À l’hôtel avec Beethoven

John Baldessari, "Beethoven's Trumpet (With Ear) Opus # 133" (2007)

La nouvelle exposition de Bozar interroge le mythe et les ambiguïtés du génie né il y a 250 ans à Bonn. Vaut le parcours.

"Comment se fait-il que, dès après sa mort, le monde entier se soit emparé de l’image de Beethoven? C’est cette récupération par l’imaginaire collectif que questionne notre exposition", pose d’emblée Jérôme Giersé, le nouveau directeur de Bozar Music. Une approche d’autant plus intéressante qu’elle permet d’achever l’année Beethoven en tentant de percer la dimension iconique du plus célèbre des compositeurs.

Expo

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Bozar, Bruxelles

Du 13 octobre 2020 au 17 janvier 2021

Pour Eric De Visscher, commissaire de l’expo, il s’agit en effet "de dépasser la lecture traditionnelle du mythe Beethoven et d’en tracer un portrait plus proche de la réalité. L’homme avait ses ambiguïtés, et c’est ce qui le rend si humain. Il est sensible aux idées de la Révolution française mais il reste dépendant de l’aristocratie. Il n’était au fond pas si hostile que cela à l’idée d’un souverain éclairé". De là à voir en Beethoven un homme du XVIIIe siècle, celui des Lumières, davantage que le grand romantique du XIXe, il n’y a qu’un pas. Car si on le dit révolutionnaire, "il restait attaché à une certaine stabilité", confirme Eric De Visscher. "N’oublions pas qu’il vivait à une époque où toute l’Europe politique est secouée par un véritable tremblement de terre."

Mais pourquoi ce curieux titre d’"Hotel Beethoven"? "Car il y en a partout dans le monde, ce qui témoigne de son universalité", souligne Giersé. "Mais aussi et plus encore parce qu’un hôtel est à la fois un lieu public et privé de rencontres et d’échanges. Ce concept permet de questionner l’univers de Beethoven et sa structure mentale en visitant une série de chambres d’hôtel thématiques." Sont ainsi abordées sa dimension mythique, sa démarche créative, sa vision politique, sa surdité… À propos de celle-ci, d’ailleurs, il ne s’agit pas d’aborder la pathologie "mais de s’interroger sur ce que l’écoute rend possible dans la vie et dans le processus démocratique", souligne Jérôme Giersé. "Cela veut dire quoi s’écouter ? Et quel est le prix à payer quand on ne s’écoute pas? Question très actuelle!"

"Un hôtel est à la fois un lieu public et privé de rencontres et d’échanges. Ce concept permet de questionner l’univers de Beethoven et sa structure mentale en visitant une série de chambres d’hôtel thématiques."
Jérôme Giersé
Directeur de Bozar Music

Pianos historiques

Monter une exposition sur un tel compositeur exigeait d’associer le visuel et le sonore. L’on se réjouira dès lors du fait que, si l’expo a été présentée au printemps à Bonn sur une scénographie d’Anna Viebrock, la version bruxelloise a été repensée selon un tout nouveau narratif, qui s’adresse autant à la vue qu’à l’ouïe du spectateur. Plaisir des yeux avec toute une série de manuscrits, partitions, lettres et objets historiques, mais aussi des œuvres d'Antoine Bourdelle, Andy Warhol, Katie Paterson et John Baldessari. Et plaisir des oreilles avec la musique du maître. La chambre qui accueille les pianoforte historiques de la collection Maene est à cet égard l’un des jalons majeurs du parcours, en montrant l’évolution de l’instrument au fil du temps. Une installation sonore permet de découvrir les couleurs de chacun d’eux, et de mieux comprendre l’impact de leurs améliorations progressives sur le travail du compositeur. L’un de ces pianoforte est même équipé d’une reconstitution de la "Gehörmaschine" (machine à entendre), qui devait permettre à Beethoven de percevoir les sons de son piano malgré sa surdité croissante.

Antoine Bourdelle, "Composition pour Beethoven" (ca. 1883)

Si l’expo s’enrichira de conférences et de concerts in situ, on guettera aussi l’agenda de la salle Henry Le Bœuf. Rendez-vous ce 15 octobre avec Isabelle Faust, Alexander Melnikov et Jean-Guihen Queyras, combinaison gagnante dans les Klaviertrios. Et en décembre avec la neuvième par Daniel Barenboim et son West-Eastern Divan Orchestra, ensemble emblématique d’une certaine idée de la fraternité. Beethoven aurait apprécié.

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