Camille Claudel, au miroir d'un art nouveau

©Camile Claudel

À Roubaix, La Piscine, le musée d’art et d’industrie André Diligent, commémore les 150 ans de la naissance de la sculptrice française Camille Claudel.

L’aventure entre le musée d’art et d’industrie André Diligent et Camille Claudel a débuté en 1994 avec le dépôt du "Buste de Rodin", une des œuvres emblématiques de la sculptrice, par le Centre national des arts plastiques. L’année suivante, c’est une souscription publique qui est lancée pour l’achat d’une autre pièce primordiale, "La Petite Châtelaine", qui évite ainsi de sortir du territoire français. Depuis lors, Camille Claudel est très représentée dans le musée qui possède en propre six de ses œuvres. En guise d’hommage à l’artiste, pour les 150 ans de sa naissance, une exposition intitulée "Camille Claudel. Au miroir d’un art nouveau" rassemble plus de 150 œuvres provenant de collections privées et publiques, françaises et étrangères.

Figure martyre

Née le 8 décembre 1864 dans l’Aisne, Camille Claudel est une figure emblématique de la condition féminine et artistique de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Son destin d’héroïne tragique a souvent fait passer au second plan son apport dans l’histoire de la sculpture moderne. Élève, muse et maîtresse du célèbre Auguste Rodin, Camille Claudel, après une dizaine d’années d’une relation professionnelle et amoureuse tumultueuse avec son maître, s’est isolée pour plonger peu à peu dans la misère et la paranoïa. En 1913, à l’instigation de sa mère et de son frère (l’écrivain Paul Claudel), l’artiste, alors âgée de près de 50 ans, est enfermée en institut psychiatrique pour ne plus jamais en sortir. Elle décède, misérable et abandonnée, le 19 octobre 1943.

L’œuvre de Camille Claudel est avant tout le reflet d’une nouvelle perception de la sculpture au tournant du XIXe et XXe siècle.

Il est évident que la biographie de Camille Claudel ne peut être tenue hors jeu de toute analyse et appréciation de son travail. Cependant, le propos conducteur de l’exposition, même s’il est chronologique, est avant tout de dévoiler la singularité du travail de Camille Claudel, son inscription dans son époque, ses influences et les nouvelles perspectives qu’elle a introduites dans la sculpture. Dans ce sens, le parcours suit une logique thématique où les œuvres de la sculptrice sont mises en parallèle avec celles de certains de ses contemporains, proches dans le style ou dans le sujet abordé, dont bien entendu Rodin lui-même.

Passion et tourments

L’exposition se ponctue en onze sections, chacune centrée sur une étape de la carrière de Camille Claudel. Dans la première, le visiteur trouve une des plus anciennes œuvres de Camille Claudel, "La Vieille Hélène" (1882), représentante de la tendance naturaliste des premiers modelages de l’artiste, eux-mêmes caractérisés par l’accentuation exagérée des traits et le choix privilégié de modèles parmi les proches (Hélène était la domestique de la famille Claudel). Une œuvre cruciale, la première que la sculptrice présenta au Salon en 1885 et qui lui valut ses premières marques de reconnaissance. Ainsi, au fil des salles, on découvre les œuvres les plus importantes de Camille Claudel, avec leurs dérivés en taille et en matériaux, leurs esquisses préparatoires… On notera "Sakountala", un couple enlacé réalisé dans l’atelier de Rodin, une composition qui sous-tend à elle seule l’influence du sculpteur et leur relation passionnée. Plus loin, "La Valse", comme un défi à l’équilibre, audacieuse par sa sensualité et sa légèreté, et que l’auteur dut finalement revêtir d’un voile pudique pour pouvoir la montrer au public.

"Les Causeuses" (1897), Camille Claudel. ©Camile Claudel

Apparemment conçu à la même époque, mais terminé plus tard, le groupe de "L’Âge mûr" où l’artiste semble avoir mis en scène son échec amoureux avec Rodin – Camille serait l’implorante devant le vieux couple Rodin-Rose Beuret.

©Camile Claudel

D’autres ensembles figurent les tourments de cette relation, dont l’imposant et terrifiant "Persée et Gorgone" où la tête tranchée de la seconde est un autoportrait de l’artiste vaincue par l’homme qui prend la pose du danseur de "La Valse", autrement dit, Rodin, encore… Plus apaisants, parmi les portraits d’enfants, à ne pas manquer, "La Petite Châtelaine" et sa peau de marbre poli diaphane. En évidant le buste, l’artiste a créé un piège à lumière. Une prouesse technique de praticienne accomplie qui différencie Camille Claudel de Rodin (pour qui seul le modelage était un geste créatif). Mais aussi "La Vague" et "Les Causeuses" qui sont, quant à elles, les dignes héritières du courant japoniste et Art Nouveau de l’époque. Dans ces onze salles, le visiteur retrouve donc à la fois les affres d’une féminité et d’une passion marquées inéluctablement dans le marbre et le bronze, mais aussi les preuves d’un talent singulier incroyablement complet, inscrit dans les courants de son époque, oscillant entre le naturalisme, l’expressionnisme et l’Art Nouveau, s’éloignant toujours davantage des anciens diktats de la sculpture du XIXe siècle, et donc de Rodin, du maître lui-même.

"Camille Claudel. Au miroir d’un art nouveau" Jusqu’au 8 février 2015 La Piscine Rue de L’Espérance, 23 F-59100 Roubaix www.roubaix-lapiscine.com

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