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Avant les Kardashian, il y avait les Francken

Frans II Francken, "Tomyris". ©Musée des Beaux-Arts de Dijon/François Jay

Au Musée de Flandre à Cassel (France), on découvre les tableaux d’une ancienne dynastie anversoise, qui maîtrisait le pinceau plutôt que le post Instagram.

Cet été, après 20 saisons de téléréalité, on a pris congé de "L’Incroyable Famille Kardashian". Et on a déniché un clan se transmettant la maîtrise artistique plutôt que le maquillage: la famille de peintres Francken, basée non pas à Los Angeles, mais à Anvers, depuis le XVIe siècle. Ce n’est pas dans les méandres de Netflix qu’on peut espérer croiser ces contemporains de Rubens. Direction plutôt le Mont Cassel pour se rendre au Musée de Flandre, la première institution à leur consacrer une exposition.

Notre visite débute avec la présentation de la dynastie. Le pater familias s’appelle Nicolaes, un peintre dont on ne sait pas grand-chose, à part qu’il est né à Herentals vers 1520. Comme chez les Kardashian, c’est la progéniture qui va rendre la famille célèbre. La différence étant que les enfants prodiges ne se prénomment pas Kourtney, Kim et Khloé, mais Ambrosius, Frans et Hieronymus, trois frères qui suent devant des tableaux plutôt que sur les réseaux sociaux. Les premiers murs de l’expo révèlent le fruit de leur labeur: de grands retables aux sujets religieux, commandés par des églises et des corporations.

Les fils Francken combinent des caractéristiques flamandes, comme le rendu expressif des visages, avec un penchant italianisant, qui se traduit par une palette vive et une certaine théâtralité.

Formés par leur père et le "Raphaël flamand" Frans Floris, les fils Francken combinent des caractéristiques flamandes, comme le rendu expressif des visages, avec un penchant italianisant, qui se traduit par une palette vive et une certaine théâtralité. On remarque que les frères glissent souvent leur autoportrait parmi les figures, de quoi se livrer à une partie de "Cherchez Charlie". Un indice: dans "L’Adoration des bergers" de 1585, Hieronymus s’est représenté parmi la foule avec un agneau sous le bras. Guettez le bêlement de l’animal, et vous trouverez l’artiste.

Le "Triptyque des maîtres d'ecole", de Frans I Francken, se trouve dans la cathédrale d'Anvers.

Frans II, influenceur avant l’heure

Si la première génération de frères Francken est déjà renommée – notre berger Hieronymus deviendra peintre de cour à Paris, Frans se fera peindre par Rubens (un portrait d’une vitalité éclatante, présent dans l’expo), Ambrosius collaborera à une prestigieuse bible illustrée –, c’est le fils de Frans qui va faire exploser l’audimat. Le petit plus de Frans II? Son inventivité, pas tant au niveau des prénoms – il appellera son premier fils Frans III – mais dans le choix de ses sujets.

Au début du XVIIe siècle, en plus de renouveler la représentation du sabbat des sorcières, il invente le genre pictural du cabinet d’amateur, l’étalage d’une collection souvent fictive de curiosités et de peintures.

À travers l’art des Francken, c’est l’évolution de toute une production qui est mise en lumière.

Frans II s’imposera comme un pictor doctus aux références classiques et raffinées. La preuve avec son huile sur cuivre "Tomyris" (1621), sujet rarissime emprunté à Hérodote, une histoire de décapitation sensiblement moins en vogue que celle de Saint Jean-Baptiste ou Holopherne. Frans II parvient à inscrire la présentation de la tête de Cyrus à la reine Tomyris dans la préciosité, en misant sur la surenchère d’étoffes chatoyantes, la minutie des expressions et la délicatesse des mouvements. Face à l’offrande morbide, l’impassible Tomyris affiche un subtil déhanchement: soit notre peintre érudit regarde comme ses ancêtres vers l’Italie, en empruntant aux maniéristes leur figure serpentine, soit il fait danser sa reine cruelle sur "Hips Don’t Lie" de Shakira.

Frans II Francken, "Tomyris". ©Musée des Beaux-Arts de Dijon/François Jay

À travers l’art des Francken, c’est l’évolution de toute une production qui est mise en lumière: le passage du grand au petit format, la naissance de nouveaux genres, les conditions changeantes de la création, souvent entreprise en collaboration. Une expo ambitieuse, et réussie: La Sagrada Familia flandrienne des Francken amène le musée de Cassel vers de nouveaux sommets.

“La Dynastie Francken”

Jusqu’au 2 janvier 2022.

Musée de Flandre à Cassel en Hauts-de-France.

Note de L'Echo:

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