Publicité
Publicité

Avec “Poes”, l’Yper Museum se fait les griffes

Chat alors, une expo autour des félins! ©Yper Museum

Par son exploration de nos rapports complexes aux chats, cette expo incisive met en lumière la force obscure de notre imagination.

"Ceci n’est pas une exposition sur les chats." Une affirmation magrittienne ouvre l’expo "Poes" ("Minou") à l’Yper Museum, en Flandre-Occidentale. Surréalisme oblige, à l’abord, on se retrouve pourtant bien en tête-à-tête avec le félin. Les premières vitrines nous le montrent plastiné, empaillé, disséqué, en coupe transversale, puis longitudinale… Une entrée en matière brutale, qui a le mérite de conclure d’emblée la leçon de biologie, pour laisser place au véritable propos de l’expo: notre relation avec le chat, nourrie par tout ce que notre fantaisie a projeté sur la boule de poils au fil des années. Spoiler, cela fait surtout ressortir la bestialité de l’être humain, la cruauté émergeant aussi de la capacité à idéaliser.

L'exposition présente neuf sections, pour les neuf vies légendaires du chat.

Au cœur des Halles aux draps, "Poes" expose notre rapport au félin en tant qu’animal et perçu comme dieu, diable, muse, femme, ami, collègue, VIP (pour "Very Important Puss") et enfin – la touche locale – icône d’Ypres. Neuf sections pour les neuf vies légendaires du chat, présentant des recherches scientifiques et historiques, des objets de toutes sortes (du porte-bonheur japonais "maneki-neko" à une trousse figurant le "chat-muse" de feu Karl Lagerfeld), des œuvres d’art originales (Teniers, Foujita, Raveel) et des reproductions digitales (sur un écran, l’"Olympia" de Manet et le chat noir hérissé à ses pieds).

Satan à quatre pattes

Le premier thème abordé est l’adoration du chat, déjà pratiquée à l’Antiquité. Les Égyptiens prêtaient une apparence féline à leur déesse Bastet, parvenue jusqu’à nous sous la forme de statuettes en bronze et en terre cuite. Cette vénération n’avait pas que du bon, puisqu’elle impliquait aussi le sacrifice de chats momifiés. Au chat "dieu" répondra le chat "diable" du christianisme, magnifiquement mis en scène par Goya dans une gravure figurant une séance de sorcellerie présidée par des minous maléfiques. On est moins admiratif devant la méfiance médiévale de ceux qui n’hésitaient pas à brûler vivant ce "Satan à quatre pattes", ou à le jeter du beffroi, barbarie pratiquée à Ypres jusqu’en 1817.

Là où il y a le mal, la femme n’est pas loin. Avec le chat, elle partagerait sa sensualité – bonjour l’objectivation sexuelle, qu’on retrouve notamment sur la pochette d’un vinyle du groupe The Pussywarmers – mais aussi le côté sournois et volage. Une section qui nous conforte dans notre féminisme et donne envie de revoir "Cat People" de Jacques Tourneur, excellent film en plein dans le mille.

Le chapitre suivant de l’expo dévoile le félin comme source d’inspiration artistique, avec le cas remarquable d’Henriëtte Ronner-Knip. Célèbre peintre de "chatons mignons", elle les plaçait dans une vitrine spécialement altérée pour les observer, montrée ici à côté de ses tableaux. Se succèdent alors le chat comme compagnon ou employé de l’homme, comme objet d’obsession et de collection, et enfin, comme mascotte d’Ypres, qui accueille la parade du "Kattenstoet". À ce jour, on jette toujours des peluches à leur effigie de la tour, version "soft" d’une tradition ancestrale qui, comme cette expo, révèle les remous de la psyché humaine.

Expo

"Poes", Yper Museum, à Ypres, jusqu’au 16 janvier 2022

Plus d’infos sur www.ypermuseum.be/minou

Note de L'Echo: 4/5

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés