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Taille XXL pour le Musée d'Ixelles

Plus visible qu’aujourd’hui, le bâtiment d’accueil, largement ajouré, est l’un des éléments qui fera entrer la lumière dans le musée et fluidifiera ses espaces. ©B-architecten

Le musée communal fermera le 5 mars pour trois ans de travaux. 2,5 millions d’investissement, un maître d’ouvrage tendance, B-architecten, et une aura au beau fixe.

Claire Leblanc, conservatrice du musée d’Ixelles, "Française et parfaite néerlandophone", soulignait hier Yves de Jonghe d’Ardoye (MR), échevin à la Culture de la commune bruxelloise d’Ixelles, se joue des paradoxes: "Pour notre musée, fermer est une chance". Au faîte de sa gloire (l’exposition Doisneau a dépassé les 50.000 visiteurs), elle envisage cette mise entre parenthèses (2018-2021) comme l’opportunité de mener une profonde introspection et de se redéfinir.

La besogne est à la mesure de la maison, inaugurée en 1892 par Léopold II, anciens abattoirs d’Ixelles, ex-salle des fêtes communale, où police et pompiers tenaient leurs bals annuels. Ainsi, d’emblée, ce musée d’un quartier baptisé "Montparnasse bruxellois", en référence à sa concentration d’artistes, a été associé à la fête.

Une salle de 1.100 m2, construite en 1893, le jouxte et accueille bals et concerts. Le musée se modernise une première fois entre 1949 et 1952. C’est en 1957 que son conservateur, Jean Coquelet, y fait entrer le XXe siècle, avec Magritte (1959), Spilliaert (1961), Delvaux (1967). Il va plus loin en 1975, avec "Je-Nous", qui réunit, une première en Belgique, Ben, Boltanski, Christo, Beuys, Buren ou Spoerri. Ce sont ensuite les expositions de Nicole d’Huart, son successeur, sur le fauvisme en Belgique (1990) ou Zao Wou-Ki (2001).

©B-architecten

Depuis 2007, Claire Leblanc élargit le spectre par une politique dynamique d’expositions temporaires. Épinglons l’hyperréalisme américain de Duane Hanson, l’art cinétique de Vasarely, l’art du graffiti avec "Explosition", le kitsch populaire de Pierre et Gilles, et, toujours en cours, Robert Doisneau qui bat tous les records d’audience.

Quant aux réserves (12.000 œuvres), riches en œuvres impressionnistes et abritant la collection complète des affiches de Toulouse-Lautrec, elles assurent un rayonnement international au musée. Le budget annuel (1,6 million d’euros) permet aussi au musée de rester vivant, autrement dit d’acheter des œuvres, choisies par une commission dynamique. Cette politique d’achat est d’ailleurs consubstantielle au lieu, puisque dès 1922, les artistes étaient invités à vendre leurs œuvres dans le cadre d’expos annuelles, les "Ensembles". Enfin, ce n’est plus un musée de village: il occupe la seconde place après les Musées Royaux.

"Nous avions un musée à l’entrée introuvable, introverti. Nous allons l’ouvrir!"

Toutefois, insiste Claire Leblanc, "nous avions un musée à l’entrée introuvable, introverti. Nous allons l’ouvrir". C’est ce qui inspire le chantier de ces trois années: réaménagement des espaces intérieurs et redéploiement vers la trame urbaine, dialogue avec le quartier et réflexion sur le cheminement vers et dans le musée.

La fermeture favorisera d’abord l’ouverture par l’éducation, mission essentielle de tout musée (l’actuelle exposition "HOP!", interactive et destinée aux enfants, en est le fruit le plus récent). Ce seront les trois initiatives du Museum Tour (Contrat de quartier durable Athénée 2017-2020). Ainsi, pour le "Musée comme chez soi", dix œuvres quitteront les réserves pour s’exposer chez un Ixellois. Il y aura "Mash Up": une dizaine de classes du secondaire inventant un projet à partir des collections permanentes. Et enfin, "Jours de fête", avec des rencontres festives.

©B-Architecten

Outre les révisions à bas bruit mais essentielles (l’informatisation des réserves et leur l’inventaire), la fermeture ira de pair avec une vive activité hors les murs: expositions Delvaux à Rotterdam, Paris et Helsinki; Toulouse-Lautrec à Madrid; thématiques à Bruxelles et ailleurs en Belgique.

La clôture officielle ("Last call") donnera lieu à un week-end festif, du 2 au 4 mars, avec des visites à la carte et des animations, la présentation du nouveau musée, des performances, un grand spectacle de cabaret des années 20, la Museum Night Fever et autre guinguette dans l’esprit d’Aristide Bruant.

Week-end de fermeture, du 2 au 4/3. www.museedixelles.irisnet.be

Des volumes clarifiés

L’architecte Sven Grooten, l’un des cofondateurs du bureau B-architecten (Muntpunt, Beursschouwburg, gare de Laeken, etc.), a dévoilé ce lundi le nouveau cocon du musée d’Ixelles. Sa superficie passera d’environ 3.200 m2 à un peu plus de 4.000m2. Un bâtiment qui respire et un bâtiment qui circule et communique: une attention particulière est apportée au côté pile et au côté face des lieux, avec un soin particulier pour l’accès, par le jardin principal, à front de rue. Les espaces d’accueil, dont la billetterie, sépareront plus clairement expositions temporaires et collections permanentes, et se prolongeront en patio-galerie, habillés de bois et baignés de lumière naturelle.

Entre les espaces d’exposition, d’accueil et de rencontre, des fenêtres seront percées à l’étage: c’est la lumière qui les reliera. L’ancienne caserne de gendarmerie du 75, rue Van Volsem, accueillera salles pédagogiques, salle polyvalente, ateliers et bureaux. Son jardin deviendra un jardin de sculptures. Grâce au redéploiement de l’ancienne caserne, le second étage de la galerie principale, actuellement occupé par l’administration, se muera en nouvel espace d’exposition. Le budget de 2,5 millions d’euros sera couvert par les subsides publics et par un fonds de 500.000 euros légué par la Fondation Lydie et Albert Demuyter (bourgmestre d’Ixelles de 1973 à 1993).

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