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interview

Carole Saturno (Picture Festival): "S’approprier le beau, ce n’est pas anodin"

Elena Tognoli, Clignoteur

Le Picture Festival, c'est le meilleur de l'illustration, sous toutes ses formes, et dans tout Bruxelles. Rencontre avec Carole Saturno, la programmatrice.

Pour sa deuxième édition, "Picture", le festival de l’illustration sous toutes ses formes, prend possession de la capitale et se décline en de nombreuses manifestations. Expos, bien sûr, mais aussi performances, master classes et balades. Rencontre avec Carole Saturno, illustratrice ("Egyptomania") et programmatrice de cette édition.

Votre slogan, c’est "L’illustration en mouvement"...

Nous voulons sortir des idées reçues, des limites du livre où on s’attend à découvrir cette discipline, aller à la conquête de l’espace public. Voir l’illustration sur des murs, la voir accompagner d’autres choses que le récit. Pour nous, l’illustration est aussi un art vivant. Elle remplit sa vocation première d’accompagner une narration, mais elle existe comme sujet, comme acteur. D’où cette idée de mouvement. Également parce qu’on propose une déambulation dans Bruxelles, dans des lieux traditionnellement dévolus à l’art comme le musée BELvue ou des centres d’art.

"Il faut penser aux très nombreux étudiants des écoles d’art de Bruxelles. Les Beaux-Arts, l’ERG, Saint-Luc, la Cambre, Lukas, le 75... aucune autre capitale européenne ne peut s’enorgueillir de compter autant de jeunes illustrateurs."

Mais on propose aussi aux artistes de montrer leur travail autrement. C’est ce pas de côté qui fait l’ADN du festival. Par exemple, c'est le cas cette année avec Kitty Crowther, une incontournable de l’illustration pour enfants ici en Belgique, qui publie "Je veux un chien" chez Pastel (L’école des loisirs), l’histoire d’une petite fille qui veut absolument un chien – et peu importe lequel. Je me suis dit: il faut que ce travail soit montré ailleurs que dans une galerie. Une magnifique boutique dévolue aux animaux de compagnie a ouvert à Saint-Gilles appelée Canine. Et Kitty va s’emparer de la vitrine avec du blanc de Meudon, une peinture blanche dans laquelle elle va faire apparaître des chiens, devant les clients et les passants qu’on imagine ébahis.

Illustration de Kitty Crowther dans son livre "Je veux un chien" (Pastel).

Vous n’avez pas peur de sortir les artistes de leurs ateliers?

Ce genre de proposition peut mettre les artistes en danger par rapport à leur discipline, mais c’est aussi une façon de les encourager, de les pousser, de leur donner des moyens, des lieux. Le musée de l’histoire de la Belgique (BELvue), va accueillir les marines peintes à Ostende par Dominique Goblet pendant les deux confinements. Amener Ostende en plein cœur de Bruxelles au moment où on déconfine, c’est bon pour l’oxygène.

Peinture d'Ostende par l'artiste belge Dominique Goblet qui sera exposée au musée BELvue.

Le "life magazine", qu’est-ce que c’est?

À Bozar, on propose une grande fresque à l’extérieur. À l’intérieur, ce sera une édition du "life magazine" (le 16 juin). Des journalistes et des artistes montent sur scène et viennent ensemble raconter des histoires, comme si on feuilletait un hebdomadaire ou un mensuel. Politique, faits divers, etc. Ces récits sont incarnés par leurs auteurs et leurs autrices, ou accompagnés par du dessin en live. Il n’y a ni transcription ni captation. C’est un moment unique et éphémère, un moment à vivre.

"L’âme du festival, c’est le partage, connecter les artistes entre eux: que les plus connus fassent la courte échelle aux talents émergents."

On sent une saturation du distanciel et de la virtualisation...

On a une chance folle: "Picture" sera le premier festival à Bruxelles à briser le distanciel. Le soleil arrive, on se reconnecte, on tisse des liens. L’âme du festival, c’est le partage, connecter les artistes entre eux: que les plus connus fassent la courte échelle aux talents émergents. On aura une master class autour de l’artiste tchèque Salamoun, une autre donnée par Kitty Crowther. Il faut penser aux très nombreux étudiants des écoles d’art de Bruxelles. Les Beaux-Arts, l’ERG, Saint-Luc, la Cambre, Lukas, le 75... aucune autre capitale européenne ne peut s’enorgueillir de compter autant de jeunes illustrateurs. Pour eux aussi, c’était important. Les 18 et 19 juin par exemple, nous aurons le Salon de la microédition et de l’image imprimée. Un grand marché qui aura lieu à LaVallée à Molenbeek. Tout en respectant toutes les règles évidemment.

Dans le cadre du Picture Festival, plusieurs œuvres du peintre et illustrateur allemand Atak seront à découvrir à la galerie Bortier dans une exposition intitulée "Still Life, A Collector’s World".

On a l’impression que l’illustration véhicule plus d’humour que les arts dits "majeurs"?

On assume un côté décalé, indiscipliné, plutôt rafraîchissant. Même si l’exigence et la qualité sont les mêmes que pour les autres disciplines. L’avantage, c’est que c’est moins cher à l’achat, donc accessible aux collectionneurs amateurs, et même aux enfants qui pour quelques euros pourront ramener dans leur chambre un poster ou une carte postale. Et s’approprier quelque chose qu’on trouve beau, c’est loin d’être anodin.

Picture Festival, du 29 mai au 20 juin, à Bruxelles. Infos et programme sur picturefestival.be

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