Art Brussels | De découvertes en redécouvertes

©rv

La (re)découverte, c’est son slogan officiel. Pour Scott Reyburn (New York Times), Art Brussels, "foiredécouverte" qui s’ouvre ce jeudi à Tour & Taxis, "se distingue sur une scène mondiale surpeuplée" et attire les collectionneurs fuyant "l’éphémère et le déjà-vu".

Du 25 au 28/4, à Tour & Taxis (Bruxelles): www.artbrussels.com

Pour Anne Vierstraete, directrice générale, Art Brussels "remet régulièrement son positionnement en question". La foire, qui épouse le profil du collectionneur belge – curieux, engagé, connaisseur, découvreur et acheteur précoce d’artistes émergents –, se veut plate-forme de rencontres-découvertes. "Notre premier périmètre est celui du public proche des amateurs et collectionneurs belges. Cela suppose un lien fort avec les collectionneurs reconnus et d’en tisser aussi avec les jeunes amateurs, notamment issus de familles où la collection est de tradition. Et les réseaux sociaux cristallisent un nouveau public auquel nous nous adressons."

9,2 artistes vivants sur 10
Sur 735 artistes, 215 ont moins de 40 ans et 42, moins de 30 ans. 27% sont des femmes. 44 galeries belges sur un total de 157. 32 nationalités représentées.

Colonne vertébrale d’Art Brussels, Prime accueille 99 galeries établies et leurs artistes confirmés. Ce socle de fidèles s’enrichit en 2019 de Gladstone, absente depuis le déménagement à Tour & Taxis en 2016, et d’une nouvelle venue, la Nino Mier Gallery, de Cologne.

À l’intérieur de Prime, épinglons la section Solo. Un jury international prestigieux (citons Chris Dercon, nouveau directeur du Grand Palais, à Paris, Iwona Blazwick, directrice de la Whitechapel Gallery, à Londres, ou Raf Simons, pape de la mode belge) décerne un prix de 10.000 euros. Sur les 23 artistes qui volent en Solo, douze ont moins de 40 ans, et cinq Belges en sont: Marcel Berlanger, Lieven De Boeck, Mario De Brabandere, Nadia Naveau et Emmanuel Van der Auwera.

La section Discovery, dédiée à des artistes émergents internationaux, passe de 33 à 38 galeries en 2019. "Le prix de 5.000 euros est décerné à la galerie gagnante et non à l’artiste, pour mettre en valeur leur défrichage de talents émergents", poursuit Anne Vierstraete. La présence de ténors comme Hans Ulrich Obrist, directeur artistique de Serpentine Galleries à Londres (élu en 7e position dans le 2018 Power 100 publié par ArtReview), membre du jury du prix Discovery, étoffe ces choix.

Rediscovery est, quant à elle, dédiée au XXe siècle et salue l’avant-garde des vivants ou des morts, "sous-estimés ou indûment oubliés". Lancée en 2016, Rediscovery se relance en 2019 avec onze galeries, sept de plus qu’en 2018 ("trouver un artiste offrant suffisamment d’œuvres disponibles requiert un gros travail", souligne la directrice générale). Louis-Philippe Van Eeckhoutte, commissaire indépendant, a guidé la sélection de huit artistes vivants, comme l’Allemand Manfred Mohr, né en 1938, pionnier de l’art digital, qui fera la démonstration de ses "plotter drawings" à la galerie Charlot (samedi 27 avril, de 11 à 13 heures).

©Sara Labidi

Pour sa première participation, QG Gallery, fondée en 2017 à Bruxelles, propose Georg Karl Pfahler (1926-2002), l’un des quatre Allemands représentant la RFA à la Biennale de Venise 1970. Rediscovery offre d’autres joyaux avec les Belges Guy Vandenbranden (1926-2014) chez Callewaert Vanlangendonck et une série d’autoportraits de la première heure de Liliane Vertessen (galerie Zwart Huis). Enfin, la galerie Antoine Laurentin présente le regain de la sculpture sur bois de l’après-guerre, avec les Belges Willy Anthoons (1911-1982, sculpture sur bois illustrée ci-contre), François-Xavier Goddard (1912-2006), Ferdinand Vonck (1921-2010) et André Willequet (1921-1998).

La vraie vie

Une foire ne peut s’abstraire des débats sociétaux, et c’est vrai de Solo, avec le très jeune New-yorkais Kayode Ojo, (Martos Gallery), Daniel Steegman Mangrané, Espagnol vivant au Brésil (galerie Mendes Wood) ou Jaclyn Conley et sa figuration de "l’idéal américain" (chez Maruani Mercier).

"En préparant l’édition 2019, avoue Anne Vierstraete, nous craignions de passer à côté de développements du marché. Or, nous voulons être un laboratoire des pratiques actuelles, et intégrer des modes de fonctionnement inédits. Au débotté, nous avons créé Invited, section ouverte aux galeries décalées du modèle traditionnel, avec adresse fixe et artistes représentés en permanence." Ainsi, Invited reçoit neuf galeries en mode nomade, collaboratif ou temporaire.

Kanal de perplexités

L’an dernier, Anne Vierstraete nous confiait ses craintes face à l’arrivée de Kanal sur la scène institutionnelle. Un an après, les perplexités demeurent. Le marché des foires est mondialisé et leur succès étroitement lié à la localisation, la ville et la scène artistique: "Bruxelles favorise l’interaction entre les strates géographiques et humaines de la ville. La capitale propose de nombreux espaces pour ateliers d’artistes ou galeries dans des quartiers centraux, plus accessibles qu’à Berlin, Londres, New York ou Paris."

Revers de la médaille, la scène culturelle bruxelloise, peu institutionnalisée, manque de moyens publics et d’une masse critique de visiteurs, et les institutions manquent de moyens pour la programmation, l’entretien des bâtiments, la rémunération des personnels. Depuis sa création, en 1968, Art Brussels a fortement internationalisé l’écosystème bruxellois. "Tout nouvel acteur, notamment de la taille et de l’ambition de Kanal, doit s’inscrire au même titre que le Wiels, Bozar et les Musées royaux dans une vision concertée de la scène artistique et institutionnelle bruxelloise."

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