Au Volkskundemuseum de Bruges, Dolly Parton se glisse parmi les ex-voto

Pieter Chanterie expose au Volksmuseum de Bruges. ©Sarah Bauwens

À Bruges, le jeune artiste Pieter Chanterie impressionne par ses interventions audacieuses au Volkskundemuseum, mettant en scène la vie quotidienne des XIXᵉ et XXᵉ siècles à travers des décors et objets de jadis.

Que se passe-t-il quand un artiste est invité à exposer dans un musée de la vie populaire, saturé d’objets d’antan et d’artisans en cire? Rêve-t-il de white cube la nuit ou parvient-il à composer avec les lieux chargés? Deuxième cas de figure pour Pieter Chanterie, 24 ans, qui investit avec brio le Volkskundemuseum, petit Bokrijk en plein cœur de Bruges. La preuve qu’une rencontre transhistorique entre art et artisanat peut provoquer des étincelles.

Dès la première salle du musée, une ancienne salle de classe reconstituée, Chanterie fait souffler un vent nouveau sur les pupitres et plumiers. Placée sur une vitrine avec des souvenirs d’écoliers, une petite peinture figurative introduit sa pratique. Dans ses huiles sur bois à dimensions réduites, l’artiste ressuscite des formes historiques: icône, miniature, enluminure médiévale… S’il emprunte au vocabulaire du passé – le jeune Flamand vénère Giotto et Fra Angelico –, c’est pour le rafraîchir à coups de paillettes et de pop culture, autant d’allusions à l’obsession contemporaine de la performance.

L’artiste recherche constamment la troisième dimension, en choisissant un support en bois épais pour ses saynètes et en explorant diverses techniques pour approfondir l’image.

La première œuvre est un bel exemple de ce syncrétisme. La préciosité, le trait naïf et l’absence de perspective renvoient à l’art primitif, mais quelques détails trahissent la patte postmoderne de Chanterie. Ainsi, le personnage hiératique central se retrouve encerclé de mains flottantes qui surgissent de nulle part, brandissant peigne et bombe de laque pour le coiffer. Comme si les petites mains de L’Oréal cherchaient à convaincre un influenceur du miracle fixateur d’Elnett en l’an 1300.

"The bigger the hair, the closer to God"

Les œuvres de Pieter Chanterie ponctuent le parcours muséal, se fondant parfois si bien dans le décor – de la pharmacie old school à la confiserie – qu’il faut être attentif pour les découvrir. Dans la cordonnerie, parmi les souliers usés, l’artiste a déposé un panneau miniature figurant un pied nu à la chair bouillonnante, façon Francis Bacon. Plus loin, la salle des objets de dévotion accueille un retable de sa main, ainsi qu’une petite icône 3D de Dolly Parton, placée au centre d’une vitrine remplie d’ex-voto. Titre de l’œuvre: "The bigger the hair, the closer to God", clin d’œil à la coiffure bombée de la déesse de la country.

L’icône Dolly Parton entourée d’offrandes matérielles historiques. ©Sarah Bauwens

"The bigger the hair, the closer to God", représentant Dolly Parton. ©Sarah Bauwens

Le dialogue avec la collection du musée se savoure quand Chanterie sème le trouble dans les vitrines en y orchestrant des rencontres imprévues, mais aussi lorsqu’il présente des peintures d’objets usuels, répondant aux artefacts disposés dans les salles. Exemple, un minuscule volet de retable figurant une casserole et un tabouret, traités avec la simplification apparente et la palette vive d’un Walter Swennen. Outre les rapprochements iconographiques qu’elles articulent, les propositions de Chanterie s’intègrent à merveille parmi les objets de par leur matérialité. L’artiste recherche constamment la troisième dimension, en choisissant un support en bois épais pour ses saynètes et en explorant diverses techniques pour approfondir l’image, du bas-relief au collage. Petits travaux précieux dans un espace parfois considéré comme poussiéreux, les réalisations de Pieter Chanterie s’impriment sur la rétine.

Si le livret de l’exposition est d’une poésie folle, il ne révèle rien sur la démarche in situ de l’artiste.

Seul regret: on aurait aimé saisir davantage son cheminement au Volkskundemuseum, les choix qu’il a effectués, quelles créations ont pris forme suite à la rencontre avec la collection. Si le livret de l’exposition est d’une poésie folle – un mini-carnet de croquis collector à ramener chez soi –, il ne révèle rien sur la démarche in situ de l’artiste. Ce dernier préfère peut-être laisser parler ses œuvres dans ce lieu d’exposition folklorique et atypique, qui se mue en habitat naturel au fil de ses interventions délicates.

Présentation de l'exposition avec Pieter Chanterie (en néerlandais)

Exposition

Pieter Chanterie: "Four-poster bed in the star lounge"

Volkskundemuseum, Bruges, jusqu’au 13 juin 2021.

Note de L'Echo: 4/5

L'exposition de Pieter Chanterie fait partie du programme "Mind the Artist", lancé par Musea Brugge, visant à "offrir durant un peu plus d’un an un forum à des artistes belges fortement affectés par la crise du coronavirus. Jusqu'au début de l'année 2022, sept artistes se voient offrir l’opportunité unique d'élaborer un projet toujours lié à la collection du musée."

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