Au Musée de la Mode, les trésors cachés se déconfinent

Une vue de l'exposition avec une scénographie façon "écrin de velours". ©Boumediene Belbachir

En ces temps de torpeur généralisée, le Musée de la Mode de Hasselt sort de sa réserve les témoins matériels de vies bien vécues. Direction sa nouvelle et superbe expo, "Dress. Code.", présentant entre autres une robe Charleston déchirée suite à de trop nombreuses danses endiablées.

Un bel exemple d’adaptabilité: lors du premier confinement, les équipes du Musée de la Mode de Hasselt ont d’abord postposé les collaborations externes, avant de se réincarner promptement en Hercule Poirot du style, prêtes à mener l’enquête in situ. L’objet de l’investigation? La vaste collection de 18.000 pièces, dans l’espoir de faire de belles découvertes. Aujourd’hui, le résultat de ce travail de fin détective est partagé avec le public, au fil de 170 vêtements et accessoires richement documentés. Intitulée "Dress. Code.", l’exposition dévoile des pièces somptueuses aux CV truculents, rassemblées selon cinq "codes" ou sections: forme, tissu, vanité, identité et histoire.

Expo

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"Dress. Code."

Modemuseum Hasselt, jusqu'au 9 mai 2021.

Cette catégorisation un brin opaque nous fait d’abord craindre un rassemblement hâtif de trouvailles aléatoires. Rien ne s’avère plus faux: libéré de la cadence chronologique classique, le parcours ponctué de comparaisons ingénieuses et de digressions savoureuses séduit dès le rideau d’entrée écarté. Avec une scénographie façon écrin de velours et la prolifération de micro-récits révélateurs, on salue l’arsenal de délicatesse déployé à Hasselt. L’équivalent muséal de la démarche d’un Reynolds Woodcock quand il coud des messages cachés à l’intérieur de ses créations dans "Phantom Thread", le chef-d’œuvre cinématographique de Paul Thomas Anderson.

L’abandon du corset nous fait soupirer de soulagement dans notre sweat, même si sa sœur la crinoline aurait eu son petit effet pour maintenir la distanciation sociale dans la file du Colruyt.

Dès les premières salles, l’approche transhistorique fait mouche, quand un haut sans manches du créateur limbourgeois Martin Margiela de 1997 – en réalité, un buste Stockman savamment évidé – se voit encerclé de corsets, de crinolines et de tournures du XIXe siècle. On apprend que jadis, la taille féminine se retrouvait étranglée par des baleines en métal jusqu’à être réduite à 54 cm de pourtour. L’abandon du corset nous fait soupirer de soulagement dans notre sweat, même si sa sœur la crinoline aurait eu son petit effet pour maintenir la distanciation sociale dans la file du Colruyt.

La puissance de l’histoire cachée

Au passage d’une combinaison élégante, on sursaute quand celle-ci nous adresse tout d’un coup la parole. Un capteur de mouvement au plafond transmet notre présence à la tenue qui entame son récit: "Après son mariage, elle ne m’a plus jamais portée, mais elle m’a conservée pour sa fille…". La puissance de l’histoire cachée se manifeste aussi dans une paire de petits souliers bleus au cuir fortement abîmé, mais à la semelle immaculée. Le cartel nous explique qu’au nom de l’élégance, la femme qui les a portés s’est soumise avec zèle au carcan de la chaussure trop serrée, sans jamais quitter la cage dorée de la domesticité.

Quand l’incontrôlabilité de la vie s’affirme, il ne reste plus qu’à se résoudre à l’imperfection qui s’installe, et à en tirer le meilleur parti quand l’envie nous en prend.

Dans l’exposition, on s’attarde volontiers sur ces témoins matériels usés par le temps ou les petits accidents. Voilà un ensemble décousu et réassemblé suite à une tache malheureuse, une tenue en jacquard éclaboussée de peinture lors d’un défilé A.F. Vandevorst, des sandales en PVC à la surface déformée et décolorée par les années. Quand l’incontrôlabilité de la vie s’affirme, il ne reste plus qu’à se résoudre à l’imperfection qui s’installe, et à en tirer le meilleur parti quand l’envie nous en prend.

La pièce qui illustre ce propos avec le plus de grâce? Une magnifique robe drapée écrue, constituée de restes d’un parachute ayant servi lors du débarquement en Normandie en 1944. La preuve en textile qu’une crise ne sait brider une de nos plus belles alliées: l’inventivité.

Robe constituée de restes de parachute ayant servi lors du débarquement en Normandie. ©Modemuseum Hasselt / Frank Gielen

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