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À Gand, le MSK se refait une beauté

Les nouvelles salles au MSK de Gand. ©Martín Corlazzoli

Quarante salles remaniées invitent à la redécouverte de nombreux chefs-d’œuvre. Une visite orchestrée selon les derniers principes muséologiques, au cœur du parc "à l’anglaise" de la Citadelle.

Une banderole noire se déroule le long des colonnes ioniques du MSK gantois (Museum voor Schone Kunsten ou Musée des Beaux-Arts), annonçant sobrement ce qu’il abrite: "La collection". Le message? Celle-ci se suffit à elle-même, encore plus après la rénovation des galeries et un accrochage différent, dévoilant de nombreuses pièces jamais montrées auparavant. Notre verdict? Un nouvel écrin d’une grande fraîcheur pour une des plus belles collections publiques de Belgique, à voir absolument.

Dans le nouveau MSK, Sainte Barbe est logée dans une vitrine transparente qui rend visible l’inscription d’époque au verso.

Le marketing s’est introduit dans le nouveau parcours, mais on l’accepte sans broncher: le contenu n’est jamais réduit au snack d’automate, et par conséquent le banquet demeure intact. Exemple avec les cartels explicatifs qui ponctuent la visite. On nous appâte avec un mot-clé ou un gros titre ("Diversité", "La Chasse", "Modernes ou Pompiers"), mais c’est pour mieux nous faire lire les commentaires bien écrits (et bien traduits!) sur les différents contextes de création. De plus, les textes stimulent la réflexion – comment attribuer un tableau non signé? Et à quel point notre impression d’un tableau est-elle influencée par l’identité de l’artiste?

Festin visuel

Autant de bonnes questions pour encadrer une savoureuse contemplation. Le MSK sert un véritable festin visuel, dans des salles fraîchement repeintes. Petite note sur les couleurs des murs: les tons pastel, on adopte; le jaune moutarde, pourquoi pas; mais le violet aubergine pour rehausser (trop) fortement des tableaux à la palette terreuse… un peu tape-à-l’œil. 

Si le parcours à travers l’art demeure largement chronologique, le musée ne résiste pas à quelques rapprochements thématiques et transhistoriques.

Qu’importe, le bonheur de retrouver des pièces maîtresses est total, comme la Sainte Barbe de Jan van Eyck, un prêt de longue durée du KMSKA fermé. La dernière fois qu’on l’avait vue, c’était dans l’expo transcendante "Monochrome" de la National Gallery à Londres. Dans le nouveau MSK, Sainte Barbe est logée dans une vitrine transparente qui rend visible l’inscription d’époque au verso, de quoi rajouter une dimension à cette petite huile à la minutie vertigineuse, signée et datée 1437.

Le MSK conserve de nombreux chefs-d’œuvre dans sa propre collection: un Portement de croix grotesque attribué à Jérôme Bosch, un cleptomane au regard hagard de notre torturé bien-aimé Théodore Géricault, les patineurs baignés de lumière crépusculaire d’Emile Claus, le portrait expressionniste de Ludwig Adler par Oskar Kokoschka (observez la puissance des mains!). Parmi les pièces qu’on n’avait jamais vues (sauf si on ne s’en rappelle pas, mea culpa dans ce cas), une étonnante étude de carrière en forêt de Fontainebleau, laissée inachevée par Théodore Rousseau.

Place aux femmes

Si le parcours à travers l’art demeure largement chronologique – on commence dans le Moyen Âge, on finit dans le XXe siècle –, le musée ne résiste pas à quelques rapprochements thématiques et transhistoriques (très à la mode), nous invitant à comparer des œuvres de période et/ou de style différents. Notre duo préféré? Une Nymphe académique de 1826 se languissant à côté de la Louise avant-gardiste de Léon De Smet (1916).

Au fond à droite, la nymphe d'Elisa Da Gamond à côté de la Louise avant-gardiste de Léon De Smet. ©Martín Corlazzoli

Si les poses des figures féminines sont similaires, l’esprit et l’exécution sont diamétralement opposés. Ou comment capter 90 ans d’évolution artistique en flanquant deux œuvres. À première vue, on pourrait penser que les deux femmes plus ou moins dévêtues sont le fruit créatif du même "male gaze" (qui traverse les époques sans peine). Surprise – on nous apprend que la Nymphe fut peinte par une femme, Elisa De Gamond, aujourd’hui largement oubliée. Comme quoi un raccrochage permet aussi de réécrire (un peu) l’histoire.

Exposition

"La Collection"

Note de L'Echo: 5/5

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