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Back to the future

Nicolas Rubinstein, série "Mickey is also a rat" Micky fucky, 2010 ©(c) Fabrice Bertin Maghit

La passionnante expo rétro du Musée de Mariemont nous immerge dans notre passé futuriste. À moins que ce ne soit un futur passéiste? Décodage.

Quelle bonne idée! Pour mieux s’interroger sur notre futur, le Musée royal de Mariemont (Morlanwez) convoque l’avenir, mais… tel qu’il était pensé dans le passé. Pour ce faire, pas besoin d’en appeler aux grands philosophes, ni aux monstres sacrés, mais bien à la culture populaire – dans la plus noble acceptation du terme.

L’exposition propose donc un parcours ludique, où chacun est invité à se replonger dans sa propre histoire. La Madeleine de Proust, ici, ce ne sera pas seulement un objet, un goût, une image retrouvée, c’est le visiteur lui-même qui, immergé, se teinte de réminiscences comme la célèbre madeleine se teintait de thé. Car c’est une avalanche de sens, en arborescence, qui nous est proposée, pour nous souvenir de ce que nous espérions des années 2000, 2010, et au-delà. De ce que nous avions projeté et, partant, de ce que nous sommes encore en mesure d’espérer…

Parce que tout ce qui nous arrive avait été prédit, écrit et commenté par les générations passées, bien évidemment. Jules Verne avait prévu le voyage sur la lune, les sous-marins, la guerre mondiale et l’énergie atomique. L’extinction de l’espèce, aujourd’hui confirmée par la science d’une voix unanime, est annoncée depuis la fin du dix-neuvième siècle par de très nombreux dystopistes. Et même les dessins animés et autres comics books avaient raison sur plus d’un point.

Espérer le meilleur 

Alors qu’est-ce qui titillera votre imaginaire? Ce Mickey à moitié squelette qui vous fait un doigt d’honneur? Cette "Peau d’âne" raccrochée à une patère? Ces ordinateurs empilés qui fonctionnent comme autant de miroirs?

Au milieu de ces images de cauchemar, il en est d’autres, heureusement, qui fonctionnent comme autant de rêves éveillés. Car se pencher sur l’avenir, ce n’est pas seulement être un oiseau de mauvais augure en prévoyant le pire, mais aussi être un utopiste actif en espérant le meilleur. C’est ce que fait Luc Schuiten, avec ses villes-jardins et autres cités végétales. Et il n’est pas le seul à avoir été sollicité pour la cause.

Toute une série d’artistes, belges et étrangers, ont été mis à contribution par le curateur Sofiane Laghouati, afin d’éclairer le propos par la richesse de visions artistiques successives. Citons Clara Marciano, dont les maquettes peuplées d’animaux anthropomorphes mettent en scène la fin de l’espèce, dans des carnages à la Tarantino. Et qui nous propose également de grandes fresques au crayon, dont les détails sont autant d’invitation à spéculer, et dont le titre ("Tritptyque des anciens continents") est à lui seul un vaste programme.

Goldorak et Astro Boy sont bien évidemment du voyage. Tout comme les maquettes organico-métalliques de François Wagner, dans un style qui rappelle le meilleur steam punk, ou celles de Fred Biesmans, qui proposent des villes-mondes à construire; ou pas.

L’invitation au voyage

En fait, c’est à une approche transversale qu’on nous invite, une proposition qui va plus vers la compréhension, la sensation,le sens, que vers un contenu exhaustif. Tel est d’ailleurs le crédo du Musée de Mariemont, et ce depuis plusieurs décennies: une invitation au voyage.

Maquettes, fresques, dessins, extraits de films, planches de bande dessinée, tout est convoqué, comme si on avait exhumé un immense coffre aux jouets. Une bande-son de l’expo est d’ailleurs proposée (via différentes plateformes), soit pour accompagner la visite, soit pour en reconvoquer les images une fois rentré dans ses pénates…

Au final, l’impression laissée est étrange, profonde. Sont-ce ici des traces de notre passage? Les humains rassemblés à Mariemont éprouveront peut-être aussi comme un vertige, celui… d’avoir déjà disparu. Mais le visiteur pourra également espérer trouver une échappatoire à ce pénible futur qu’on nous promet, programmé en forme d’extinction de masse… Oui, une certaine liberté point aussi à l’horizon, celle où l’on se dit, comme l’ont fait les artistes d’hier et d’aujourd’hui, que tout sera bientôt à réinventer.

Exposition

♥ ♥ ♥ ♥

«Bye Bye Future,
l’art de voyager dans le temps»

Commissaire: Sofiane Laghouati (Musée royal de Mariemont). Scénographie:
Luc Schuiten et Sébastien Faye.

Jusqu’au 24/5, à Morlanwez: www.musee-mariemont.be 

Tout ce qui nous arrive avait été prédit, écrit et commenté par les générations passées, bien évidemment.

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