Nouveau départ pour le Mundaneum

©Kristof Vadino

Pour sa réouverture, le "Google de papier" met les petits plats dans les grands en proposant au public de nouveaux espaces d’accueil et une expo interactive axée sur la transmission visuelle des savoirs.

Mons, rue de Nimy, numéro 76, à deux pas de la Grand-Place. Derrière une double porte en métal, un magnifique espace de style art déco éclairé par deux vitraux, au centre duquel trône une gigantesque mappemonde sous un plafond céleste. Un décor signé François Schuiten et Benoît Peeters, qui sert d’écrin depuis 1998 aux événements et expositions du musée et à sa pièce maîtresse, le répertoire bibliographique universel. À savoir douze millions (!) de fiches bibliographiques classées dans des meubles à tiroirs en chêne. Un patrimoine reconnu depuis 2013 par le Registre "Mémoire du Monde" de l’Unesco.

Ce répertoire bibliographique universel fonctionnait comme un moteur de recherche.

La matérialisation du rêve de deux humanistes, avocats passionnés de bibliographie, Paul Otlet (1868-1944) et le sénateur Henri La Fontaine (1854-1943, Prix Nobel de la Paix en 1913), qui en 1895 ont eu l’idée de répertorier tous les savoirs du monde en un seul lieu afin de les rendre accessibles à tous et promouvoir ainsi la paix.

"Mapping Knowledge"

"Comprendre le monde par les données"! Le sous-titre de l’expo qui se tiendra du 27 juin 2015 au 29 mai 2016 au Mundaneum est explicite: elle porte sur la transmission visuelle des savoirs. "Mapping Knowledge" se découpe en six chapitres. D’abord, l’histoire du langage visuel retracée par une ligne du temps illustrée. Puis, l’arbre, symbole de la connaissance"On fait référence ici aux prémisses des nouveaux langages, les arborescences, l’arbre généalogique…", précise Marion Ambrozy, la scénographe. Viennent ensuite les espaces dédiés à l’histoire du lieu, à ses fondateurs, au répertoire bibliographique universel, à la classification décimale universelle.

"Le quatrième chapitre, intitulé réseaux et villes invisibles, se traduira par la visualisation de données sur des planisphères, poursuit la scénographe. Le suivant, data is art, montrera comment l’analyse de données a inspiré différents artistes." Parmi les exemples mis en avant, le clip vidéo de "The Seed" de Johnny Kelly et celui de "Remind Me" de Röyksopp. Mais aussi un collier représentant des ondes sonores réalisé par David Bizer. Enfin, le dernier chapitre, des cartes au service de la connaissance et de la science, sera principalement axé sur le climat. À ne pas rater avant de quitter les lieux: une installation du collectif d’artistes Domestic Data Streamers soulignant la croissance exponentielle des données. Bref, une expo pour les Geeks, mais pas que…

"Ce répertoire bibliographique universel fonctionnait comme un moteur de recherche, commente Delphine Jenart, directrice adjointe du Mundaneum. Les gens pouvaient entrer des recherches par nom ou par thématique et les bénévoles de l’Office International de Bibliographie (dont émanera ensuite le Palais Mondial — Mundaneum) leur renseignaient toutes les ressources s’y rapportant aussi bien sur place que dans le monde entier. Installé au Cinquantenaire à Bruxelles, il sera fermé par le gouvernement en 1934. Les collections vont alors être dispersées, stockées dans des conditions parfois déplorables et tomber dans l’oubli jusqu’à ce qu’en 1993, sous l’impulsion d’Elio Di Rupo, alors ministre de l’Éducation de la Communauté française, elles soient rassemblées à Mons dans l’ancien magasin coopératif ‘L’indépendance’, érigé par l’architecte Vleugels. Un espace muséal y est inauguré en 1998 et des expos temporaires en lien avec la philosophie des fondateurs y sont programmées à partir de 2001-2002. Dix ans plus tard, un partenariat est tissé avec Google lorsque celui-ci lance une campagne pour exhumer les pionniers du Web. Depuis, il se poursuit, notamment à travers des collaborations avec le data center que Google a implanté à Saint-Ghislain."

Partage et convivialité

Après deux ans de fermeture pour travaux – "un chantier d’environ trois millions d’euros, financé par la Fédération Wallonie-Bruxelles", précise Delphine Jenart –, le "Google de papier" comme l’a surnommé "Le Monde" rouvre ses portes l’année de Mons 2015 et de son 120e anniversaire. L’occasion de (re) découvrir ce lieu insolite et les différents aménagements qui y ont été réalisés par les architectes Gauthier Coton, Xavier Lelion et Anne-Sophie Nottebaert. Ceux-ci ont repensé l’entrée afin d’accueillir le public dans de meilleures conditions.

©Kristof Vadino

Ils ont également aménagé une boutique dans l’espace muséal globalement inchangé. Et surtout, ils ont construit à l’arrière une extension en béton pourvue de larges baies vitrées, afin de jouer sur l’interaction entre l’intérieur et l’extérieur et de minimiser l’empreinte au sol. Cette annexe se compose d’une salle éducative (destinée aux animations scolaires, stages, anniversaires…) et d’une autre polyvalente, baptisée Utopia, qui servira tantôt de lieu pour des events (séminaires, conférences…), tantôt d’espace convivial où le public pourra se poser, casser la croûte certains jours ou participer à l’une ou l’autre activité (atelier de cuisine veggie, aromathérapie…) favorisant la paix intérieure.

©Kristof Vadino

Les visiteurs pourront aussi prendre l’air sur la terrasse ou flâner dans la cour en briques (accessible indépendamment du musée) qui la relie au bâtiment complètement rénové situé rue des Passages. Là où se trouvent les nouveaux locaux administratifs et le centre d’archives. Doté d’une salle de lecture et d’un patio, cet espace de conservation a été aménagé en sous-sol pour des raisons à la fois esthétiques et symboliques. "Nous ne voulions pas gêner le voisinage en construisant en hauteur, explique l’architecte Gauthier Coton. C’était aussi une manière de faire dialoguer les espaces: le ‘vide’ créé par le patio répond au ‘plein’ de l’extension. Et surtout, ça avait du sens que les archives servent de fondation au Mundaneum."

6 kilomètres d’archives

©Kristof Vadino

Une sorte de gros hublot, conçu par le plasticien Richard Venlet et inspiré d’un croquis d’Otlet, a d’ailleurs été installé dans la cour afin que les visiteurs puissent le constater. Sous leurs pieds sont rangés six kilomètres de documents de toutes sortes: les archives des deux fondateurs bien sûr, notamment celles liées aux développements du répertoire bibliographique universel et du système de classification décimale universelle qu’ils ont élaboré… Le centre abrite aussi un répertoire iconographique universel (photos de 1864 à 1960, plaques de verre, affiches, cartes postales), un musée international de la presse, des fonds relatifs à l’anarchisme, au féminisme, au pacifisme, aux expositions universelles… Des collections thématiques qui intéressent surtout étudiants et chercheurs.

Le grand public devrait préférer "Mundaneum – Web 1895". Un dispositif sur tablette, entre guide et jeu vidéo interactif, avec géolocalisation et réalité augmentée. La technologie au service du partage de la connaissance… Ou comment se familiariser à l’univers du Mondaneum par la démonstration.

Mundaneum, rue de Nimy 76, 7000 Mons. 065 31 53 43, www.mundaneum.org.

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