Banksy, entre le Profane et le Sacré

Le triptyque "Flower Thrower" exposé à la galerie Deodato Art. ©Photo News

Artiste emblématique du street art, universellement connu, Banksy reste anonyme. Il est à Bruxelles avec 17 œuvres, grâce à une nouvelle galerie d’origine italienne, Deodato Art.

Deodato Salafia est un galeriste et marchand débordant d’énergie, déjà établi en Italie avec deux galeries, dont une à Lugano, sa ville de résidence. Épaulé par Marzia Pasqualone, il a ouvert en septembre son adresse bruxelloise. Après les vicissitudes covidiennes de la fin de l’année 2020, le duo inaugure les lieux avec l’exposition de 17 œuvres de Banksy, séries numérotées ou pièces uniques, presque toutes remarquables, qui s’échelonnent de 2003 à 2020.

Deodato Salafia ©BELGA

Contrairement à l’exposition à Strokar en 2018, non autorisée, qui s’était conclue prématurément sur des saisies, celle de Deodato Art porte le label "Pest control". La formulation ne manque pas d’ironie, en cette période sanitaire, mais c’est ainsi que Banksy et son entourage ont nommé le dispositif de certification de ses pièces, instauré en 2008.

Lui-même collectionneur de longue date de Banksy, Deodato Salafia le découvre en 2007 en regardant un reportage au petit-déjeuner. Le premier réflexe de ce créateur de sociétés informatiques? Déposer un nom de domaine "Banksy.it"… Deodato expose ici des œuvres émanant presque toutes du Royaume-Uni et qu’il a pu se procurer auprès de cet entourage.

L’acronyme POW renvoie à Pictures on wall (ou images murales), nom du collectif, qui entendait se libérer de "siècles d’emprise de l’art officiel".

C’est notamment le cas du rare triptyque "Flower Thrower", où un manifestant masqué en position de lanceur de cocktail molotov, lance un bouquet de fleurs — un jeu de langage et d’image autour de "flamethrower" (lance-flammes) et du "Flower Power". Deodato l’expose ici pour la première fois dans ses cadres d’origine, toujours kitsch chez Banksy.

Tête de mort

À côté de pièces archiconnues, retenons deux d’entre elles, au caractère plus insolite: "POW" et "Toxic Mary". Pour la première, qui appartient en un sens à sa veine dite Profane, le titre a une histoire: autour de Banksy, en 2003, un collectif d’artistes, sous l’emblème du drapeau à tête de mort des pirates, s’intitule POW, acronyme qui signifie en anglais prisonnier de guerre. Ici, l’acronyme renvoie à Pictures on wall (ou images murales), nom du collectif, qui entendait se libérer de "siècles d’emprise de l’art officiel". POW s’est dissout en 2017.

"Toxic Mary" est l’une des rares images de Banksy où le tragique domine, sans aucun retournement ironique.

Le principe de ces œuvres consiste notamment à recourir aux techniques du gaufrage ou de l’embossage. Ici, c’est presque un monochrome, répétition du pictogramme POW à tête de mort sur papier de soie, qui se distingue du reste de l’exposition: il s’agit d’une œuvre qui n’en est pas une, puisque c’est le papier d’emballage qui protégeait les sérigraphies.

Le papier d'emballage "POW", exposé à la galerie Deodato Art (Bruxelles) ©Emanuele Scileri

Quant à la seconde, "Toxic Mary" (sérigraphie sur papier, 2003-2004), elle s’inscrit dans le versant du Sacré. Également apparu en 2003 lors de l’exposition Turf War dans un entrepôt londonien, le sujet détourne la figure traditionnelle de la Vierge à l’enfant. Cette madone qui administre un biberon frappé du logo à tête de mort empoisonne et tue l’enfant Jésus. L’encre noire qui compose le voile de la Vierge dans lequel est emmailloté l’enfant dégouline en coulures verticales, comme si la mutation chimique provoquée par le biberon de poison émanait de tout le corps de la madone. C’est l’une des rares images de Banksy où le tragique domine, sans aucun retournement ironique.

"Toxic Mary", exposée à la galerie Deodato Art (Bruxelles) ©Emanuele Scileri

Nouveau record

Mardi, un Banksy s’est vendu, chez Christie’s à Londres, à 16,75 millions de livres (19, 45 millions d’euros), nouveau record de prix. Mettant les soignants à l’honneur, "Game Changer" représente un enfant agenouillé jouant avec une figurine d’infirmière en "super-héroïne". Elle était apparue sur un mur de l’hôpital de Southampton, en Angleterre, en mai 2020, en pleine première vague de Covid-19. La somme sera reversée au NHS, le service de santé publique britannique.

Exposition

"Banksy. The Brussels Show"

Galerie Deodato Art, Bruxelles, du 25 mars au 22 mai.

Note de L'Echo: 4/5

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