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Le graffiti se mêle à la calligraphie

©rv doc

Art urbain et calligraphie se combinent à la Manufacture 111, le temps d’une triple exposition et d’une performance hors du temps.

"Artwork BXL"

Avec Djamel Oulkadi (Belgique), Solo Cink (Belgique) et Raphaël Federici (France).

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La multiplication des fresques dans nos villes, le flot continu de photos d’œuvres sur les réseaux sociaux et le marché ultra friand du genre nous feraient presque oublier qu’à l’origine de ce qu’on appelle communément le street art, il y a le graffiti. Et si les connaisseurs qualifient ses pratiquants de "writers", c’est parce qu’il s’agit aussi de calligraphie. Ses déclinaisons sont légion et la Manufacture 111 en expose trois.

"Ils utilisent la typographie pour écrire, moi je m’en sers pour créer des personnages."
Raphaël Federici

Le Français Raphaël Federici, ainsi que les Bruxellois Djamel Oulkadi et Solo Cink, y ont travaillé en résidence, seuls puis en collaboration. C’est le principe de l’endroit. "Un centre de création dédié aux cultures urbaines", dit Guy Weladji, qui l’a imaginé d’abord à Paris en 2013.

Raphaël Federici a multiplié sa mascotte, un marin. "Mon rapport à la calligraphie est plus dans la maîtrise du geste et de l’outil. Ils utilisent la typographie pour écrire, moi je m’en sers pour créer des personnages." Pas de personnage chez Djamel Oulkadi, Geometry Writer, qui pousse son art jusqu’à la 3D. "Sur certaines de mes pièces, l’écriture est tellement détournée par les pleins et les vides, qu’on voit des visages et des formes." Saisissant! "Mon évolution part du writing. Comme je suis d’origine arabe, je me suis essayé à la calligraphie. En cherchant et en conservant l’énergie du graffiti."

Le graffiti writing apparaît au début des années 70, notamment dans le Bronx, où les pionniers Futura 2000 et Seen repeignent le métro. S’ils s’affichent depuis en galeries, l’écriture à la bombe ou à la brosse a conservé ses lettres de noblesse. Aujourd’hui, le situationniste Rero, Niels "Shoe" Meulman, El Seed, un typographe tel que Denis Meyers, Said Dokins ou les militants Sean Hart et les Liégeois JNC, continuent de privilégier le message au décoratif, la poésie ou les slogans.

"La calligraphie est aussi mieux perçue. Dans la tête des gens, c’est plus noble, loin du vandalisme."
Solo Cink

La multiculturalité bruxelloise et les voyages en Asie ont nourri le travail de Solo Cink. Il écrit avec des pinceaux plats et des encres. "Ainsi, je peux jouer avec l’eau", dit-il. En anglais mélangé au latin, "Ordo" et "Chao" se lisent sur deux belles toiles. Ou le classique "Aum" version tibétaine, et des formes géométriques. "Petit, je ne dessinais que ça. Après, même dans mon graffiti, je faisais de la géométrie." Ses mots peints se répètent. "C’est le principe du mantra. Et des yantras, comme on appelle les formes géométriques symétriques dans l’hindouisme et le bouddhisme." Plus ou moins nos pentagrammes… "Des formes renfermant de l’énergie, qui servent de support symbolique à la méditation", précise l’artiste, qui purifie ses toiles avec de l’encens, tel un rituel. C’est aussi du graffiti que vient le renouveau de la calligraphie. "Beaucoup de gens issus du graffiti s’y mettent, dit encore Solo Cink. Elle est aussi mieux perçue. Dans la tête des gens, c’est plus noble, loin du vandalisme. Eh oui, il y a une génération, on appelait ça ‘la belle écriture!’"

"Artwork BXL", jusqu’au 23/12 (jeudi, vendredi, samedi et dimanche) à la Manufacture 111, chaussée de Boondael 537, 1050 Bruxelles (3€). Live painting ce vendredi 24/11 de 18h à 22h (entrée libre).

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