Au Wiels, l'esthétique du déchet selon Gabriel Kuri

Avec "Untitled (stages in an event line)" (2019), Kuri agrandit et relie de modestes clips, le plus souvent utilisé́s pour sceller des sacs de pain. ©doc

Le Wiels, à Bruxelles, consacre à ce plasticien mexicain sa première exposition à Bruxelles où il vit depuis 2003. Quelque 60 œuvres, dont certaines réalisées spécifiquement pour l’occasion, imposent une esthétique du tri et portent un regard poétique et critique sur le consumérisme.

Le travail de Gabriel Kuri (°1970) – qui se désigne lui-même comme un "sélectionneur" – rassemble diverses techniques – sculptures, installations, collages – et recycle un vaste vocabulaire d’objets: détritus, résidus d’interactions humaines (canettes, bouteilles en plastiques, tickets de caisse,…) de même que des objets naturels (pierres, coquillages). Son imaginaire poétique, riche en détournements et hybridations, avoisine le surréalisme.

Pour cette exposition, le choix s’est porté sur les œuvres créées par Kuri depuis son installation en Belgique. L’approche est basée sur les matériaux utilisés – métal, plastique, papier, matériaux de construction – et sur le principe du tri. Ainsi que l’explique la curatrice, Zoë Gray: "Le recyclage, une activité initialement promue pour contrebalancer la consommation à outrance, est devenue un autre courant du capitalisme, corollaire d’une économie circulaire qui proclame haut et fort que le déchet n’existe pas. Comment agir en tant qu’artiste – et créateur d’objets en particulier? Pour Gabriel Kuri, la réponse est en triant. Et en retriant."

Exposition
"Gabriel Kuri: sorted, resorted"

Note: 4/5

Zoë Gray, commissaire

Jusqu’au 5/1/2020: www.wiels.org

Kuri aime à explorer les propriétés physiques et la vie utilitaire antécédente des choses. Matériaux et matérialité sont au cœur de ses recherches plastiques. Dans ses réappropriations artistiques des objets, il rend palpable, de manière poétique et parfois humoristique, le monde standardisé de la surproduction, de la surconsommation et donc des déchets, à la croisée des questions économiques et écologiques.

Odeur nauséabonde

Dans la première salle, par exemple, l’immense installation "Donation box" (2010-2019) frappe par son odeur nauséabonde: un immense paysage de sable où s’enfoncent des centaines de mégots de cigarettes (objets achetés dont la valeur a été consumée) et où ont également été jetées d’innombrables pièces de monnaie. Ambiguë, l’œuvre évoque aussi bien une plage en fin de journée qu’un lieu d’offrandes.

"Le recyclage est devenu un autre courant du capitalisme. La réponse de Gabriel Kuri, c’est trier, et retrier."
Zoë Gray
Commissaire

Au fil du parcours, on croise des poubelles noires et vides, des isoloirs, des tableaux d’affichage, des couvertures de survie, un réfrigérateur, des billets de banque dans des gobelets jetables, des sachets de sel et de poivre, un grand nombre de tickets et de reçus – y compris sous forme de gigantesques tapisseries –, des pics anti-pigeons ou encore des sacs plastiques gonflés au ventilateur et affichant "Thank you".

Kuri aborde la sculpture de manière originale, multipliant les clins d’yeux à l’histoire de l’art – Marcel Broodthaers, l’art minimaliste ou encore l’Arte Povera. Une œuvre dont le moteur réside, selon Kuri, "dans la tentative de comprendre le monde matériel". Avec un sens inné de la poésie.

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