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Abbaye ou Arcadie?

Le réfectoire de l'Abbaye de Parc avec ses plafonds en stuc de Jan Christian Hansche. ©Cedric Verhelst

Succession de trésors à l’Abbaye de Parc à Louvain, au sein de sublimes espaces rénovés qui laissent bouche bée, du réfectoire à la bibliothèque.

Cela faisait longtemps qu’on était à la recherche d’un endroit arcadien, évoquant toute la puissance esthétique et mystique de "Brideshead Revisited" dans un même cadre pastoral, avec des épiphanies baroques pour nous propulser "very near to heaven". On vient de le trouver – à la lisière de Louvain.

L’Abbaye de Parc, magnifique site prémontré ceint de champs, de roseaux et d’étangs, nous ouvre ses portes après restauration, révélant des espaces jamais accessibles auparavant. Du cloître aux salons en passant par le réfectoire, la bibliothèque et les appartements de l’abbé, on se laisse entraîner dans une éducation esthétique digne de celle vécue par Charles Ryder dans le roman d’Evelyn Waugh.

À Parc on se laisse tour à tour transporter par différents styles, autant de témoins de la riche histoire de cette abbaye qui existe depuis 1129.

Ryder évoque sa conversion au baroque à Brideshead; à Parc on se laisse tour à tour transporter par différents styles, autant de témoins de la riche histoire de cette abbaye qui existe depuis 1129. En 2021, les Norbertins qui l’habitent – au nombre de 5 à ce jour – fêtent les 900 ans de leur ordre, qui n’a pas seulement vu défiler la période romane et la Renaissance, mais aussi le baroque et le rococo. L’opportunité de brasser une bière pour le jubilé – "à 9 degrés, un pour chaque siècle écoulé!", rigole le prieur, Jozef Van Osta – et de dévoiler les salles déjà restaurées.

Le lien avec l'art

Pas de célébration sans mettre à l’honneur le fondateur de l’ordre, Saint Norbert. Sans surprise, c’est la figure centrale de l’exposition sur place, intitulée "Comme l’éclair". "Le titre fait référence à la conversion de Norbert, quand, à cheval, il est touché par la foudre, ce qu’il survit – un tournant dans sa foi", explique le commissaire, Stefan van Lani, qui a conçu l’expo en collaboration avec Parcum.

"C’était un effort titanesque de réunir la moitié des 41 vitraux d’origine, vendus au moment de la Révolution française et dispersés jusqu’aux États-Unis."
Stefan van Lani
Commissaire de l'exposition "Comme l'éclair" en collaboration avec Parcum.

La première salle nous présente le fondateur des Prémontrés. Le lien avec l’art est immédiatement posé, à travers une belle étude à l’huile de Rubens, représentant Norbert, et, sous ses pieds, un hérétique. Ensuite, on passe aux débuts de l’ordre puis son expansion, au cours de laquelle l’Abbaye de Parc voit le jour, ce qu’atteste un impressionnant document historique au sceau en cire éclatant. À côté, nos e-signatures font pâle figure.

Paradis terrestre

Place à la première merveille spatiale: le cloître inondé de lumière, où sont présentés vingt vitraux colorés qui illustrent la vie du fondateur. On apprend que lors d’une de ses prédications, un opposant a craché au visage de Norbert. Pas coronaproof, pas sympa, mais bien exécuté – les aérosols peints traversent sans peine les nervures plombées pour atteindre leur cible auréolée. Un détail qui met en lumière la maîtrise technique de Jan de Caumont, créateur des vitraux au XVIIe siècle. "C’était un effort titanesque de réunir la moitié des 41 vitraux d’origine, vendus au moment de la Révolution française et dispersés jusqu’aux États-Unis", précise Stefan van Lani.

Le cloître inondé de lumière, où sont présentés vingt vitraux colorés qui illustrent la vie du fondateur. ©Cedric Verhelst

Après le cloître, on pénètre dans le réfectoire, où on rencontre un autre trésor de l’abbaye: les plafonds en stuc de Jan Christian Hansche, avec leurs scènes monochromes se décollant du plafond. Le baroque dans toute sa flamboyance, que l’on retrouve dans la superbe bibliothèque, toujours au-dessus de nos têtes. L’occasion de développer le torticolis du siècle en gardant nos yeux rivés vers le plafond – ou de louer les mérites des chargés de la médiation, qui ont déposé des miroirs sur les tables et des divans parmi les livres, pour profiter confortablement de la splendeur des lieux. "Un paradis terrestre", renchérit le prieur. Quel plaisir d’y déambuler.

La bibliothèque de l'Abbaye de Parc. ©Cedric Verhelst

Exposition

Louvain, jusqu’au 1er août 2021.

Note de L'Echo: 5/5

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