Musées royaux: dernière ligne droite avant la réouverture (vidéo)

©saskia vanderstichele

C’était la bonne nouvelle du Conseil national de sécurité de mercredi: les musées peuvent rouvrir leurs portes, dès ce lundi 18 mai, moyennant un protocole sanitaire strict qui garantisse la distance physique entre les visiteurs: entre 10 et 15m2/visiteur qui déterminent une jauge horaire garantie par un système de réservation obligatoire, un fléchage unidirectionnel des visites et, si possible, des flux séparés entre sorties et entrées. 74 musées de la Fédération Wallonie-Bruxelles, 33 en Région bruxelloise, sans oublier les Fédéraux, dont Bozar et les Musées royaux, ont répondu à l’appel. Une renaissance.

Les œuvres et leurs visiteurs s’apprêtent à se retrouver. Ce retour à la vie est un voyage temporel qui débute dans le majestueux Forum brassant les époques avec deux grands Alechinski ou "La Fontaine de l’Inspiration" (1907), toile emblématique de Constant Montald. À l’étage, le Musée Old Masters offre des salles spécialement aménagées à l’École hollandaise: le "Portrait de Nicolaes van Bambeeck" de Rembrandt aux puissants contrastes dialogue avec Frans Hals et la gaieté friponne de ses "Trois enfants du marchand de tissus".

Coronavirus: les Beaux-Arts préparent leur réouverture

Ce sont ensuite les Pays-Bas méridionaux, cortège ébouriffant du XVe siècle de Rogier van der Weyden, Hans Memling à Jérôme Bosch, aux grands récits bibliques du XVIe siècle, Pieter Bruegel l’Ancien, "Le dénombrement de Bethléem" et "La chute des anges rebelles", puis "La Montée au Calvaire" de Rubens.

«Après deux mois de distance virtuelle, la présence de ces tableaux redevient essentielle.»
Michel Draguet
Directeur des Musées royaux des Beaux-Arts

Saut dans le temps et l’espace, nous sommes conviés devant "La mort de Marat", de David, un clin d’œil: c’est l’un des tableaux qui a le plus inspiré sur Instagram des réinterprétations d’internautes confinés. À sa redescente de ces cieux magistraux, le visiteur sera dévisagé par les sept panneaux de l’œuvre monumentale de Jan Fabre, "L’Heure bleue", ou le "Regard en dedans", deux yeux immenses, intenses et noirs dans un visage bleu électrique tracé au stylo bille Bic.

Michel Draguet, directeur des Musées royaux des Beaux-Arts. ©saskia vanderstichele

Le public manque aux œuvres

Dans le Forum vide, Michel Draguet (dûment masqué), le maître des lieux, confie: "Après deux mois de distance virtuelle, la présence de ces tableaux redevient essentielle". Les Musées Royaux ont été chanceux: le confinement est tombé après l’expo Magritte-Dali. (L'Echo du 11/10/19)

"Amortir les coûts d’une telle exposition demande quatre mois d’exploitation." Par rapport à 2019 (1,1 million de visiteurs), la perte atteint tout de même 450.000 euros mensuels. "Nos coûts baissent peu: la climatisation protège les œuvres, l’administration télétravaille, le gardiennage est suspendu, mais les conservateurs inspectent régulièrement les réserves."

Il tenait à cette ouverture des musées, oubliés des premières mesures gouvernementales de déconfinement. Il a trouvé l’oreille de David Clarinval (MR), ministre fédéral du Budget et de la Politique scientifique, qui lui a donné les moyens de surmonter l’apesanteur du confinement et l’atterrissage (L’Echo du 6/5/20): "Nous sommes autorisés à puiser dans les réserves financières gelées depuis 2014. Ces 5 millions et le 1,4 million des bénéfices 2019 et de Magritte-Dali sont vitaux: nous ignorons ce que sera la fréquentation et devons provisionner 18 mois d’incertitude. Malgré des recettes en baisse, ces enveloppes assureront le fonctionnement et seront réinvesties dans les outils digitaux et muséaux: ordinateurs portables, accès améliorés au pôle informatique, nouveaux parcours, nouvelles signalétiques."

