"Mons est comme une sorte de vulve géante et chaude"

©Tito & JanBucquoy

Le sulfureux Jan Bucquoy, toujours en verve, retrouve son complice Tito… Et de ranimer Jaunes, leur flic dépressif, dans une expo de la biennale Mons 2018.

Proposée en clôture du Grand Huit, festival citoyen réunissant les communes du grand Mons, et à l’occasion de la première biennale après Mons 2015, Capitale européenne de la Culture, qui débute ce week-end, l’exposition "Une année en enfer" fait revivre le personnage de Jaunes créé en bande dessinée par le duo Tito et Jan Bucquoy dans les années 80. Mélange improbable de ligne claire et d’idées sombres, la série "Jaunes" met en scène un flic dépressif, Daniel Jaunes, pris dans la tourmente des affaires qui ont secoué la Belgique dans ces années-là, d’où il émerge, vieilli, mais pas fini, hantant le Mons des années nonante. Un récit sous forme d’expo et de roman graphique dans la cité du Doudou.

C’est une enquête sur l’état d’une ville qui est en effet un personnage, mais c’est aussi une enquête sur Jaunes.
Jan Bucquoy
Scénariste


Comment fait-on pour passer d’une BD à une exposition?

Tito: Le projet consistait en un livre et une expo, la narration de l’exposition s’inscrivant dans le roman sans pour autant que cela en soit une copie. Le défi que nous nous sommes proposé de relever était de créer une exposition qui soit semblable à une série télévisée mentale, constituée d’une succession de salles possédant chacune sa narration et son rythme propre. Faire une exposition sensorielle qui permette au visiteur de vivre en temps réel les émotions que ressent Daniel Jaunes à certains moments forts du roman: s’y intègre du son, de la 3D et mes dessins. Tout cela sans être didactique. Par les sens, le visiteur va ressentir ce que Jaunes vit aux moments forts du récit.

Le personnage central de ce roman graphique en serait Mons?
Jan Bucquoy: Oui. Mons se révèle une ville charnelle, étonnante, historiquement pleine de coins sombres. Elle est comme une sorte de vulve géante et chaude qui va attirer Jaunes dans ses méandres. C’est plutôt une enquête sur l’état d’une ville qui en effet est un personnage, mais c’est également une enquête sur Jaunes.

Qu’a-t-il fait de sa vie et, par extension, qu’est-ce que Jan Bucquoy a fait de la sienne?

J.B.: Le dessin y a sa fonction. La ligne claire en contrepoint de mon côté obscur…

T.: Je digère ce que Jan me confie et le restitue de manière peut-être moins violente… et peut être plus dérangeante, par l’usage d’images douces. Une sorte de Ric Hochet subversif…

Peut-on imaginer une transposition cinématographique de "Jaunes"?

J.B.: L’idée serait plutôt de présenter le projet sous forme de série télévisée… Le récit sur Mons durerait une saison. Ensuite, nous reviendrions sur la jeunesse de Jaunes comme dans Star Wars ou Le petit Spirou… La forme serait moins provocatrice qu’à l’époque de mon film "Camping Cosmos". Je m’intégrerais dans la structure pour ensuite prendre le pouvoir. Bon, en général on meurt avant… (Rires)

Jaunes s’appelle-t-il Jaunes en hommage au musée du slip?

J.B.: Non! (Rires) Le jaune fait référence à la judaïté puisqu’il est d’origine juive, maudit et marqué au départ. René Haquin, fameux journaliste d’investigation du journal Le Soir, que je côtoyais à l’époque des tueries du Brabant, a servi de modèle à Jaunes. C’est aussi mon côté Juif errant, puisque je n’ai pas réussi à me fixer. Je déménage tous les six mois…

Jusqu’au 29/9, à la Maison Folie de Mons. www.mons 2025.eu

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