.

Mais celle-ci se refuse à parler de rendement en la matière: "C’est l’aspect émotionnel qui prédomine ici. Pas comme avec l’achat d’un appartement! C’est un service offert sur base de l’expertise. C’est un service non-financier." À ses dires, il s’agit surtout de créer une communauté liée par l’art, et d’organiser pour elle des rencontres exclusives avec des artistes, des visites d’expositions et de foires. À noter que la Belfius Art Gallery est accessible deux soirs par semaine pour des clients triés sur le volet du réseau d’agences. Caresser le segment "premium", priorité de Belfius, c’est tout un art.

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