Big Brothers are watching you

©Julian Roeder

Le nouveau Bozar Lab nous propose une fascinante exposition à l’initiative de la Fondation Soros (Open Society): "Watching You Watching Me". À l’heure de la surveillance généralisée, 10 artistes retournent l’objectif…

Partant du constat que notre ère technologique multiplie à l’infini les modes de surveillance intempestive du citoyen, dix photographes/plasticiens, de tous les horizons, ont décidé d’unir leurs forces pour proposer un regard commun. Le résultat est à la fois glaçant, drôle, interpellant et d’une grande force visuelle. La démultiplication des images – jusqu’à la nausée – crée une vision de l’humanité robotique, déshumanisée. L’exposition interpelle: quelle sera la place de l’Homme dans un monde qui ne procède plus que par une dématérialisation à outrance, intrusive, exponentielle, incontrôlée?

Les mauvaises langues aiment critiquer l’art contemporain: trop abstrait, élitiste, voire déconnecté. C’est tout le contraire ici: l’impression est un mélange d’actualité, d’humour et de réflexion concrète. Edu Bayer, pour le "Wall Street Journal", a photographié un centre gouvernemental de surveillance d’internet dévasté: celui de l’ancien leader libyen Mouammar Kadhafi.

Simon Menner, lui, a mis la main sur des photos de la Stasi (la Sécurité d’État de l’ancienne Allemagne de l’Est) où des agents testent des déguisements, pour un résultat à la fois hilarant et sinistre. Paolo Cirio a découpé des images de citoyens anonymes pris sur le vif et à leur insu par les caméras de Google Street View, pour mieux les intégrer, en taille réelle, dans le paysage urbain.

Watch the FBI

Notre préféré: Hasan Elahi. Remarquant qu’il était surveillé par le FBI en 2002, il les a inondés d’images (plus de 70.000) retraçant sa vie quotidienne "pour leurs archives". L’alternance de plats cuisinés et de W.C. (après usage de la chasse d’eau) apporte un résumé frappant d’une existence humaine, lorsqu’elle est réduite au discours nivelant de simples photos étalées et dénuées de sens.

La bonne nouvelle, c’est que le discours résolument engagé de l’exposition n’entrave en rien la démarche plastique. Elahi a structuré ses prises de vue triviales et quotidiennes en une déshumanisante mire de télévision. Tomas van Houtryve, pour sa part, questionne la légalisation de l’usage des drones et des images satellites en nous offrant des prises de vues aériennes d’un noir et blanc absolument sublime.

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