Bipolaire, psychotique, alcoolique... Van Gogh souffrait-il vraiment de tous ces maux?

"L'Homme à la pipe" (ou "Autoportrait à l'oreille tranchée"), 1889. ©Van Gogh Museum, Amsterdam

Violemment rejeté par les habitants d’Arles, habitué des instituts psychiatriques, il se suicide par balle. Les dernières années de Vincent Van Gogh furent tragiques. Le Musée Van Gogh y consacre une exposition.

Neurosyphilis, trouble bipolaire, psychose cycloïde, épilepsie, alcoolisme, borderline. Au début de l’exposition "De waanzin nabij" (Proche de la folie), on trouve une ligne du temps dédiée aux maladies attribuées ces 130 dernières années à l’esprit tourmenté de Vincent Van Gogh (1853-1890).

Les spécialistes du Musée insistent sur le fait que les chefs-d’œuvre de Van Gogh ne sont pas le résultat de sa fragilité mentale.

A-t-il réellement souffert de toutes ces maladies? Personne ne le sait. Y compris les commissaires de l’expo. "Nous ne prenons pas position, nous nous contentons de cartographier les diagnostics qui ont été avancés jusqu’à présent", explique Nienke Bakker. Un peu plus loin, on découvre le pistolet avec lequel Van Gogh a mis fin à ses jours le 29 juillet 1890 à Auvers-sur-Oise.

Les spécialistes du Musée insistent sur le fait que les chefs-d’œuvre de Van Gogh ne sont pas le résultat de sa fragilité mentale. "Nous ne croyons pas à la vision romantique qui veut que ses problèmes psychiques soient à la base de son génie. Van Gogh fut un peintre talentueux, non pas ‘à cause de’ mais ‘malgré’ sa folie", souligne le chercheur Teio Meedendorp.

Cellule d’isolement

L’exposition se concentre sur les 18 derniers mois de la vie de Van Gogh. Peintures, dessins et documents originaux sont présentés dans une salle relativement petite, ce qui ne rend pas l’expo moins intéressante.

Au cours de l’été 1888, Van Gogh quitte Paris pour Arles, dans le sud de la France, car il n’arrivait pas à s’habituer à la vie dans la capitale française. Trop de stimuli pour un homme de nature inquiète comme Van Gogh. L’exposition montre un magnifique autoportrait de 1888, peint à Paris. "Le visage de la mort", a-t-il un jour déclaré à propos de cette toile. Van Gogh espérait trouver le repos en déménageant à Arles.

Il invite son maître, Paul Gauguin, à venir travailler avec lui. Mais l’arrivée du grand peintre à Arles ne fait que renforcer le stress de Van Gogh. Gauguin l’a d’ailleurs peint ainsi: comme un artiste introverti et farouche. Ce portrait, peint sur une toile de jute, est une des œuvres majeures de l’expo.

Portrait de Felix Rey, par Vincent Van Gogh, 1889. ©The State Pushkin Museum of Fine Arts, Moscow

À Arles, Van Gogh déjante complètement, et le 23 décembre 1888, il se coupe l’oreille gauche dans un mouvement de folie. Le lendemain, Gauguin le retrouve à moitié mort. À l’hôpital d’Arles, il se remet rapidement de sa blessure, mais sa santé mentale se dégrade. Il se comporte comme un dément et est placé temporairement dans une cellule d’isolement. Après quelques jours, il se rétablit et est autorisé à rentrer chez lui.

Personne n’a jamais vraiment compris pourquoi il s’était tranché l’oreille. Van Gogh s’est toujours refusé à l’expliquer. Indirectement, il a cependant donné un chef-d’œuvre: un portrait du visage expressif de son médecin traitant, Félix Rey. Van Gogh lui a offert le tableau, mais le médecin estimait que cette peinture ne valait rien et l’a offerte à un de ses confrères ami. Aujourd’hui, la toile fait partie des pièces maîtresses du Musée Pouchkine à Moscou. Le Musée Van Gogh l’a reçue en prêt.

©ANP

Imprévisible

Au cours des semaines qui ont suivi cet incident, Van Gogh a subi des crises très graves. Le 27 février 1889, trente Arlésiens ont même envoyé une pétition à la mairie demandant de faire interner le peintre dans une institution. Ils avaient peur. "Avec sa consommation excessive d’alcool, il se retrouve dans un état de grande agitation où il perd le contrôle de ses actes et de ses paroles. Il est imprévisible et représente une source d’inquiétude pour tous les habitants du quartier", pouvait-on lire.

"De waanzin nabij" (Proche de la folie)

Jusqu’au 25 septembre au Musée Van Gogh à Amsterdam

Infos: www.vangoghmuseum.nl.

En mai de la même année, Van Gogh donne son accord pour être interné à Saint-Paul de Mausole à Saint-Rémy. Au début, les choses se passent relativement bien et il réalise de magnifiques portraits d’autres patients. Deux d’entre eux sont exposés à Amsterdam. Peindre était une sorte de thérapie. "Je n’ai pas choisi la folie. Mais une fois que vous l’avez, c’est définitif. Malgré tout, il me reste la consolation de pouvoir continuer à peindre", écrit-il à son frère Theo. Mais en juillet, Van Gogh souffre à nouveau d’une grave crise qui s’achève par une tentative de suicide. "Il paraît que je ramasse des saletés par terre et que je les mange, mais je ne me souviens pas de grand-chose de ces mauvais moments."

Après cette crise, Van Gogh se calme et, peu à peu, recommence à peindre. Il réalise entre autres "Champ de blé aux corbeaux", où il représente la mort. À Saint-Rémy, il rechute, mais veut malgré tout quitter l’institution. Il avait peur des autres patients. En mai, il déménage à Auvers, dans le nord de la France. Le docteur Paul Gachet le prend alors sous sa protection.

Au cours des premiers mois, Van Gogh est particulièrement productif, sans l’ombre d’une crise. Mais en juillet, les choses tournent mal. Des problèmes avec son frère Theo, la solitude, et la crainte permanente de rechuter lui sont fatals. Le 27 juillet, il se tire une balle dans la poitrine et décède deux jours plus tard. Sur son chevalet, on découvre une toile inachevée: "Racines d’arbre". Elle est exposée au Musée Van Gogh.

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