"Be Modern" | Le siècle magistral (et belge) des Musées Royaux

"L’homme des nuages", du peintre belge Frits van den Berghe ©© RMFAB, Brussels © MRBAB, Bruxelles © KMSKB, Brussel

Avec "Be Modern", les Musées Royaux des Beaux-Arts révèlent (ou rappellent) la place cardinale de l’art belge au XXe siècle.

L'exposition "Be Modern" repose sur un trépied – ligne, couleur, matière – qui inspire les trois thèmes de l’exposition: "l’émancipation de la ligne et de la couleur et l’évolution vers un langage plastique abstrait", "la libre utilisation des matériaux et le rôle changeant de l’objet", et enfin, plus largement, "les rapports entre l’être et le monde" et leur cortège de questions existentielles.

Expo

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Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique

Du 2 octobre 2020 au 24 janvier 2021

Pour Francisca Vandepitte, conservatrice de l’art moderne aux Musées, "Be Modern" offre ainsi un prélèvement vaste et équilibré de la collection des XXe et XXIe siècles. Inga Rossi-Schrimpf, conservatrice des œuvres sur papier, rappelle que "l’art sur papier révèle la face la plus visible des bouleversements artistiques de la période".

"Be Modern" se déploie entre deux frontières: l’entrée dans le XXe siècle, qui débute dans la dernière décennie du XIXe, et, à l’autre extrémité, le moment où l’art moderne devient contemporain, qui se situe en 1968, "moment-charnière par excellence dans l’histoire culturelle" du siècle, année symbolique de la mort de Marcel Duchamp. Le parcours, plus sensitif que chronologique, s’ouvre sur le rapport de la nature et de la culture et la liberté des matériaux avec le monumental "Utah Circle" de Richard Long, flanqué du fusain sur papier de "Pyramid in the Sticks" de David Nash. "Ces œuvres brisent les limites" et aspirent à jouer librement des moyens plastiques.

"Utah Circle", Richard Long ©© SABAM Belgium / DACS, Londres

Cette tension est perceptible dès 1917 avec l’étonnant "Avec les Comètes" de Paul Klee, qui mêle des images reconnaissables (demi-lune, soleil, maison, comète), et des éléments abstraits et le jeu avec les matériaux. "Ce rapport bouge sans cesse, tout au long du siècle", souligne Inga Rossi-Schrimpf.

"Be Modern" se déploie entre deux frontières: l’entrée dans le XXe siècle, qui débute dans la dernière décennie du XIXe, et, à l’autre extrémité, le moment où l’art moderne devient contemporain, qui se situe en 1968.

Magie belge

La collection des musées, entamée en 1928, atteint sa dimension internationale dans les années 1960, avec Max Ernst, Henry Moore, Francis Bacon (son "Pape aux hiboux" vibrant et sépulcral), Hans Hartung ou Otto Dix (la beauté virulente des "Deux Enfants" de 1921).

"Pape aux hiboux", Francis Bacon ©© RMFAB, Brussels © MRBAB, Bruxelles © KMSKB, Brussel

L’exposition nous dit aussi que l’avant-garde précoce en Belgique éclot à d’autres moments qu’en France ou en Allemagne. Les trésors belges ont ici une place de choix: les lumineuses "Verreries", huile de Marthe Donas, première représentante de l’abstraction en Belgique, qui dut longtemps créer sous pseudonymes (Tour d’Onasky ou Tour Donas) pour dissimuler son sexe… Autre (re)découverte: "L’Homme des nuages", bouleversant chef d’œuvre de la période prolifique de Frits van den Berghe, "réalisme magique", insiste Inga Rossi-Schimpf, d’un accouplement du surréalisme et de l’expressionnisme, sorte de "psychanalyse picturale qui met en image l’état mental du peintre et sa position artistique". Il faut citer enfin le "Traduire la lumière", peinture partagée d’Englebert Van Anderlecht & Jean Dypréau (1959), ou le "Fonction", de Georges Vantongerloo (1938).

Trois question à Michel Draguet, directeur des Musées Royaux des Beaux-Arts

Depuis la réouverture, quelle est la situation?

Fermer est "facile", rouvrir, plus compliqué. Les touristes (60% de nos visiteurs) ne reviennent pas. Les 40% restants, plus âgés, sont à risque, et seuls 10% reviennent: 80 à 100 visiteurs par jour au musée d’Art ancien, 180 en semaine au musée Magritte, 600 le week-end. En temps normal? 3000! La perte est de 90%. Or, nous comptons à 55% sur nos recettes propres et la normalisation économique n’est prévue que fin 2022. Et nos missions s’alourdissent: la baisse des recettes empêche de renouveler certains contrats, et les règles Covid accroissent la charge de travail.

L’offre virtuelle a-t-elle un modèle économique?

Tirons parti de la crise: le public consomme la culture autrement. Le musée se dédoublera, physique et virtuel: ainsi, un logiciel interactif permettra à chacun de modifier l’accrochage d’une exposition.

Il n’y a pas (encore) de recettes virtuelles. Ce peut être un modèle d’abonnement de type Qobuz (service de streaming et de téléchargement musical français, NDLR), avec risque de marchandisation et de cassure sociale: chacun n’a pas accès au numérique. Les contenus de "première nécessité" restent libres de droits. Or, les œuvres exposées le sont, mais plus sur internet. Pourtant, les œuvres sont de moins en moins dans la propriété et plus dans l’usage.

Les bâtiments seront-ils modernisés?

La phase "4C" de restauration (électricité, climatisation, toiture) des extensions et réserves, chiffrée à 25 millions, est sans cesse repoussée. Je doute d’un réinvestissement dans les musées royaux. Je m’oriente vers un musée modeste, thématisé. Garantissons la stabilité des institutions: le ministre Dermine (Secrétaire d'État à la Relance et à la Politique scientifique , en charge du Plan national d'investissements stratégiques, NDLR) semble à l’écoute.

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