Naissance d'un musée à Charleroi: La métamorphose du BPS22

©Leslie Artamonow

De nouveaux espaces à découvrir, plein d’ateliers et d’animations à tester, une expo qui s’annonce impressionnante… Le musée d’art contemporain sort le grand jeu ces 26 et 27 septembre à Charleroi. À ne pas rater!

Environ un an et demi de travaux. Un budget d’un peu plus de quatre millions d’euros hors TVA et honoraires. Une surface d’exposition de 2.500 m² désormais. Une équipe qui a triplé: de six à une petite vingtaine. Et un changement d’appellation qui en dit long: d’espace de création contemporaine de la Province de Hainaut, le BPS22 est devenu un musée d’art.

©Lorenzo Fiaschi

C’est sur le piétonnier du boulevard Solvay à Charleroi, au numéro 22, pas très loin du rond-point Hiernaux (celui du Marsupilami) et de l’Université du Travail Paul Pastur (l’UT) que se situe le BPS22. Cet imposant bâtiment avait été conçu par l’architecte Gabriel Devreux pour abriter le Pavillon des Beaux-Arts lors de l’Exposition industrielle et commerciale de 1911. Ensuite, il a connu d’autres affectations liées à l’enseignement industriel et a été rebaptisé Bâtiment provincial Solvay (BPS en abrégé), après avoir renoué, en 2001, avec son activité d’origine: la diffusion de l’art, comme vecteur d’émancipation.

"C’est un lieu de mémoire, lié à l’histoire de la ville, à des figures marquantes de la Wallonie comme Jules Destrée et Paul Pastur qui revendiquaient l’accès pour tous à l’éducation, commente Filip Roland, l’architecte du bureau Archiscénographie Roland qui s’est chargé de la rénovation du BPS22. Dans une façade classée, l’intervention est forcément dosée. Nous avons opté pour du polycarbonate, qui se décline sur toute la longueur du péristyle et le nouveau balcon saillant et qui laisse apparaître, le soir, avec l’éclairage, les stigmates d’une fresque de Jean-Luc Moerman, les stigmates d’un BPS du passé. Une manière de jouer, subtilement, sur la présence dans le temps de ce bâtiment."

Deux ailes complémentaires

Autre nouveauté visible de l’extérieur, l’accès a été amélioré: une rampe pour les personnes à mobilité réduite a été installée du côté de la bibliothèque de l’UT "afin de déplacer les axes urbains et asseoir des potentialités, étant donné que les bâtiments alentour devraient évoluer, précise l’architecte. De plus, je ne voulais pas garder une majesté unique devant le bâtiment, ce qui s’appelle alors du façadisme. Ici, le projet englobe les deux autres rues sur lesquelles donne le BPS, la rue Fagnart et celle du Mambourg où se situe la nouvelle entrée qui mène aux locaux administratifs et à la résidence d’artiste, garnie d’une petite excroissance en façade pour renforcer le repérage dans le quartier."

"Le public doit pouvoir circuler. Rien n’est figé. Tout est étudié pour que tout puisse se faire partout."

Le BPS22 s’est aussi doté d’une nouvelle entrée principale, qui distribue les visiteurs vers ses deux ailes désormais complémentaires. D’un côté, la grande halle industrielle de plus de 1.000 m², avec ses murs bruts, son immense verrière et sa charpente métallique, qui a fait l’identité du lieu et lui confère son cachet, et qui bénéficie désormais d’espaces d’accrochage supplémentaires. De l’autre, une nouvelle salle de 800 m²: une "White Box", atemporelle, où le taux d’hygrométrie, la température, la lumière sont étudiés.

"L’objectif de cette rénovation, c’était de conserver les qualités du bâtiment et de compenser ses défauts pour pouvoir diversifier notre panel d’expositions et d’activités, résume Pierre-Olivier Rollin, le directeur du BPS22. On se sentait parfois prisonniers de cette grande halle qui poussait les artistes dans la surenchère monumentale et excluait des projets plus intimistes ou des œuvres réservées aux White Boxes pour des questions de conservation notamment. En tant que musée d’art de la Province de Hainaut, on dispose d’une importante collection (plus de 6.000 pièces!) datant de la fin du XIXe siècle à nos jours. Nous pourrons envisager des expos posant un regard sur des artistes anciens comme Pierre Paulus ou Arsène Detry avec un point de vue contemporain et décalé."

