Rêves en boîte au Mima, le musée des cultures urbaines

©Mima museum

Avec "Dream Box", le Mima crée un palais des glaces 2.0, parcours d’illusions où art et science conjuguent leurs pièges sensoriels.

Le Mima emprunte aux codes de la magie, succession de jeux d’optique, d’incantations musicales, de trucages de la réalité, autant de métamorphoses jouant des cinq sens. Alice van den Abeele et Raphaël Cruyt proposent ce "récit collectif" de libres associations entre "cultures musicales (punk-rock, électro, hip-hop), graphiques, sportives (skateboard, surf, sport extrême), artistiques (cinéma, art plastique, performance, BD, tatouage, stylisme) et urbaines (graffiti, street art)".

L'exposition

"Dream Box"

Note: 4/5

Jusqu'au 1/9/2019 au Mima, 39-41, Quai du Hainaut, 1080 Molenbeek (Bruxelles). >GOOGLE MAP

Une annonce introduit l’exposition, puis on évite tout discours. Raphaël Cruyt insiste sur l’"absence de commentaires, d’explications, de didactisme. Le visiteur se met à l’écoute de ses intuitions, pour une expérience méditative", spectacle d’illusions créant une illusion de spectacle, "brèche dans la peinture de la réalité".

D’entrée, Elzo Durt offre le revival psychédélique d’un mur en (faux) mouvement: une mosaïque de carrés de couleurs et de croix noires et blanches crée un scénario visuel. Au premier étage, Hell’O, duo belge (Antoine Detaille et Jérôme Meynen) déploie des "motifs figuratifs qui ouvrent des portes non narratives": une échelle traverse une fenêtre, dont on gravira les échelons ou non. Ici, "la peinture murale joue de volumes où peinture et sculpture se confondent, sur le modèle de la villa palladienne, où la fresque devient architecture".

Troisième illusionniste, Escif, pseudo d’un activiste espagnol de l’espace public: avec Magic Piano, devant un mur incurvé peint de personnages, je saisis une tablette graphique qui pilote une musique électro-trans composée par Manu Louis, des images de la guerre civile au Congo et la danse de ce mur de personnages. Ironie: c’est le coltan, minéral rare, composant de nos tablettes, qui est l’un des enjeux sous-jacents de cette guerre.

Felipe Pantone ©Mima museum

Chapelle kinétique

Au deuxième étage, dans "la chapelle", l’Espagnol Felipe Pantone nous attire dans sa pièce kinétique où des CD-ROM pivotent, miroirs en trompe l’œil sous le souffle de ventilateurs. Une autre pièce de 64 tubes métalliques (le même nombre que les cases d’un échiquier) compose un ballet de lignes noires et blanches piloté par ordinateur.

"L’apprentissage confond protocoles et réalité. Le Mima court-circuite la perception et le regard habituels."
Alice van den Abeele et Raphaël Cruyt
Curateurs

Enfin, Gogolplex, collectif de trois Français anonymes, m’attire dans un test cognitif, pour Imabelpro Eurostom, parodie de multinationale qui me veut du bien (décor en partie récupéré dans les bureaux de Kanal-Citroën), aux accents lénifiants d’une muzak d’aéroport, "moquerie des codes corporate, de l’efficience et du data-mining". Au terme du test, un fortune cookie dadaïste me propose d’acheter à l’accueil une œuvre, reflet de mon âme. Pur artifice, naturellement.

Raphaël Cruyt insiste sur la sortie du langage: l’art commence par la mise en suspens quasi bouddhique du jugement, "laissant place aux sensations et aux émotions". Parents insatisfaits de l’enseignement de leurs enfants, le couple de curateurs juge que "l’apprentissage confond protocoles et réalité. Le Mima court-circuite la perception et le regard habituels".

Jusqu'au 1/9/2019 au Mima, 39-41, Quai du Hainaut, 1080 Molenbeek (Bruxelles). >GOOGLE MAP

Elzo-Durt-1 ©mima museum

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