Au LaM de Villeneuve d'Ascq, le foisonnant et engagé Kentridge

William Kentridge devant son oeuvre. A voir pour sa première rétrospective en France, au LaM de Villeneuve d’Asq, jusqu’en juillet. ©Stella Oliver

Première rétrospective du célèbre l’artiste sudafricain au LaM de Villeneuve d'Ascq, à deux pas de Lille. Un voyage sensoriel, spectaculaire et émouvant, burlesque et magique malgré la gravité de ses thèmes - Apartheid, guerre et colonisation.

Rétrospective
William Kentridge,
un poème qui n'est pas le nôtre

Note: 5/5

Du 5/2 au 5/7/20 au LaM, 59650 Villeneuve d'Ascq (France)
Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut - Lille Métropole (horaires et accès)

+33 (0)3 20 19 68 68

Jusqu’au 5 juillet 2020 "William Kentridge. Un poème qui n’est pas le nôtre" vient investir une très grande partie du LaM. Ce créateur prolifique explore avec aisance et intelligence tous les médiums qu’il dose savamment. À travers le prisme de l’histoire, Kentridge invite le visiteur à porter un regard critique sur le monde. Kentridge est né à Johannesburgh en 1955. Son père, Sidney, est célèbre pour avoir défendu Nelson Mandela lors du Treason Trial, procès historique qui vit 156 personnes membres du Congrès national africain être accusées de haute trahison par le gouvernenement sud-africain. Toute son enfance est baignée dans l’injustice de l’Apartheid et dans la violence de la répression.

Il suivra d’abord des études de sciences politiques avant de se tourner vers l’enseignement artistique. En 1981, peu convaincu par ses talents de plasticien, il s’inscrit aux cours de théâtre et de mime de Jacques Lecoq à Paris. Même s’il n’y restera qu’un an, la dramaturgie sera décisive dans son travail. "Au départ, je me voyais peintre, mais, très vite, je ne me suis pas senti à la hauteur; alors, j’ai voulu être acteur, mais là aussi, j’ai compris que je n’atteindrais jamais l’excellence", explique-t-il, rencontré sur les lieux de l’exposition

Très vite, il se recentre sur le dessin, qu’il utilise comme élément majeur de ses films d’animation. De la Biennale de Venise à la Documenta de Kassel, en passant par le Kunstmuseum de Bâle, la Tate Modern de Londres ou encore le MoMa de New York, son œuvre est désormais reconnue et multi primée internationalement.

"William Kentridge. Un poème qui n'est pas le nôtre" - teaser

Le dessin en mouvement

L’œuvre de Kentridge est essentiellement monochrome: noir sur papier blanc. Sa maitrise du dessin au fusain, son médium de prédilection, est époustouflante. Ses films d’animation, dans lesquelles il se met régulièrement en scène le présentent en train de dessiner: commencer, recommencer, modifier, répéter…. l’effacement est au cœur de son processus de création. Ce procédé, qui nécessite peu de moyens, il le nomme "l’animation du pauvre""J’aime utiliser le fusain, car il permet de changer très vite le dessin, avec un coup de torchon ou un coup de gomme.

Il n’est pas figé et laisse place à l’imprévu", indique l’artiste.Intelligemment conçue par les commissaires Sébastien Delot, directeur du LaM, et Marie-Laure Bernadac, mise en scène par la Belge Sabine Theunissen, scénographe attitrée de l’artiste, cette promenade rétrospective nous fait entrer d’emblée dans un foisonnement de métamorphoses mélangeant dessins, gravures, sculptures, films d’animation, installations vidéo, tapisseries et décors de scène. L’exposition s’articule autour de la partie centrale: l’atelier de l’artiste, là où tout naît. 

William Kentridge - "The Head & the Load"

"L’atelier est un espace clos physiquement mais aussi psychiquement, comme comme un cerveau en plus grand; la déambulation dans l’atelier est l’équivalent des idées qui tournent dans la tête", analyse Kentridge.

C’est là que le visiteur est plongé dans l’installation "7 fragments pour Georges Méliès, voyage dans la lune" (voir cette interview de Kentridge, en anglais). Composée de neuf projections simultanées, cet hommage au cinéaste est une mise en lumière du processus de création de William Kentridge et de ses trucages artisanaux.

«J’ai fait toute ma scolarité en sachant que je vivais dans une société anormale où il se passait des choses monstrueuses.»
William Kentridge
Artiste

Il y a comme de la magie dans l’air! Maîtrisant toutes les formes d’expression, l’œuvre de Kentridge est une œuvre d’art totale, voire même parfois spectaculaire: "the Refusal of Time", par exemple, est née d’une rencontre de l’artiste avec le compositeur Philip Miller et l’historien des sciences de l’université d’Harvard, Peter Galison.

Il s’interroge ici sur la notion de temps. Présentée pour la première fois à la Documenta 13 de Kassel, elle occupe ici une salle entière du LaM. Complètement immersive, tous nos sens sont sollicités comme hypnotisés par l’installation d’une étrange machine métronome où se mêlent musique, videos, danse et dessin.Chaque salle de cette exposition crée une nouvelle émotion, selon un rythme où alternent lumière et obscurité. Moments d’immersion et temps de pause visuelle.

William Kentridge, "Red Rubrics" (détail), 2011.

Un art engagé

L’œuvre de Kentridge est remplie de références à l’histoire de l’art. L’expressionnisme d’Otto Dix, le constructivisme Russe et surtout le dadaïsme et sa technique du collage. Elle fait appel à nos sens, mais elle est surtout un travail de mémoire sur l’histoire de la condition humaine et sur les dérives du pouvoir. "J’ai fait toute ma scolarité en sachant que je vivais dans une société anormale où il se passait des choses monstrueuses", se remémore l’artiste.

Par le prisme de l’histoire, William Kentridge crée un art engagé et accessible à tous en vue de faire passer avec talent un message fort. Face à "The Head & Load", l’émotion est forte devant cet hommage au 2 millions de soldats et porteurs africains morts pendant la Première Guerre mondiale. Un véritable opéra visuel et sonore dont toutes les étapes de travail sont présentées ici. "J’essaye de regarder un terrain moral sur lequel il n’y a guère de héros mais beaucoup de victimes. Un monde dans lequel la compassion ne suffit pas."

Jusqu'au 5/7/20 Au LaM de Villeneuve d'Ascq (Lille Métropole) – Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut.

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