Bordeaux s'enivre de culture

©Alexandre Chamelat

Entre patrimoine et modernité, une reconnexion territoriale réussie.

Initiée en 2017 à l’occasion de l’arrivée de la ligne ferroviaire à grande vitesse Paris-Bordeaux, la deuxième édition de la saison culturelle de Bordeaux est dédiée à ce beau et vaste thème qu’est la Liberté! Le succès de la première édition, "Paysages", démontre à quel point la mobilité sur le territoire représente un enjeu de développement important pour une ville.

En dix ans, la métropole bordelaise a totalement revu la mobilité au sein son territoire: implantation du tram dans les artères principales, réaménagement des quais de la Garonne, mise en service en 2013 du pont levant Jacques-Chaban-Delmas, arrivée récente du pont Jean-Jacques Bosc créé par l’agence OMA de Rem Koolhaas. Ces nouveaux axes de circulation ont permis aux citoyens de se réapproprier les rives du fleuve et de relier le centre-ville et ses faubourgs.

La métropole, classée au patrimoine de l’UNESCO depuis 2007, ne s’est pas arrêtée là et de nombreux projets architecturaux de qualité ont vu le jour dans la course à la notoriété des métropoles françaises. La liste est impressionnante: les nouveaux quartiers de Brazza et Bastide Niel aménagés aux côtés de l’audacieux projet Darwin, logé dans une ancienne caserne militaire de 20.000 m2, la restructuration du quartier des Bassins à flot, l’ouverture de la Cité du Vin, la création du Musée Mer Marine, la rénovation du musée d’histoire naturelle, et enfin le dernier en date, la Méca (maison de l’économie créative et de la culture).

Structurée autour d’une double arche, la Méca de 12.000 m2 a été imaginée par les architectes danois de BIG (Bjarke Ingels Group). Elle se conçoit comme une véritable ruche dédiée à la culture contemporaine. Ici les abeilles sont des artistes issus des industries culturelles et créatives: du cinéma, du livre ou encore de la création artistique plastique. Ainsi, ce nouveau bâtiment offre au FRAC Aquitaine un écrin de plus de 1.200 m2 dédié à l’art contemporain, avec en plus 900 m² destinés aux réserves.

Réanimer des lieux

Cette saison culturelle entend aussi "réactiver et rendre au public des lieux patrimoniaux de la ville avec des propositions artistiques singulières", nous explique Claire Andriès, chargée de l’action culturelle de la ville. C’est ainsi qu’une centaine de propositions artistiques souvent "made in Bordeaux" nous emmènent dans les interstices de la ville jusqu’au littoral girondin.

"Cette saison est un outil d’écriture collective qui investit le territoire."
Claire Andriès
Chargée de l’action culturelle de Bordeaux

L’élégant hôtel de Ragueneau du XVIIe siècle, qui abritait anciennement les archives municipales, fait partie de ces incontournables. Rouvert pour deux mois, il se transforme en quartier général de la saison culturelle. Ici le collectif Yes We Camp a invité les forces vives locales à œuvrer à la transformation du bâtiment. Un relooking fait de matériaux recyclés. Un lieu alternatif et festif qui est le point de départ des différents parcours artistiques. Rencontres, soirées musicales, expos, le citoyen y vit chaque jour au rythme d’initiatives spontanées.

Réanimer des lieux, il en est également question avec le temple protestant des Chartrons, construit en 1810 en style néoclassique. L’entrée, soulignée par un avant-corps central composé de quatre colonnes ioniques et sommé d’un fronton, laisse place, à l’intérieur, à une nef unique couverte d’une voûte lambrissée en plein cintre.

Cet espace fermé au public depuis plus de 30 ans rouvre ses portes et nous fait découvrir l’œuvre totale du street artiste espagnol Gonzalo Borondo. On pénètre dans un univers d’une incroyable puissance poétique. "J’ai passé ici quatre mois, parce que je voulais vraiment utiliser l’âme de cet espace et créer une expérience immersive pour le visiteur." Le décor existant et les interventions, essentiellement constituées de matériaux trouvés sur place, relient la fiction au réel. Fresques monumentales, peintures, projections, fausses perspectives, vitraux,…

Connu pour son travail autour des bandes magnétiques, Zilvinas Kempinas investit et métamorphose les quais de la Garonne et la chapelle du Crous avec ses installations "archi-texturées". Constituées de bandes magnétiques étirées, ses pièces agissent comme des courants alternatifs dont la vibration transforme nos perceptions habituelles et brouille notre vue. "Tout mon travail tourne autour des notions d’équilibre, d’énergie, de juste proportion, et la nef de la chapelle néogothique du Crous est un site parfait à cet égard", se réjouit le plasticien, invité dans le cadre de la carte blanche donnée à José-Manuel Gonçalvès, partenaire fidèle de la ville. Des œuvres non invasives qui s’intègrent intelligemment dans l’espace.

