Le bassin méditerranéen d'hier et de demain réunis au Mucem

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Au Mucem de Marseille, l’exposition "Connectivités" explore l’histoire et la géographie du bassin méditerranéen et fait le lien entre hier et demain. Visite.

Inauguré en 2013 alors que Marseille était Capitale européenne de la Culture, le Mucem est le musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée. Il a une vocation ethnographique. Sa "galerie de la Méditerranée" accueille des expositions semi-permanentes qui courent sur plusieurs années. "Connectivités" s’y est ouverte en novembre et propose une analyse historique et géographique de la Méditerranée et son bassin en 350 objets, cartes, photos, maquettes, vidéos ou installations. L’exposition s’articule en deux parties.

→ La première est historique. Elle évoque la Méditerranée des XVIe et XVIIe siècles. À l’époque, les empires ottoman et des Habsbourg commercent et se font la guerre. Des activités décrites par les cartes géographiques, peintures ou objets d’époque qui jalonnent cette partie de l’exposition. Le choix des XVIe et XVIIe siècles n’est pas anodin. Il correspond au début de la mondialisation. Auparavant univers fermé, la Méditerranée et les villes qui l’entourent s’ouvrent au monde. Les Ottomans lorgnent l’Est, les Habsbourg, l’Ouest.

S’ils se faisaient la guerre, Habsbourg et Ottomans entretenaient aussi des rapports diplomatiques et commerciaux, comme le prouve cette céramique réalisée dans les ateliers turcs d’Iznik. L’emblème des ateliers – tulipes et œillets – y côtoie les armes du Doge de Venise, pourtant ligué à Pie V et les Espagnols pour combattre les Turcs. ©RMN-Grand Palais

Les villes d’Istanbul, Venise et Alger pour les Ottomans, de Gênes, Séville et Lisbonne pour les Habsbourg deviennent des lieux d’échange et de passage. Ces villes sont évoquées dans l’expo, chacune avec leur spécificité: Istanbul capitale culturelle; Venise, la marchande; Alger, poste avancé en Afrique du Nord; Gênes, la banquière; Séville, porte des Indes; Lisbonne, ouverture transatlantique.

L’étendard qui trône au milieu de l’exposition fut pris aux Ottomans à la Bataille de Lépante. Cette défaite signe le début du déclin de leur empire. Jusqu’alors, leur expansion semblait inexorable, leur conquête du bassin méditerranéen était une priorité. ©Luigino Visconti

→ La deuxième revient sur notre époque. Les pourtours méditerranéens sont évoqués par deux mégapoles: Le Caire et Istanbul, et deux métropoles: Marseille et Casablanca. D’un côté deux villes qui grandissent telles des pieuvres, de l’autre des cités qui pensent leur développement. Cette théorie urbanistique est évoquée ici par une série de photos, installations artistiques, vidéos et maquettes reflétant le quotidien et le devenir urbain des cités.

Cette photo de Serkan Taycan évoque l’évolution galopante d’Istanbul et les grands projets urbanistiques qu’Erdogan a pour elle: construction d’une seconde ville, d’un troisième aéroport, du Kanal Istanbul et d’un troisième pont sur le Bosphore. Une façon de faire de la ville une vitrine politique sans respect pour son histoires. ©Serkan Taycan

La volonté des commissaires de l’expo? Lier les deux parties en envisageant l’histoire comme un continuum d’événements qui se répondent: ce qui est arrivé hier impacte concrètement et/ou éclaire la sociologie, la politique ou l’économie actuelles.

Les routes de commerce d’hier sont devenues routes de circulation des bêta données. Aujourd’hui, 20.000 km de câbles sous-marins relient Marseille à l’Europe du Sud, l’Afrique, le Proche-Orient et l’Asie… suivant ces anciennes routes. L'installation du Belge Patrick Guns, est un mobile fait de fragments de barque.. ©Patrick Guns

Le local et le global s’interpénètrent. On le perçoit confusément. On aurait préféré un parti pris plus clair, un angle unique. Mais l’Histoire est complexe et ce que nous en faisons, plus encore. C’est ce qu’on retiendra, aussi, de ces "Connectivités".

Au Mucem de Marseille jusqu’au 30/11/19. www.mucem.org.

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