Biennale de Venise van Vlaanderen

©Nick Ash

Deux Flamands pour représenter la Communauté française? Il y a du belge à la Biennale de Venise! Ce mercredi, Harald Thys et Jos De Gruyter ont inauguré "Mondo Cane", leur installation qui dénonce avec ironie les aliénations de l’Occident.

Commentaire

Pour la ministre de la Culture Alda Greoli (cdH), c’était choix osé que de confier la vitrine des artistes francophones à la Biennale de Venise, et 450.000 euros du budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles, aux Flamands Harald Thys et Jos De Gruyter.

Une ouverture qui avait laissé un goût amer à nombre d’artistes, de galeristes et de directeurs de musée du Sud du pays, dont certains étaient montés au créneau, dénonçant une «discrimination», un «déni» et même une «violence» faite aux talents de la Fédération, laquelle s'ajoutait au «manque de soutien à la création et à l'absence d'une véritable politique artistique». (Relire le Belga du 22/8/2018, repris par Le Vif/L'Express)

La ministre s’était défendue en arguant avoir respecté toutes les balises du marché public et s’être inscrite pleinement de l’accord de coopération entre les Communautés française et flamande. Elle pointait également que le jury de sélection était constitué d’une majorité de francophones (cinq contre deux Flamands) et qu’il avait portant opté pour l’installation "Mondo Cane", inaugurée hier au Pavillon belge de la Biennale de Venise.

Reste qu’aligner à l’international des artistes de la trempe de Luc Tuymans, Wim Delvoye, Jan Fabre ou Anne Teresa De Keermaeker ne semble par encore pour demain en Belgique francophone. X. F.

 

"Vous avez vu Harald?", demande Jos De Gruyter à la cantonade lorsque nous le croisons au pavillon belge, planté dans les Giardini de la Sérénissime. "Il aurait dû être ici avant 10 heures", dit-il. Avant de se résoudre à un "comme d’habitude!" et d’inviter les visiteurs dans le monde parallèle de "Mondo Cane".

L’installation tire son nom d’un pseudo-documentaire de 1962, sorte de téléréalité avant la lettre qui exploitait déjà le voyeurisme du spectateur occidental. Des grilles en délimitent les espaces et bien vite on ne sait plus qui, des visiteurs ou de la vingtaine de marionnettes automates en place, se retrouve derrière les barreaux.

Résolument figurative, l’esthétique flatteuse frappe d’emblée, et va comme un gant au spectaculaire de Vensie.

Est-ce si surprenant? Harald Thys et Jos De Gruyter nous ont toujours menés en bateau et il faut des trésors d’imagination pour cerner leur propos. "Leur travail parvient avec beaucoup d’habilité, et non sans humour, à transformer ce qui s’apparente à de la peur ou un état de latence en quelque chose de volontaire et critique", précisait Anne-Claire Schmitz, la commissaire de l’exposition.

Aliénation et liberté

Résolument figurative, c’est l’esthétique flatteuse qui frappe d’emblée, et qui va comme un gant au spectaculaire de la Biennale. La puissance de l’exposition ne se révèle qu’en consultant le guide du visiteur qui déroule la biographie de chaque marionnette. Les voilà d’un coup mieux incarnées: au centre, toutes sortes d’artisans qui répètent inlassablement leurs tâches, et tout autour, des marginaux, des voyous, des artistes. Tous dans le même sac!

Des artisans, prisonniers de leurs tâches quotidiennes, sont entourés de marginaux, de fous, de poètes... Mais qui est libre? ©Nick Ash

Mais qui est le plus libre? Celui qui (s’)est conditionné comme il faut, ou ces "fous" qui s’en moquent et que l’on s’empresse d’enfermer? Ces questions métaphysiques dressent un portrait peu flatteur de notre monde à bout de souffle. Mais les deux artistes les posent avec leur délicieux grain habituel, à la manière de "Flap et Flop", ces deux comiques limbourgeois qui sont les seuls à rire de leurs blagues.

En quittant le pavillon, mi-grave, mi-amusé, on tombe nez à nez sur Harald, qui déboule enfin, mains dans les poches, avec deux heures de retard. Voilà un homme libre!

>À voir aux Giardini jusqu’au 24/11, puis, début 2020, à Bozar.


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