Profitant du moindre interstice pour s’installer dans la ville, Liberté! rend hommage à l’artiste majeur Jean-Pierre Raynaud. Dans le cadre éblouissant du salon Boireau de l’Opéra, il présente une installation monumentale de plusieurs centaines de pots contenant les cendres de sa maison brûlée. À l’église Saint-Rémi, ce sont ses 23 lits impeccablement alignés qui s’offrent au regard. Quant à ses pots de fleurs, ils trouvent un abri tout naturel au jardin botanique.

Du fleuve à l’océan

Zigzaguant de l’estuaire à l’Entre-deux-Mers et longeant les rivages océaniques girondins, le jeune photographe Alexandre Chamelat porte son regard entre Bordeaux et l’océan. Une série de photographies grand format présentée à l’abbaye de La Sauve-Majeure et au centre-ville dans la cour Mably qui illustre les contrastes des paysages de la région aquitaine avec une extrême douceur.

La proximité de l’océan et la liberté des surfeurs qui glissent à l’infini sur ses vagues ont été magnifiquement capturées par le célèbre photographe belge Stephan Vanfleteren, qui prend le contre-pied des photos classiques de la discipline au travers de portraits puissants de surfeurs du monde entier. Déjà présenté à Knokke en 2018, c’est avec plaisir qu’on le retrouve avec "Surf Tribe" à la cour Mably mais aussi au musée d’Aquitaine, en clôture de l’exposition "La déferlante surf", qui retrace de manière plus anecdotique l’histoire du surf en général.

Autant de propositions uniques qui viennent compléter une programmation dense allant des Beaux-Arts au Musée des Arts décoratifs en passant par la surprenante base navale construite par les Allemands pendant la guerre, un gigantesque bunker pour sous-marins devenu lieu d’exposition.

Bordeaux n’a plus rien à envier à la capitale, elle a trouvé son propre style mêlant le bon goût à la française, la modernité et les cultures urbaines.

Liberté! Bordeaux 2019, du 20 juin au 20 août.

CAPC | Entrepôt pour l’art
Quel est le lien entre un lapin, un silex, un crâne de bœuf, un sapin et de la laitue? Une étrange sélection d’arbres, de plantes, de minéraux et d’outils disposés en un immense cercle, selon mois et saisons dans l’impressionnante nef du musée d’art contemporain, ancien entrepôt de denrées coloniales construit en 1824. C’est l’artiste écossaise Ruth Ewan qui nous livre ici un volet de l’histoire de France en incarnant grandeur nature le calendrier révolutionnaire, symbole de liberté. En effet, au lendemain de la Révolution française, le 5 octobre 1973, la République abandonna le calendrier grégorien pour un autre, dépouillé de toute référence religieuse. Chaque mois renvoie alors à un moment important du quotidien de la France rurale et chaque jour à un produit agricole. Une promenade dans le temps pleine de découvertes.

Dans un tout autre registre, le CAPC nous fait découvrir six décennies de la carrière joliment remplie de l’artiste de 90 ans Takako Saito. Une toute première exposition monographique consacrée à cette artiste japonaise multi-facettes en constante recherche. Comme une petite fourmi, elle collecte des feuilles, des fleurs séchées, des coques de pistaches, des brindilles… elle compose, expérimente et invite le visiteur à prendre part à son travail. On s’émerveillera ici devant ses multiples interprétations originales du jeu d’échec, ou encore son travail sur le livre. Une exposition riche de 400 œuvres parfois ludiques, tellement poétiques…

Histoire de l’art cherche personnage. Tel est le titre de l’exposition qui s’étend sur le dernier étage du musée. Elle est le résultat de la collaboration entre le CAPC, la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image (CIBIDI) d’Angoulême et la Fondation Gandur pour l’art de Genève. Une exposition qui a l’ambition de faire cohabiter la bande dessinée avec des œuvres d’art contemporaines, avec comme fil conducteur la figuration narrative.

Jusqu’au 22 septembre au CAPC, 7 rue Ferrer

www.capc-bordeaux.fr


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