Un écrin pour un bijou

Cette White Box est surmontée d’une coursive qu’on ne devine pas d’en bas et d’où l’on peut observer sous un autre angle – l’art de voir sans être vu! Autre avantage, elle constitue un espace d’accrochage pour des pièces de petite taille, des photos par exemple, ne nécessitant pas beaucoup de recul. Au bout de ce couloir, deux ouvertures vers l’extérieur: le mirador (le balcon saillant au-dessus du péristyle) qui souligne l’entrée et une sorte de grande meurtrière. "Ce sont les seules échappées dans l’espace muséal, déclare l’architecte. Il a été pensé comme un écrin pour un bijou: pas de gesticulation architecturale avec des fenêtres ou autre, l’architecture doit rester en retrait pour que l’attention des visiteurs reste focalisée sur les œuvres exposées."

ça devrait pas mal bouger boulevard Solvay, ces prochains mois!

Cela suppose aussi une fluidité du parcours: même si le musée s’articule sur huit niveaux, on ne sent pas ces changements d’étage lors de la visite. Ce qu’on remarque en revanche, c’est que le musée est truffé de petites salles: des locaux administratifs et dédiés au stockage et au déballage des œuvres, une salle de réunions, un centre de documentation (sur l’art dans le Hainaut, le surréalisme…), des espaces d’exposition (le grenier, la project-room, la mezzanine où un podium pourra accueillir des performances ou des petits concerts acoustiques…) ainsi que des espaces pédagogiques (le labo et l’atelier) très lumineux.

©Leslie Artamonow

"Nous allons développer les activités de médiation autour de nos expos, proposer une offre diversifiée pour répondre à la fragmentation du public, poursuit Pierre-Olivier Rollin. La dimension éducative est très importante au BPS. Cela fait partie de notre identité. Comme le fait de ne jamais faire de l’art pour l’art, mais de proposer une approche décalée, de défendre des valeurs de démocratie, de participation et de réflexion critique sur le monde. Nos expos sont des prétextes pour se pencher sur les questions de société, des grilles de lectures non complaisantes, des outils pour s’armer, pas dans le but d’asservir mais de se défendre."

Rester un lieu vivant

Au programme de l’année qui s’annonce? L’expo d’ouverture "Les mondes inversés, art contemporain et cultures populaires" (voir ci-contre) dans le cadre de Mons 2015, "Video Spot", un partenariat avec le théâtre de l’Ancre dans le cadre du Festival Kicks! (février), l’expo "Uchronies" tirée des collections de la Province de Hainaut et du BPS22 (à partir de février), une rétrospective consacrée à Marthe Wéry (à partir de juin), mais aussi des visites thématiques libres ou guidées, des workshops, notamment "Écriture à l’œuvre" et "Danse et arts plastiques" (en novembre), des journées de réflexion, des goûters philosophiques (chaque mois), des stages pour les kids, etc.

À certains moments, tout le musée sera occupé, à d’autres pas! Il a été aménagé dans cette optique: "Le public doit pouvoir circuler même si certaines œuvres sont en montage ou si un artiste réalise un travail in situ; tout est étudié pour que tout puisse se faire partout, insiste Filip Roland. Rien n’est figé, même pas la billetterie: des aubettes mobiles peuvent être déplacées dans le bâtiment ou le péristyle selon les besoins. Pour bloquer une zone de passage ou pour éviter de gêner une activité organisée dans l’entrée par exemple."

Proposer une programmation à la fois riche, singulière et diversifiée, multiplier les actions de médiation, continuer à tisser des partenariats, notamment avec des opérateurs culturels et des écoles d’arts (en juillet, le BPS22 a accueilli 25 stagiaires dans le cadre d’une classe d’été organisée avec l’école nationale supérieure des arts visuels La Cambre), s’ancrer dans la cité (un espace, le local, pourra servir aux activités de la maison de quartier, d’asbl…), faire participer les publics autour d’un même projet… Ça devrait pas mal bouger boulevard Solvay ces prochains mois. Et le directeur du musée d’art de confirmer: "On va essayer de rester un lieu vivant!"

BPS22, 22 boulevard Solvay, 6000 Charleroi. 071/27.29.71, www.bps22.be. Ouvert du mardi au dimanche de 11 à 19 h, entrée 6 EUR, gratuit pour les moins de 12 ans et chaque premier dimanche du mois.

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