Banksy à la Grand-Place, ange ou démon?

Banksy, inspiré par la bourgeoisie. ©Prezat Denis/Avenir Pictures/ABACA

Sa faculté à se rendre insaisissable irrite. Mais l’expo itinérante installée Grand-Place, à Bruxelles, donne prodigieusement à voir, en réalités tangibles et virtuelles, le talent polymorphe du plus énigmatique street artist de la planète.

En 1998, quand il n’était encore qu’un jeune pochoiriste obscur, Banksy a confié à son ami photographe Steve Lazarides le soin de le mitrailler au travail, dans les rues de sa Bristol natale. Il en est résulté une série de portraits «en rébus», où l’artiste, bombes en main mais jamais reconnaissable, livre avec avarice quelques indices sur sa singulière personne – plutôt débraillée, à la peau pâle et la chevelure châtain. Comme pour sceller d’entrée de jeu l’agaçant secret, ces clichés ouvrent l’expo consacrée à l’univers iconoclaste et multiforme du célèbre graffeur, dont l’identité reste nébuleuse.

Un Britannique blanc, né au début des années 70? «Ce n’est peut-être qu’une hypothèse», assure le guide Michel Duponcelle, «car un figurant aurait pu prendre sa place sur ces images». De nos jours, les spécialistes se demandent d’ailleurs si Banksy ne serait pas un consortium de créateurs, ou, à tout le moins, un chef d’entreprise poète, anarchiste et plein d’humour, entouré de disciples zélés chargés de multiplier ses œuvres à l’infini.

Ce n’est certes pas cet accrochage qui lèvera le mystère: comme toutes les expos précédentes, celle-ci n’a pas été approuvée par le maître – elle n’a même pas été autorisée par lui. Mais si «Banksy, genius or vandal?» est bien un produit commercial international (Bruxelles constitue sa 17e escale, avant Los Angeles et New-York, à la fin de l’été), il déploie une qualité graphique et une pédagogie irréprochables, qui feraient presque oublier que ses concepteurs tirent de plantureux bénéfices (la billetterie est déjà prise d’assaut) au départ du génie (non rétribué) d’un artiste aux messages profondément anticapitalistes et anticonsuméristes. Ironie du sort: l’expo est installée dans les trois opulentes Maisons des archers, bateliers et merciers sises Grand-Place, ex-siège de la banque CBC…

BANKSY: An Unauthorized Exhibition - Bruxelles (FR)

Habitat naturel

Ce qu’on y découvre? Des installations, des vidéos et des photos qui plongent au plus profond de l’âme, resituées dans leur contexte historique et, grâce à la technologie multimédia, quasiment dans leur «habitat naturel». Certaines de ces œuvres éphémères n’existent d’ailleurs plus, ayant été effacées par les autorités ou recouvertes par de vilains jaloux (dans le langage urbain, on appelle crûment ces surpeints des «toys», pour «tag over your shit»…)

On y trouve aussi, parfois descellées du mur qui les portait, et classées par thèmes, une septantaine d’œuvres authentifiées prêtées par des collectionneurs privés du monde entier, dont un iconique «Fallen Angel» exsudant tristesse et désespoir. À voir également: l’atelier reconstitué du peintre, tel qu’il apparaît dans le documentaire «Exit through the gift shop» (2010), qui contient l’une des rares interviews (mais à visage masqué et voix altérée) de Banksy. Enfin, chaussez vos lunettes. Une longue séquence de réalité virtuelle vous emmène à la source de l’inspiration du créateur, qui reste un grand ami des singes, des rats et des soldats qui désertent, dans un dédale de ruelles humides et d’entrepôts désaffectés du sud-ouest de l’Angleterre.

Provocateur ou rebelle, Banksy? Une chose est sûre, vous ne l’aurez jamais vu d’aussi près…

Immersif

«Banksy, genius or vandal?»
Alexander Nachkebiya, commissaire

Jusqu’en septembre 2021, 5, Grand-Place, à Bruxelles.

Info sur banksyexpo.com

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