Les jeux si rigoureux de Jo Delahaut

©Delahaut Jo

La Lancz Gallery et la Patinoire royale accueillent, dans deux cadres très différents, près de quarante œuvres de ce Belge méthodique et généreux, qui fut aussi professeur.

La Lancz Gallery se consacre principalement à l’art belge du XXe siècle. Patrick Lancz retrace ici en une petite vingtaine d’œuvres toute sa trajectoire artistique, des années 40 à 1987. Dès 1949, il interprète l’abstraction géométrique, puis le dépouillement du minimalisme américain dans les années 1960. Plus loin dans l’épure, à partir de 1975, et au bout du parcours dans les derniers pastels, il renoue avec ses trois composantes de prédilection: la forme, la ligne et la couleur.

Il maniait quantité de matières et de supports, du vitrail à la céramique murale, de l’estampe au foulard, la reliure, les reliefs en bois, les poteaux colorés, des bijoux. Lena Hofman (Lancz Gallery) précise: "Delahaut tenait à un art accessible, vecteur d’émotion, qui l’a conduit à créer des céramiques murales au métro Montgomery. À l’opposé de la couleur, il use aussi de la sanguine, du fusain, du graphite, trois instruments de base du dessinateur et du peintre."

Ici, les pièces les plus émouvantes sont deux dessins au fusain, deux simples traits qui créent un mouvement de balancier d’une simplicité ironique. Et l’une des plus puissantes est une sculpture origami ("Sans titre", 1980), d’un acier terni dont la géométrie rigoureuse, les arêtes, les pans coupés, font un écho tridimensionnel saisissant à sa "Composition", peinture de 1956: la sculpture est métallique et monochromatique, la peinture, un cerf-volant de couleurs.

Delahaut est un constructeur qui agence ces trois composantes en s’inspirant du "jardin zen: sobriété, élégance, efficacité". Son goût des couleurs lui permet de les mettre en résonance de manière sensible, "ce qui se ressent", insiste Lena Hofman. Les œuvres exposées chez Patrick Lancz proviennent de collections privées belges. "Delahaut a beaucoup produit sans cataloguer, ce qui fait de son œuvre un labyrinthe."

Dans l’exposition labyrinthique de la Patinoire royale, "Painting Belgium", Delahaut occupe une place de choix avec douze œuvres. Serge Goyens de Heusch, commissaire de l’exposition a réuni l’une des plus belles collections d’art belge du siècle (il a multiplié les donations, notamment au Musée L de Louvain). Cette Jeune peinture belge est née en 1946. C’est aussi l’année où, confia-t-il à Goyens de Heusch, "j’ai peint mon premier tableau abstrait".

Expositions

"Jo Delahaut. L’émotion maîtrisée" à la Lancz gallery.

Note : 4/5

Organisateur: Lancz gallery.

***

"Painting Belgium" à la Patinoire royale 

Note : 5/5

Commissaire: Serge Goyens de Heusch.

Professeur à La Cambre, il mania aussi la plume avec "Le manifeste du spatialisme" (1954), "Formes" (1956) et "Art construit" (1960), rappelant "la soumission de l’abstraction géométrique à l’intégration architecturale". En 1947, il est à Paris, dans la mouvance des Réalités nouvelles, l’un des premiers belges à y exposer. En 1952, il forme avec Jean Milo le groupe Art abstrait qui attire une vingtaine de Belges "géométrisants". Maniant volontiers la mine de plomb, il dessine avec "Sans titre" de 1952, (mine et encre de Chine sur papier) un paysage optique de lignes, "travail assez inhabituel chez lui", observe Goyens de Heusch. Constantin Chariot, directeur de la Patinoire, souligne que Delahaut a relativement tôt fixé son style, passé la trentaine, pour "rester ensuite fidèle à lui-même toute sa vie", ce qui ne lui a pas interdit d’évoluer à l’intérieur de ce jeu de lignes et de couleurs. Delahaut? Un joueur rigoureux.

Jusqu’au 29 octobre à la Lancz gallery, jusqu’au 7 décembre à la Patinoire royale. www.lanczgallery.be et www.prvbgallery.com.

2 questions à Yves Zurstrassen, artiste peintre
1. Comment choisissez-vous ce qui est exposé?

Toute cette série a été pensée pour le site de Bozar. Après le choix des toiles réalisé avec Olivier Kaeppelin, commissaire inspiré, nous fabriquons une maquette fidèle, mon assistant Christophe Baudart et moi. Nous y accrochons les toiles avec Olivier, présentons la maquette à Bozar et affinons le futur accrochage. Une telle exposition mobilise une équipe un an. Chaque espace a été pensé en soi: ainsi, dans mon esprit, la salle "jaune" (où sont accrochés cinq grands formats de cette couleur, NDLR) était comme une chapelle. Dans le hall d’entrée, la toile Free Jazz se veut un hommage au Jazz de Matisse.

2. Simultanément, une fresque a vu le jour à Namur…

Oui, au Delta. Philippe Samyn, l’architecte, m’a invité à créer cette fresque. Je travaille beaucoup à partir d’agrandissements de photos de mes tableaux que je recompose dans de nouvelles toiles. Cette fois-ci, l’un de mes tableaux a été photographié par mon studio. Ces douze images prises avec un boîtier Hasselblad, tirées avec de très belles encres sur papier mat de très haute qualité, sont montées et chaque joint est retouché à la main par Jean-François Debaecker et le studio Bulle Color. À l’arrivée, un tableau carré (l’original, qui est exposé au rez-de-chaussée du Delta) a donné naissance à une fresque circulaire. Elle possède un relief et un piqué uniques qui, c’est un paradoxe, n’auraient pas été possibles si l’ensemble avait été travaillé à la main.

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