Vous débuterez la visite par les nouvelles salles dédiées au Siècle d'Or hollandais. ©Photo News

Recomposition et solidarité

"Nous avons préparé le déconfinement depuis le 27 mars, consulté des musées chinois, japonais, sud-coréens, sollicité le ministre le 14 avril." Le public sera reçu en toute sécurité: flux à sens unique, pas de croisement, pas de marche arrière – comme à Versailles. "Les contraintes des espaces publics sont moindres que celles des zones du personnel: conservation, restauration… On ne peut désinfecter en permanence: l’initiative et la discipline individuelles sont primordiales. "

En temps normal, le musée reçoit 3.000 visiteurs par jour. "Règles sanitaires oblige, nous plafonnons à 100 visiteurs de l’heure, que nous espérons à 250 en jauge normale, soit 1.500 personnes par jour, une par 10m2. Perdant 60% de nos visiteurs étrangers, l’enjeu sera d’attirer le public de proximité: Bruxelles, Gand, Anvers, Charleroi, etc."

450.000
Coronavirus
euros de pertes mensuelles pour le musée.

Mi-juin, ce sera le tour des œuvres du Musée Fin-de-Siècle. Le Musée Magritte, exigu au vu des normes sanitaires, devra patienter. L’automne sera donc dédié aux collections permanentes. Ai Weiwei, artiste chinois mondialement réputé, prévu en octobre 2020, est reporté au printemps 2022. Cette crise inspirera-t-elle un modèle économique du virtuel? "On songe au sponsoring sur supports digitaux, à de l’abonnement inspiré de Spotify ou Qobuz, réclamant des contenus nouveaux", poursuit Michel Draguet.

"Nous avons un devoir de passerelle solidaire envers le spectacle vivant, musiciens et acteurs sans charge d’enseignement, les plus touchés par la crise. David Clarinval nous a suggéré des solutions dans le dispositif RPI (Revenu professionnel indépendant), au plafond triplé, afin de les accueillir en contrepoint de notre parcours muséal. C’est une tempête dans un arbre qui emporte les branches mortes. Nous nous devons d’aider ce qui le mérite vraiment."

Réouverture ce mardi 19 mai 2020, à 10h: www.fine-arts-museum.be

Déambulez dans le musée


Exposer local

Toujours fermé pour travaux, le Musée d’Ixelles participe au déconfinement en exposant 52 œuvres à la mi-juin au FeliXart (Drogenbos), alias le musée Félix De Boeck, du nom de l’un des pionniers de l’abstraction. On y suivra l’évolution des arts en Belgique, de l’impressionnisme et du fauvisme de Herman Scholbach, Jehan Frison ou Albert Jos à l’abstraction de Jo Delahaut, Marthe Wéry ou Ann Veronica Janssens.

Une relocalisation de l’offre au moment où la crise du covid a grippé toute la machine des grandes expos internationales. «En pensant plus local, on se mettra peut-être moins de pression, en réduisant les prêts qui viennent de partout dans le monde et en travaillant avec des collections et des artistes autour de nous qui étaient toujours mis au second plan», explique Claire Leblanc, la directrice du Musée d’Ixelles.

L'expo de Vinci, le point ultime

Une tendance déjà dans l’air avant la crise. «Avec l’exposition de Vinci, au Louvre, certains s’étaient demandé si avec un tel truc de dingue, on n’avait pas atteint le point ultime...»

Le Musée d’Ixelles avait déjà pris le pli en prêtant des œuvres aux habitants du quartier, à l’occasion de l’opération «Musée comme chez soi», qui a lieu deux fois par an durant les trois ans que dureront ses travaux de rénovation. «On veut pousser cette logique dans d’autres cadres, sortir ces œuvres et les mettre dans des contextes de vie sociale.

Il faut rompre avec la logique de concurrence en concevant, pourquoi pas, une saison commune avec Mons ou Ostende. Le musée n’est plus un lieu où on va en procession pour consommer de la culture mais un vrai lieu de vie, d’échange et d’engagement – même s’il faudra toujours tenir compte de nos impératifs économiques.» Xavier Flament


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