Beaux-Arts cherchent mécènes

La crise a refroidi l’ardeur des mécènes. Bozar rénove son club de "membres patrons" et lance de nouvelles formules de soutien. La politique des petits ruisseaux au service du grand art…

A cinquante ans, deux possibilités. On s’endort sur ses lauriers, qui commencent à faner. Ou bien l’on s’offre une nouvelle tranche de vie, avec de nouveaux projets. Le pôle "Mécénat" du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, né il y a un demi-siècle à l’époque de la Philharmonique, a choisi cette seconde voie. Rien d’étonnant à cela: Catherine Carniaux aime les défis. Cette ancienne de Tractebel, qui porte à bout de bras, depuis des années, le projet des "Bozar Patrons", en a un nouveau à relever. Alors qu’ils ne cessaient de progresser d’année en année, les fonds récoltés par les différentes formules de "funding" (sponsoring, mécénat…) sont brutalement passés de 4,8 millions d’euros en 2008 à 3,9 millions en 2009. La crise économique a refroidi les enthousiasmes.

Or le mécénat est une ressource vitale. Des sous, il n’y en a jamais assez, malgré les succès engrangés ces dernières années. On rendra à Paul Dujardin et à son équipe les lauriers qui leur reviennent. Rénovation architecturale, programmation culturelle extrêmement ambitieuse et agenda surchargé (presque trop, parfois) ont redonné au bâtiment de l’étroite rue Ravenstein toute sa dimension de grand temple culturel. Le public, belge ou étranger, ne s’y trompe pas: près d’un million de visiteurs/spectateurs/auditeurs par an empruntent ses couloirs dessinés, en leur temps, par Victor Horta. Le double d’il y a dix ans…

Mais nous parlions argent. Et pour cause. Bozar a dû sortir 53,6 millions d’euros, en 2009, pour ses engagements artistiques (28,3 millions), ses frais de fonctionnement (18,7 millions) et d’infrastructure (6,7 millions). Côté recettes, il y a certes des subsides fédéraux (15,8 millions), des coproductions (18,7 millions), la vente de tickets (5,7 millions) et autres rentrées (9,5 millions). Un rapide calcul permet donc de constater que les 3,9 millions de mécénat et sponsoring, qui représentent plus de 7% du budget, sont tout simplement essentiels. D’où la nécessité, pour Bozar, de dénicher de nouveaux mécènes, en inventant de nouvelles formules, plus accessibles financièrement que celle des "Bozar patrons" (lire ci-dessous).

Au niveau mondial

La formule "Bozar patrons" ne manque cependant ni d’atouts, ni d’ardents défenseurs. Laurent Legein, avocat associé du cabinet Cleary Gottlieb, est l’un d’eux. Grand consommateur de musique classique, il adore la flexibilité de la formule, qui permet des réservations en dernière minute. Mais sa démarche est d’abord celle d’un mécène passionné. Pour cet avocat d’affaires qui a beaucoup voyagé et a notamment résidé à Londres et à Paris, "Bruxelles n’a rien à leur envier tant sur le plan de la qualité que de la programmation". Avec même un petit plus pour la capitale belge: "Non seulement les plus grands instrumentistes et les plus grands chefs s’y produisent, mais on y croise aussi des spectacles plus pointus, de très haut vol. Je n’hésite pas à considérer les Beaux-Arts, mais aussi La Monnaie, comme des institutions de niveau mondial." Et d’ajouter une démarche civique à son engagement financier: "Ce sont les dernières grandes institutions culturelles bicommunautaires de ce pays. Le travail effectué par les équipes dirigeantes, ultra-professionnelles, mérite vraiment d’être soutenu. C’est aussi un message aux politiques: ne cassez pas ces merveilleux jouets."

À quand un business plan?

Une vision à laquelle souscrit en partie Ine Marïen, qui fut longtemps à la tête d’une entreprise de communication portant son nom. Aujourd’hui consultante en "reputation management", elle propose cependant une double lecture de la formule "Bozar patrons". Privée, d’abord. "Lorsque j’y ai souscrit la première année, j’étais affamée de culture. Je voyais l’occasion de m’offrir un cadeau. Mais j’ai découvert bien davantage, comme la rencontre avec des gens partageant les mêmes intérêts, ou la proximité facilitée avec les artistes. Faire un voyage avec Herreweghe à Leipzig, c’est passionnant!" Mais cette adhésion personnelle, qui se veut aussi "un geste financier de soutien à un magnifique projet culturel", n’exclut pas un regard plus critique. Et la professionnelle de la "com" s’interroge ouvertement sur la pérennité de ce genre de formule.

"Je ne raffole pas de l’appellation "Bozar patrons", qui donne l’impression d’un club élitiste pour vieux messieurs fortunés s’octroyant les meilleures places. La réalité est tout autre. Or j’ai parfois le sentiment que la direction de Bozar, qui est parvenue à faire de ce lieu un immense succès populaire, n’a pas encore saisi toute la potentialité du créneau business et entreprises. En période de récession, le mécénat n’est pas toujours bien perçu dans le monde de l’entreprise, ni par les travailleurs. Voilà pourquoi il faut oser en faire davantage, en s’appuyant sur un vrai ‘business plan’." Un discours qu’elle a déjà tenu officiellement et qu’elle entend bien préciser: "Il ne s’agit pas de placer un paquet de places ici ou là, mais bien de valoriser davantage, auprès des entreprises, un projet culturel majeur, donner envie de participer à un véritable enjeu social et urbain. Bozar est un endroit magnifique qui doit aussi séduire tous ceux qui cherchent l’intangible." Parce que même le rêve a besoin de fondations…

Par Stéphane Renard

 

Mécénat sur mesure

La formule "Bozar Patrons" est la plus huppée. Moyennant une cotisation annuelle de 3.750 euros (dont 3.000 déductibles fiscalement), le "membre patron" — qui n’est pas forcément un chef d’entreprise – a accès à toutes les manifestations (250 concerts, 20 expos, libre accès…) et bénéficie de nombreux avantages annexes dont les facilités de réservation ne sont pas le moindre des atouts. Même les boulimiques de culture ont du mal à épuiser leur budget: "En moyenne, souligne Catherine Carniaux, seul le tiers des billets est utilisé. On peut donc considérer que 65 % des cotisations versées par les "Bozar patrons" constituent du mécénat pur. Ce dont ils ont d’ailleurs parfaitement conscience."

Mais le coût élevé de la formule la réserve à une catégorie de mécènes. D’où l’idée d’élargir l’offre avec deux nouvelles initiatives plus abordables. Il existe ainsi désormais un "Bozar Circle" qui, pour une souscription annuelle de 1.850 euros (1.000 euros déductibles), ouvre l’accès à 40 activités par an et comporte la plupart des avantages du Bozar Patrons. Plus accessible encore, le "Bozar Club" propose 20 activités par an pour 950 euros (500 euros déductibles).

Rens.02 507 82 29 – 02 507 84 21 - membership@bozar.be

 

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